Retour

Toujours hantés par le cafouillage sur l'autoroute 13

Un an plus tard, certains des automobilistes qui sont restés coincés pendant plus de 12 heures sur l'autoroute 13 en pleine tempête hivernale n'arrivent toujours pas à oublier le fiasco qu'ils ont vécu bien malgré eux. Le ministère des Transports et la SQ assurent quant à eux avoir mis en place les mesures nécessaires pour éviter que ce scénario se reproduise.

Un texte de Jean-Philippe Robillard

Pour Gabriella Bordeianu, les événements de la nuit du 14 au 15 mars 2017, où elle a attendu pendant de longues heures dans sa voiture que des secours arrivent, sont toujours douloureux. « Mes souvenirs sont encore assez vifs et j'évite l'autoroute 13 », explique-t-elle.

Laissée à elle-même

L'émotion la submerge lorsqu'elle se rappelle le moment où le froid a envahi l'habitacle de sa voiture et que le niveau d'essence de son véhicule baissait alors qu'il n'y avait pas de secours en vue.

Douze mois plus tard, la dame de 47 ans craint toujours d'emprunter la voie rapide et d'y rester prisonnière. Elle affirme même circuler sur des routes secondaires afin de ne pas rouler sur l'autoroute 13. « La peur est encore là malheureusement. »

Aujourd'hui, elle soutient avoir toujours dans son coffre de voiture un bidon d'essence et deux sacs de couchage de crainte d'être confrontée à une situation semblable. « Et je laisse toujours des chocolats, des petites choses à grignoter dans mon auto et des bouteilles d'eau. »

La frustration toujours présente

Olivier Thomas, un autre automobiliste qui a été prisonnier de sa voiture cette nuit-là, ressent encore beaucoup de frustration à l'égard des autorités « Au milieu de la nuit, il y a des gens de Transport Québec qui sont passés dans l'autre voie […] j'ai baissé ma vitre et ils nous ont dit : "ménagez votre gaz, il y en a encore pour deux à trois heures". »

Il n'arrive toujours pas à comprendre comment les services policiers et le ministère des Transports ont pu laisser sans aide 300 automobilistes coincés sur une autoroute pendant toute une nuit en plein hiver.

Genèse d’un cafouillage

Le cauchemar d'Olivier Thomas et de Gabriella Bordeianu a débuté lorsque des camions se sont enlisés dans une bretelle enneigée, ce qui a provoqué une congestion monstre où les automobilistes ont été laissés sans aide pendant des heures. Plus de 300 appels au 911 ont été enregistrés.

Après des heures d'attente, au cours desquelles ni le ministère des Transports ni la Sûreté du Québec ne sont intervenus, ce sont finalement les pompiers de Montréal qui ont porté secours aux automobilistes. Ce cafouillage avait ébranlé le gouvernement de Philippe Couillard, qui avait présenté ses excuses aux automobilistes. Une sous-ministre et un chef de cabinet ont même été démis de leurs fonctions dans la foulée de ces événements.

Dans un rapport commandé par le gouvernement à l'ex-sous-ministre Florent Gagné, la Sûreté du Québec et le ministère des Transports ont été blâmés pour leur manque de communication et leur mauvaise gestion des opérations cette nuit-là. Un rapport interne du MTQ a aussi reproché à l'entreprise Roxboro, qui était responsable du déneigement, de ne pas avoir déneigé adéquatement l'autoroute 13 cette journée-là. Une enquête interne est toujours en cours à la SQ relativement à cet événement. Un officier et un agent sont visés.

Des mesures ont été prises, assure la SQ

Depuis ces événements, la Sûreté du Québec a créé un Centre de vigie et de contrôle des opérations, à son quartier général à Montréal.

Dans ce nouveau centre, quatre officiers sont en poste 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Ils ont accès en direct aux images captées par les caméras du ministère des Transports. Ils surveillent ce qui se passe à Montréal et partout au Québec et ils sont toujours prêts à intervenir si une situation le commande, selon le lieutenant Jason Allard, lieutenant à la Sûreté du Québec. Cette année, ils ont d'ailleurs été appelés à intervenir à plusieurs reprises en raison des nombreuses tempêtes.

Un ministère plus vigilant

De son côté, le ministère des Transports fait encore aujourd'hui acte de contrition pour le cafouillage. « L'ensemble du ministère regrette ce qui s'est passé », affirme le sous-ministre Stéphane Lafaut.

Selon lui, les choses ont changé au ministère des Transports depuis un an. Il affirme que plusieurs employés ont été sanctionnés, dont des techniciens et des cadres, et qu'aujourd'hui rien n'est laissé au hasard au Centre de surveillance de la circulation à Montréal.

« À partir du moment où il y a une situation qui est détectée, le chef des opérations doit appeler le coordonnateur régional des opérations civiles. Si ça ne marche pas avec les cellulaires, le téléphone à la maison, et si la personne qui doit être rejointe ne répond pas, les gens ici peuvent passer directement au palier supérieur », dit M. Lafaut.

Le sous-ministre ajoute que les communications sont maintenant bien meilleures non seulement à l'intérieur du ministère, mais également avec la Sûreté du Québec.

« Si la Sûreté du Québec m'appelle et me conseille de fermer l'autoroute parce que ça devient intenable, je vais le faire. Et vice versa. Nos gens ont l'autorité de la fermer à partir du moment ou ce n'est plus sécuritaire. »

M. Lafaut affirme également que le ministère a fait l'acquisition de nouveaux équipements de déneigement pour faire face à des situations d'urgence.

Depuis le début de l'hiver, il admet également que le ministère est moins indulgent à l'égard des entreprises privées qui ont obtenu des contrats publics.

Des contracteurs mécontents

Pour Serge Mainville, qui a obtenu le contrat de déneigement de l'autoroute 13 cet hiver, la surveillance qu'exerce le ministère est exagérée.

Serge Mainville dit même ne plus être certain de vouloir faire affaire avec le ministère des Transports.

Un recours collectif

Près de 2000 personnes se sont inscrites jusqu'à présent à l’action collective lancée contre le gouvernement du Québec et la Ville de Montréal dans la foulée du cafouillage. Les victimes souhaitent obtenir un dédommagement de 2500 $ pour ce qu'ils ont vécu. Gabriella Bordeianu fonde beaucoup d'espoir dans cette action collective pour obtenir justice.

Le sous-ministre Séphane Lafaut a refusé de commenter ce dossier.

Plus d'articles