EXCLUSIF - La brasserie Moosehead de Saint-Jean au Nouveau-Brunswick a reçu plusieurs avantages économiques, tels que des promotions payées en partie par Alcool NB ou encore la mise en valeur exclusive de ses produits en magasin.

Un texte de Nicolas Steinbach

D'après une enquête menée par Radio-Canada et CBC, ces mesures auraient coûté plus de sept millions de dollars à la société de la Couronne en 2013 seulement.

CBC a obtenu une note interne envoyée par un employé d'Alcool NB à Blaine Higgs, qui était à ce moment ministre responsable de la société de la Couronne. L'avis au ministre dresse une liste de 22 faveurs accordées à la brasserie Moosehead aux dépens des brasseurs Molson Coors et Labatt de novembre 2012 à février 2013.

Le président-directeur général d'Alcool NB de 2010 à 2013, Daniel Allain, a authentifié le document. Il estime que ces politiques, jugées inconcurrentielles dans le document, visent à protéger des emplois au Nouveau-Brunswick.

« Est-ce que c'est normal? Chaque brasseur, chaque producteur d'alcool va exercer une influence sur Alcool NB. C'est de trouver l'équilibre. Qu'est-ce qui est bon pour la société de la Couronne et qu'est-ce qui est bon pour le brasseur local? C'est difficile, c'est très difficile de trouver cet équilibre. En fin de compte, tu veux quand même aider les compagnies, nos compagnies du Nouveau-Brunswick », explique M. Allain.

Alcool NB a refusé de commenter la note interne étant donné qu'elle a été produite avant l'entrée en poste de la direction actuelle.

Le PDG de Moosehead, Andrew Oland, reconnaît avoir reçu des avantages économiques, mais estime que les sept millions de dollars avancés pour 2012-2013 représentent une somme disproportionnée.

Le perdant, c'est le consommateur

Selon Daniel Allain, le consommateur est le grand perdant vu qu'il ne bénéficie pas des meilleurs prix, du meilleur choix et des meilleures promotions sur l'alcool.

« Est-ce que le consommateur est gagnant lorsqu'on favorise une compagnie comme Moosehead à l'intérieur d'Alcool NB? Non, le consommateur est perdant. Il n'y a pas d'innovation, il n'y a pas de stratégies [de marketing d'autres provinces] qui favorisent le consommateur. C'est toujours de trouver l'équilibre, mais malheureusement, en affaires, lorsqu'on trouve l'équilibre, le consommateur est perdant. »

Au dire de l'ancien PDG, la faute revient en grande partie aux barrières commerciales entre le Québec et le Nouveau-Brunswick, qui limitent le marché du brasseur Moosehead en le contraignant à payer un tarif sur l'exportation de sa bière.

Le lobby des brasseurs

Moosehead compte 200 employés au Nouveau-Brunswick et fêtera en 2017 son 150e anniversaire. La brasserie est un fleuron de la province.

« Nous nous battons bec et ongles pour obtenir tout ce que nous pouvons d'Alcool Nouveau-Brunswick », soutient le PDG de l'entreprise, Andrew Oland.

M. Oland confirme le traitement de faveur d'Alcool NB envers son entreprise. Il explique que la taxe sur la bière au Nouveau-Bruswick, qui est bien plus élevée qu'au Québec, est un problème.

Selon lui, les pertes de revenus liées à l'achat illégal d'alcool au Québec se sont élevées à 10 millions de dollars annuellement au cours des cinq dernières années.

De son côté, Daniel Allain reconnaît que le lobby exercé par le brasseur sur le gouvernement est important.

« Tous les brasseurs, tous les producteurs d'alcool font du lobbying avec le gouvernement; ce sont des fournisseurs, ce sont vraiment de bons lobbyistes, ce sont des gens qui connaissent le système », dit-il.

À noter qu'il n'existe pas de registre des lobbyistes au Nouveau-Brunswick. Il est donc difficile de savoir quels groupes d'intérêts ou entreprises rencontrent le gouvernement. Les libéraux de Brian Gallant ont promis de régler la situation d'ici la fin de leur mandat en 2018.

L'occasion ratée du gouvernement conservateur

Daniel Allain soutient avoir voulu, en 2011, assouplir les restrictions entre les provinces pour ce qui est de l'alcool. Le conseil d'administration d'Alcool NB a fait une recommandation en ce sens à Blaine Higgs, qui était également ministre des Finances, mais sans succès.

« Le caucus nous est revenu en nous disant qu'ils ne voulaient pas, qu'ils voulaient garder les mêmes limites. Je crois que c'était un manque de vision du ministre responsable [Blaine Higgs] qui avait une occasion de s'aligner avec les autres provinces pour enfin éliminer les frontières tarifaires, éliminer les mesures protectionnistes de chaque province », affirme celui qui est un militant conservateur de longue date, nommé par le gouvernement progressiste-conservateur de David Alward à la tête d'Alcool NB.

Après le passage de M Allain chez Alcool NB, le premier ministre Alward l'a nommé sous-ministre de la gestion et de l'administration au Cabinet du premier ministre.

Daniel Allain qualifie la décision du caucus d'occasion manquée. L'ancien PDG n'était pas en mesure de dire si Blaine Higgs avait subi des pressions de la brasserie Moosehead.

Le PDG de Moosehead, Andrew Oland, dit ne pas se souvenir d'avoir approché le gouvernement sur cette question.

Blaine Higgs n'a pas voulu commenter l'affaire, lui qui est aujourd'hui candidat à la direction du Parti progressiste-conservateur.

Les brasseurs traités équitablement aujourd'hui ?

Alcool NB affirme que tous les fournisseurs sont traités équitablement aujourd'hui, mais le brasseur Molson Coors n'est pas du même avis.

François Lefebvre, directeur des affaires corporatives chez Molson Coors, indique que l'entreprise demande au gouvernement depuis plusieurs années les mêmes avantages de prix que Moosehead, mais sans succès .

« Nous sommes en attente de la décision pour rectifier le déséquilibre qui existe », dit-il.

Molson Coors est un brasseur local, à l'instar de Moosehead, étant donné qu'il exploite une brasserie à Moncton depuis 2007.

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