Retour

« Toujours le choix » : la France lance un jeu interactif pour contrer la radicalisation

Le premier ministre français, Manuel Valls, a présenté l’initiative comme une façon de se donner les « mêmes armes » que les djihadistes qui cherchent à recruter les jeunes sur internet et les réseaux sociaux.

Nous avons toujours cru qu’il ne fallait pas abandonner les réseaux sociaux aux ennemis de la démocratie et aux prêcheurs de haine. C’est sur internet, sur les réseaux sociaux, aujourd’hui, [que se trouve] une grande partie de l’information, de la communication, du dialogue, quel qu’il soit.

Le premier ministre français, Manuel Valls.

« Nous avons toujours cru qu’il ne fallait pas abandonner les réseaux sociaux aux ennemis de la démocratie et aux prêcheurs de haine. Puis c’est sur internet, sur les réseaux sociaux, aujourd’hui, une grande partie de l’information, de la communication, du dialogue, quel qu’il soit ».

Le site hébergeant le jeu propose aussi des témoignages de parents dont les enfants ont choisi d’aller garnir les rangs d’organisations terroristes.

Selon le premier ministre français, la menace terroriste est loin d’être éradiquée en France. « On ne peut pas prolonger indéfiniment l’état d’urgence, mais ce qui est vrai, c’est que la menace terroriste est là. La menace est lourde. J’ose même dire qu’elle est plus lourde aujourd’hui », a-t-il affirmé.

Les attentats de Paris ont changé la donne

Selon Amélie Boukhobza, psychologue française et spécialiste de la déradicalisation, les attentats du 13 novembre ont marqué un tournant à deux niveaux; d’abord pour les professionnels sur le terrain, pour qui ces événements ont donné lieu à une prise de conscience. Ensuite pour les jeunes réceptifs, mais hésitants, à la cause des djihadistes, qui ont fini par basculer et décider de jouer un rôle actif dans la Guerre sainte.

« Le lendemain des attentats, je me rappelle, il y avait ce jeune qui m’a dit très clairement, très ouvertement ''130 morts qu’est-ce que c’est finalement? Vous tuez des milliers de musulmans partout dans le monde, alors 130 morts vous n’allez pas en faire toute une histoire », se souvient Amélie Boukhobza, qui est également titulaire d’un doctorat en psychopathologie du djihadisme.

Mme Boukhobza dirige, en outre, depuis Nice, une organisation luttant contre la radicalisation. Elle soutient qu’après les attentats de Paris, il y a eu une augmentation des départs de jeunes vers des pays comme la Syrie et l’Irak pour rejoindre le groupe armé État islamique. Mais ce qui demeure le plus inquiétant, selon elle, est le « mouvement » qui gagne une partie de la jeunesse française, de plus en plus encline à réfuter des notions historiques ou scientifiques en les opposant à des préceptes religieux.

Pour Amélie Boukhobza, cette attitude relève d’un « besoin d’affirmation identitaire » normal pour des adolescents ou des jeunes adultes, mais qui se développe, dans le contexte, en repli sur soi.

Cette affirmation identitaire devient de plus en plus de rupture; de rupture avec les valeurs de la République, de la laïcité, de la démocratie et ça, c’est de plus en plus inquiétant.

Amélie Boukhobza, psychologue française et spécialiste de la déradicalisation.

Pour la psychologue, pour contrer le phénomène de radicalisation, il faut « intervenir sur les premiers degrés de radicalité » pour « émettre des doutes, remettre des choses dans une réalité et empêcher le passage à l’acte terroriste ».

C'est un combat au nom de la femme, au nom de la liberté, au nom de laïcité. C'est un combat permanent.

Amélie Boukhobza, psychologue française et spécialiste de la déradicalisation.

Il faut également, soutient-elle, accorder une attention particulière aux familles souvent trop peu méfiantes à l’égard des jeunes qui adopte un discours religieux. Amélie Boukhobza appelle à la vigilance des parents et à réagir à tout changement de comportement reflétant des signes d’endoctrinement.

La psychologue met en garde ceux qui sont prompts à marginaliser les jeunes de certaines communautés religieuses, en rappelant que les idéologues du courant djihadiste exploitent ces mises à l’écart pour faire ressortir un état victimaire chez leurs potentielles recrues.

Amélie Boukhobza conclut en rappelant qu'il faut également s'occuper des jeunes qui rentrent au bercail. Souvent désillusionnés, déçus ou même humiliés de leur séjour, ils représentent parfois des bombes à retardement qui, ne sachant pas comment canaliser leur colère, sont prêts à commettre l'irréparable.

« Il faut les craindre parce que le fait d’avoir été relayés à des rangs inférieurs, à des tâches parfois dégradantes sur place, en revenant ici, peut-être qu’une façon de se rehausser, c’est justement de prouver qu’on est capable de faire quelque chose ».

Plus d'articles