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Tous les baby-boomers devraient être testés pour l'hépatite C, selon une étude

Tous les Canadiens âgés de 43 à 73 ans, soit essentiellement les baby-boomers, devraient subir un test de dépistage du virus de l'hépatite C, selon une étude de l'Association canadienne pour l'étude du foie.

On estime qu’un peu plus de 250 000 Canadiens sont infectés par le virus de l’hépatite C, mais que de 40 à 70 % d’entre eux n’en savent rien puisque la maladie peut être asymptomatique durant des décennies.

Il n’en demeure pas moins que ce virus peut avoir des conséquences sérieuses sur la santé, allant de l’infection ponctuelle et bénigne du foie aux troubles chroniques menant à la cirrhose ou au cancer.

Pourquoi les baby-boomers?

Le virus de l’hépatite C est transmis par le sang et la plupart des nouveaux cas signalés au Canada sont liés à des antécédents de consommation de drogues injectables. Mais au-delà de ce comportement à risque, l'Association canadienne pour l'étude du foie (ACEF) considère l’âge comme un facteur de première importance quant à la possibilité d’avoir contracté le virus.

En effet, selon une autre étude publiée en 2016 dans le journal médical The Lancet, les baby-boomers sont plus à risque en raison des standards d’hygiène médicale qui avaient cours de 1940 à 1965. Ils ont donc plus de chance d’avoir été en contact avec du sang infecté.

« Quelque part entre les deux tiers et les trois quarts des personnes infectées par le virus de l’hépatite C sont nées entre 1945 et 1975 au Canada », explique le docteur Jordan Feld, spécialiste du foie à l’Hôpital général de Toronto et coauteur des recommandations pour le dépistage et le traitement de l’hépatite C, publiées lundi par l’ACEF dans le Journal de l'Association médicale canadienne.

« En agissant ainsi, nous espérons pouvoir diagnostiquer la vaste majorité des Canadiens qui vivent avec l’hépatite C », ajoute-t-il.

Un traitement plus efficace

Cette recommandation diffère de celle faite l’an dernier par le Groupe d’étude canadien sur les soins de santé préventifs, qui suggérait de procéder à un test de dépistage uniquement chez les patients qui présentaient des comportements à risque, peu importe leur âge.

« Si nous pouvions identifier les gens qui ne présentent pas de risque élevé d’avoir contracté le virus, je serais d’accord pour que l’on évite de leur faire subir un test de dépistage, admet le docteur Feld. Mais le problème, c’est que nous avons beaucoup de mal à identifier ces patients. »

« Cela signifie que nous devons les interroger sur le sujet, mais la plupart d’entre eux ne savent même pas comment ou quand ils ont pu être exposés au virus. »

Outre les utilisateurs de drogues injectables, les gens à risque incluent ceux qui se sont déjà fait tatouer ou percer avec du matériel non stérilisé, ceux qui ont eu des relations sexuelles non protégées et ceux qui ont reçu une transfusion sanguine ou une transplantation d’organe avant 1992.

Depuis que le Groupe d’étude canadien sur les soins de santé préventifs a émis sa recommandation, le traitement de l’hépatite C s’est grandement amélioré, notamment avec l’avènement des antiviraux, affirme le Dr Feld.

« Les anciens traitements étaient difficiles à suivre, entraînaient beaucoup d’effets secondaires et avaient un taux de réussite assez bas. »

Si le traitement est plutôt dispendieux, il est cependant économique quand on considère toutes les ressources médicales nécessaires pour traiter les cas avancés de cancer du foie et les autres complications liées à l’infection chronique due au virus de l’hépatite C, affirme le coauteur de l’étude.

Selon lui, la vaste majorité des compagnies d’assurances privées et la plupart des provinces et territoires remboursent déjà le traitement.

Sauver des vies

Le dépistage du virus de l’hépatite C se fait grâce à un test sanguin simple, rapide et peu coûteux. La plupart des gens qui ont été exposés au virus ont probablement déjà éliminé l’infection de leur corps, les études de prévalence suggèrent donc qu’environ 98 % des tests de dépistage seront négatifs.

Or, le test de dépistage permettra aux patients qui ont développé la maladie dans sa forme chronique d’avoir accès à un traitement efficace avant que les conséquences sur leur santé ne soient irrémédiables.

« En plus, à ce stade, le traitement ne fonctionne pas aussi bien. On peut soigner l’infection, mais les dommages permanents au foie sont irréversibles. »

L’Organisation mondiale de la santé souhaite pouvoir éliminer complètement les cas d’hépatite C d’ici 2030, un objectif que le Canada a endossé, précise le Dr Feld. « Mais nous y parviendrons seulement en dépistant et en traitant les patients qui sont déjà infectés », ajoute-t-il.

En 2013, 465 personnes sont décédées d’une infection aiguë découlant du virus de l’hépatite C, selon les données du Centre de la lutte contre les maladies transmissibles et les infections de l'Agence de la santé publique du Canada.

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