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Toujours plus de pétrole, plus d'essence, plus de VUS...

On parle de réduire les gaz à effet de serre au Québec, on se fixe des objectifs ambitieux, on a une bourse du carbone, on parle aussi d'électrification des transports. Les paroles et les gestes porteurs pour la protection de l'environnement se multiplient.

Gérald Fillion

Un texte de Gérald Fillion

Mais, pendant ce temps, croyez-le ou non, le Québec consomme du pétrole et de l'essence comme jamais et les ventes d'autos atteignent des niveaux records. Il y a eu une hausse de près de 6 % des ventes au Québec en 2015, pour un total dépassant 450 000 véhicules neufs.

Et vous savez quoi? Les ventes de véhicules utilitaires ont bondi de 18 % l'an dernier et représentent plus de la moitié des nouvelles ventes annuelles au Québec.

Question simple : les bottines suivent-elles les babines? Bien sûr, des initiatives réelles sont mises en application et le Québec avance. Mais le citoyen ordinaire, celui à qui on explique que des changements de comportement sont nécessaires pour réduire notre empreinte carbone, que fait-il, qu'entend-il, où est-il?

Daniel Breton, coauteur du premier guide sur l'auto électrique, nous disait lundi à RDI économie qu'à défaut de ne plus avoir d'autos dans la cour, bien des ménages pourraient opter pour une voiture électrique, plus économique, moins productrice de gaz à effet de serre. Les ménages qui ont deux bagnoles pourraient choisir de remplacer l'une de leurs autos par un modèle électrique, alors que près de 9 Canadiens sur 10 font moins de 60 kilomètres par jour pour aller au travail.

Très bien, mais dans la réalité, on ne compte que près de 10 000 véhicules électriques au Québec, une part marginale des ventes d'autos et du parc de véhicules. Si les Québécois semblent sourds aux appels écologistes, cela s'explique par une chose assez simple : le prix de l'essence au Québec baisse plus qu'ailleurs au pays.

Comme l'expliquait Stéfane Marion, économiste en chef de la Financière Banque Nationale, à RDI économie mardi, c'est au Québec que la baisse du prix de l'essence a été la plus forte depuis un an : recul de 12 cents le litre alors que la baisse est de 10 cents au Nouveau-Brunswick et de moins de 6 cents en Colombie-Britannique et en Ontario.

La faiblesse des prix de l'essence s'explique par deux facteurs, dit Stéfane Marion : premièrement, la forte production de pétrole de schiste aux États-Unis a permis une hausse des exportations du pétrole américain vers le Québec. En 2011, le Québec n'importait pas de pétrole de nos voisins du sud. Aujourd'hui, revirement complet, c'est plus de la moitié! Ce pétrole est moins cher à obtenir que celui qui est issu des pays de l'OPEP, notamment l'Algérie.

Voici les importations internationales du Québec : 

Deuxièmement, l'inversion de la canalisation 9b d'Enbridge entre le sud de l'Ontario et Montréal permet au Québec d'acheter du pétrole de l'ouest du pays, notamment du pétrole qui vient de la production des sables bitumineux en Alberta. Depuis quelques mois, plus de la moitié du pétrole acheminé aux raffineries du Québec vient de l'ouest du Canada. Ce pétrole est vendu moins cher que celui des États-Unis sur le marché nord-américain.

Ainsi, Stéfane Marion affirme que la moitié de la baisse du prix de l'essence au Québec vient des nouvelles sources d'importation, soit des États-Unis et de l'ouest du Canada. 

Bien des Québécois sont sensibles aux questions environnementales, qui sont le défi économique le plus important de notre époque. Les changements climatiques sont porteurs de catastrophes économiques, avec les inégalités qui vont grandir et les effets sur la santé. Mais, si bien des gens s'entendent pour dire que nous avons encore besoin de pétrole - les trois tableaux et graphiques le montrent bien -, il doit y avoir une indication, à un certain moment, que les citoyens en prennent pleinement conscience et que leurs comportements changent.

Il y a beaucoup de gens qui ont besoin de véhicules utilitaires pour leur travail, mais les ventes actuelles pour tout le Québec, en forte hausse - des ventes plus importantes que celles de voitures particulières -, expriment un message qui n'est pas cohérent avec les ambitions environnementales du Québec.

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