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TIFF : l'un des plus importants festivals de cinéma au monde face à des défis

Le Festival international du film de Toronto (TIFF) commence dans moins d'une semaine. Dès jeudi prochain, les vedettes, les premières mondiales et les tapis rouges vont se multiplier dans la Ville Reine, mais sur certains aspects, les chiffres du TIFF sont à la baisse.

Un texte de Kevin Sweet

Les organisateurs ont réduit la programmation de 15 %, ce qui représente environ 40 films en moins, en réponse aux festivaliers, aux gens de l’industrie et aux journalistes qui reprochent au festival d’être devenu trop gros.

« Le festival sera plus facile à naviguer. On s’en tient à présenter des films de meilleure qualité », dit Piers Handling, le directeur général du Festival international du film de Toronto.

Marc Cassivi, journaliste à La Presse, a couvert l’événement une dizaine de fois depuis 1999. Il qualifie l’expérience de « cauchemardesque ».

À son avis, présenter 40 films en moins n’améliorera cependant pas les choses. « On ne voit pas encore la différence à première vue. Je pense qu’il y a encore du travail d’élagage à faire. C’est clair qu’il y a des choix à faire », dit-il.

Piers Handling avoue qu’il n’a pas peur de couper dans la programmation à nouveau l’an prochain, mais il voit aussi des avantages à un grand festival de films.

« L'avantage d’avoir un grand festival comme le nôtre, c’est de pouvoir faire une plus grande place aux films en langue étrangère et pas nécessairement juste à des films hollywoodiens, explique-t-il. Quand le public va arrêter d’aller voir des films et quand les salles ne seront pas pleines, c’est à ce moment-là que nous saurons qu’il y a un problème. »

Moins de festivaliers

C’est aussi la première fois de son histoire qu’il y a moins de festivaliers au TIFF. Les organisateurs estiment qu’environ 3000 festivaliers de moins participent à l’événement qui en attire annuellement 350 000.

Piers Handling ne s’en inquiète pas trop.

2017 a aussi été une année difficile au box-office nord-américain. Le taux de fréquentation a baissé de 15 % dans les salles obscures. D’ailleurs cette semaine, Cineplex offrait des billets à 50 % de rabais pour attirer des spectateurs dans ses salles.

« Cet été, ça a été un désastre dans les cinémas, dit Piers Handling. Mais il est encore trop tôt pour dire si la tendance va se maintenir. On surveille la situation de près ».

Baisse de l'achalandage au Lightbox

Le Lightbox, le bâtiment qui a coûté 197 millions de dollars à construire en partenariat public-privé, semble aussi écoper.

Selon le quotidien The Toronto Star, 50 000 personnes de moins sont allées voir des films dans les cinq salles du Lightbox en 2016. C’est à peu près le tiers de l’assistance en 2015.

Le TIFF n’a pas encore confirmé ce chiffre, mais Piers Handling demeure convaincu que le Lightbox a sa raison d’être.

« Ce lieu est devenu indispensable pour la ville à mon avis. Le Lightbox nous permet de rester en contact avec notre public tout au long de l’année. Mais je pense qu’il faut réimaginer la façon dont on utilise l’espace », dit Piers Handling en citant en exemple le digiPlaySpace, une aire de jeu technologique pour les enfants.

« On se demande s’il faudrait avoir ce genre d’installation interactive tout au long de l’année. Pas seulement pour les enfants, mais pour les adultes aussi », ajoute-t-il.

Une dette

Le TIFF a aussi un déficit non planifié pour la première fois de son histoire. Un déficit de 902 000 dollars sur un budget opérationnel d’environ 40 millions de dollars. « C’est sûr que c’est troublant d’avoir un déficit, mais nous sommes en bonne santé financière. Je gère cet organisme depuis longtemps. Je ne suis vraiment pas inquiet », assure Piers Handling.

Le TIFF, un organisme à but non lucratif reçoit environ 5 millions de dollars des contribuables par l’entremise de subventions des gouvernements. Quatre de ses dirigeants sont parmi les personnes les mieux payées à partir de fonds publics en Ontario. À eux quatre, le salaire cumulé est de 1 104 194 $.

En 2016, le salaire de Piers Handling était de 352 260 $.

« Mon salaire ne me gêne pas, dit-il. Je gère l’une des institutions culturelles les plus importantes au monde. Ma rémunération est équitable au salaire d’autres dirigeants d'organismes culturels dans la province. Je veux aussi préciser que mon salaire n’a pas augmenté depuis quatre ans. »

Le TIFF dans 10 ans?

Lorsqu’on demande à Piers Handling à quoi va ressembler le TIFF dans 10 ans, il répond : « Les festivals comme le nôtre seront encore importants pour l’industrie du cinéma et la vente de films. On vit des bouleversements en ce moment avec le numérique. Même des compagnies comme Netflix tentent de se tailler une place dans les festivals. »

Il voit aussi beaucoup plus de vedettes. « La présence des vedettes dans les festivals est très importante. Ça ajoute une autre dimension à l’événement : le glamour », dit-il.

Selon Marc Cassivi, il faudrait faire tout le contraire.

« Il y a une partie de ce festival-là qui semble avoir été abandonnée à l’industrie. Ils pourraient aussi dicter des choses à l’industrie alors que j’ai un peu l’impression qu’ils se font dicter des choses par l’industrie. »

Intéresser les jeunes

En ce qui a trait à la programmation pour le reste de l’année au Lightbox, Piers Handling reconnaît qu’il y a du travail à faire pour continuer d’amener les jeunes vers le septième art.

« Le public est là. Il est jeune, aussi. C’est à nous de trouver une façon excitante et créative de les intéresser au cinéma ».

Est-ce que Piers Handling pense être en mesure d'avoir le leadership nécessaire pour assurer la prochaine incarnation du TIFF?

« Je ne sais pas. Je fais ça depuis 40 ans. C’est sûr qu’à mon âge, je réalise que ma carrière va éventuellement se terminer. Dès mon premier jour en poste, on m’a conseillé de réfléchir à ma succession. Est-ce que c’est pour bientôt? Je ne le sais pas encore ».

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