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Thomas Mulcair et le NPD : Autopsie d'un désaveu

Le résultat a eu l'effet d'une bombe sur le plancher du congrès du NPD. Les militants se sont surpris eux-mêmes. Soudainement, on a eu l'impression que l'air était sorti de la salle, le temps que chacun encaisse l'impact sans précédent du résultat.

Emmanuelle Latraverse

  Une analyse d'Emmanuelle Latraverse

52 % pour une course à la direction du parti.

52 % des délégués du congrès qui disent « Merci, mais c'est fini » à leur chef.

Nul sur le plancher de cette grand-messe néo-démocrate n'avait vu venir un tel résultat.

Ce NPD, qui a tant reproché à ses dirigeants d'avoir manqué d'audace pendant la campagne électorale, a finalement osé. Il a osé faire ce qu'aucun parti auparavant n'avait fait, ce qu'aucun congrès néo-démocrate n'avait orchestré dans le passé : forcer le départ de son chef.

Certes, comme l'écrit mon collègue Michel C. Auger, la greffe n'a peut-être jamais pris entre Thomas Mulcair et son parti. Thomas Mulcair avait été élu chef sur la promesse de « conserver le Québec » et de gagner le pouvoir. Il n'a réussi aucun des deux.

Mais l'onde de choc est bien plus profonde. À leur départ de la capitale albertaine, les délégués laissent derrière eux un parti profondément divisé tant sur la question de la direction, que de l'exploitation pétrolière et que sur la mission même de ce NPD qu'ils chérissent tant.

La fin du centrisme et de la prudence

Thomas Mulcair est souvent présenté comme le chef du « centrisme » au NPD, celui qui a orchestré cette subtile, mais profonde transformation du parti afin de le purger de ses positions les plus radicales et ainsi espérer élargir ses appuis afin de prendre le pouvoir.

Ce serait ignorer les quelque huit années du règne de Jack Layton. Après tout, c'est lui qui a embrassé le dogme de l'équilibre budgétaire, lui qui a renoncé à ce que ses troupes se contentent d'être la « conscience du Parlement ». C'est Jack Layton qui a, non seulement semé l'espoir du pouvoir, mais convaincu ses troupes que les clés du 24 Sussex seraient un jour accessible aux néo-démocrates en faisant campagne pour devenir premier ministre.

En tournant le dos à Thomas Mulcair, en se prononçant pour des principes du manifeste Un bond vers l'avant et d'un débat en profondeur sur sa vision, une très mince majorité des néo-démocrates aura voulu se débarrasser de cette prudence politiquement correcte.

Aussi fragile soit-il, le virage vers une gauche plus militante demeure. Les délégués ont dit non aux compromis sur les principes. Ils réclament la réconciliation du pouvoir et de leurs idéaux.

Ni le pouvoir ni le rêve

Il est là tout le problème pour Thomas Mulcair.

Dans ce discours, qu'il a lui-même décrit comme le plus important de sa carrière, il n'a offert aux délégués ni l'un ni l'autre. Il ne leur a offert ni le pouvoir ni le rêve.

Dans ce discours où il avait tout à gagner, Thomas Mulcair a tout perdu. Les délégués voulaient être inspirés, ils ont eu droit au discours habituel sur les thèmes centraux au NPD. Les délégués voulaient entendre la promesse de changements, ils ont eu droit à un vague engagement à « ouvrir les portes du parti ».

Le manifeste de la division

De l'aveu même de l'un de ses cosignataires, Stephen Lewis, le manifeste Un bond vers l'avant se veut un document radical qui aspire à rassembler les Canadiens autour de nouveaux idéaux. Il aura plutôt semé la division au sein du NPD.

Le président de la Fédération des travailleurs de l'Alberta l'a décrit comme « un symbole politique dangereux » qui sera exploité par les adversaires politiques de droite du gouvernement Notley en Alberta. À l'inverse, l'ex-députée Libby Davies a décrit le manifeste comme « le début du renouveau » dans le parti qui doit cesser d'avoir peur d'assumer ses convictions profondes.

Les déléguées de l'ouest du pays espéraient une voie pour résoudre le dilemme entre l'exploitation des ressources énergétiques et la lutte contre les changements climatiques. Les autres comptaient sur un message clair et sans équivoque de leur chef pour un nouveau virage vert. De part et d'autre, ils auront eu droit à un message confus sur cet enjeu crucial et difficile.

C'est ainsi qu'en entrevue Thomas Mulcair a défendu la pertinence de construire de nouveaux oléoducs, selon des normes strictes et socialement acceptables. Mais, devant ses délégués, il a applaudi l'ouverture du débat sur le manifeste Un bond vers l'avant qui réclame la fin de tels projets d'infrastructure énergétique.

Le manifeste se voulait audacieux, il aura exposé la faiblesse de Thomas Mulcair, l'image d'un chef prêt à épargner la chèvre et le chou pour tenter de rester en poste.

L'Alberta incontournable

Ici, tous sont d'accord, en ouvrant la porte à un débat sur le manifeste et son rejet des pipelines au sein du parti, les néo-démocrates provinciaux ont laissé Rachel Notley vulnérable aux attaques de ses adversaires de droite.

Le vent de contestation a soufflé de plus en plus dans les couloirs de ce congrès. Et finalement, les délégués de l'Alberta n'auront pas pardonné à Thomas Mulcair de n'avoir pas protégé leurs intérêts dans le parti. En lui retirant leur appui, ils auront contribué à sa chute.

Le message est clair pour tout aspirant à la direction du parti à l'avenir, le risque d'un schisme est réel. Quiconque veut espérer un appui de la politicienne néo-démocrate la plus influente du pays devra trouver un compromis sur la question du pétrole et des changements climatiques. C'est toute une commande, alors que les délégués viennent de choisir la voie inverse.

Thomas Mulcair l'a appris à ses dépens. L'appui du Québec ne suffit plus, le prochain chef devra composer avec l'influence soudaine de l'Alberta au sein du parti.

Pour la première fois depuis des décennies, les militants néo-démocrates ont fait le pari de sortir des sentiers battus, ils ont fait le pari du risque, les risques d'un nouveau chef, le risque de plonger dans un des débats les plus épineux qui secoue le pays.

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