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Tragédie à Lac-Simon : il faut traiter autre chose que des symptômes, selon un ancien grand chef

Après la mort d'un homme tué par un policier dans la communauté de Lac-Simon cette semaine, qui survient six mois après la mort en service d'un agent dans la même localité, plusieurs se demandent comment briser ce cycle de violence et rétablir les ponts. Selon Richard Kistabish, ancien grand chef du Conseil algonquin du Québec, les racines des problèmes sont profondes et les solutions proposées par les gouvernements ne sont que des sparadraps qui ne règlent en rien la situation.

« Il faut prendre un peu de recul par rapport à ce qui se passe. Il y a 25 ans, il y a eu une crise à Oka. Le fond de la question à Oka n'a jamais été réglé. C'est quand même inconcevable que 25 ans plus tard, cette crise-là n'a pas amené aucune espèce de solution par rapport à la situation qui se passait », dit-il en entrevue à l'émission 24/60.

M. Kistabish soutient que bien des crises se sont produites depuis, mais que les décideurs politiques et les autorités ne tirent pas de leçons du passé et manquent de vision.

Au-delà des symptômes

Des figures connues, comme le rappeur Samian, ont dénoncé les ravages que causent l'alcool et la drogue dans les communautés autochtones, à la suite de la dernière tragédie à Lac-Simon.

Selon Richard Kistabish, les initiatives comme celle adoptée par la communauté de bannir temporairement l'alcool ou d'expulser les revendeurs de drogue sont des gestes nobles, mais qui demeurent des solutions temporaires, ne s'attaquant pas aux maux plus profonds.

« Ce sont des symptômes qu'on tente de régler. On essaye de mettre des tampons, des plasters, des compresses pour que ça arrête de couler, et on espère en fin de compte que ça puisse guérir. Ces plaies-là se rouvrent de temps en temps, comme au Lac-Simon », explique celui qui a vécu à Lac-Simon et qui a déjà travaillé comme intervenant social.

« C'est frustrant pour les proches ces situations-là. On est toujours en maudit quand on voit ces choses-là. On devient écœuré », avoue-t-il.

« Mais il faut supporter ces gestes-là [posés par les membres de la communauté après la tragédie] par des choses concrètes. Par des attributions, par la reconnaissance. Je pense que les gestes que les communautés font pour se débarrasser de ces problèmes-là, c'est justement de se faire reconnaître », croit-il.

Par ailleurs, on ne braque pas suffisamment les projecteurs sur les initiatives qui produisent des effets positifs, selon lui.

Le nœud du problème : les questions territoriales et identitaires

L'ancien grand chef salue la volonté affichée du gouvernement Trudeau d'en faire davantage pour les Premières Nations, mais il faudra plus que des « feux d'artifice », estime-t-il.

« Il faut que [les gestes du gouvernement] vienne nous chercher, il faut que ça nous touche. Il faut qu'il mette ça en place pour que les petits bonshommes de 15-16 ans voient que ça bouge et qu'on leur dise : " ça, c'est votre territoire, c'est vos terres a vous autres ". Ça les rendrait un petit peu plus responsables et respectueux aussi », affirme-t-il.

En faire plus aussi pour les femmes autochtones

Un autre exemple de solution à court terme qui ne suffit pas selon lui est la ligne téléphonique mise en place par le Service de police de la Ville de Montréal pour faciliter les dénonciations de femmes autochtones victimes de violences ou d'abus, à la suite des problèmes vécus à Val-d'Or.

« On est dans le champ avec une approche comme ça. Ce n'est pas facile de prendre le téléphone pour une victime. J'en connais, j'ai travaillé là-dedans, je sais comment ça marche. Ça prend énormément de temps. Ce n'est pas évident pour les victimes d'aller dénoncer ça. Ça ne marche pas de même. »

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