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Transferts en santé : les provinces s'en remettent à Trudeau

Alors que la ministre fédérale de la Santé dressait un bilan plutôt satisfaisant de sa rencontre avec ses homologues provinciaux, ces derniers en sont restés sur leur faim, si bien qu'ils réclament désormais que le problème des transferts fédéraux soit tranché par le premier ministre Trudeau.

Aux bons mots de Jane Philpott, qui se réjouissait des discussions constructives ayant touché à tous les aspects du système de santé, a vite succédé le constat d'échec du ministre québécois de la Santé, Gaétan Barrette.

« Ce qui est concret aujourd'hui, c'est qu'on annonce une réduction du financement en santé à hauteur de 60 milliards de dollars pour le Canada, même près de 61 [milliards]. Et que cette réduction [...] va avoir un impact négatif sur notre capacité de donner des services », a dit M. Barrette.

S'il convient que les enjeux du système, dont les soins en santé mentale, ont été clairement cernés, M. Barrette a déploré « qu'on nous demande de faire plus avec, pour le moment, moins », et qu'« on se retrouve dans une situation où on veut nous dire aussi quoi faire et comment le faire. Et ça, ça pose un problème ».

Pour ces raisons, a expliqué le ministre Barrette, les provinces n'ont pas d'autre choix que de relancer le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, afin qu'il rencontre ses homologues à ce sujet. Une première invitation en ce sens, envoyée par le Conseil de la fédération, a essuyé une fin de non-recevoir d'Ottawa.

M. Barrette espère que la situation sera débloquée lors de cette rencontre au sommet, qui devrait avoir lieu en décembre, et ce, afin d'assurer « un financement adéquat à long terme », car « aujourd'hui, nous avons une perspective qui est relativement sombre ».

Philpott réplique et veut des changements

Jane Philpott s'est empressée de contredire son homologue québécois à coups de chiffres.

« Il n'y aura pas de coupure pour la santé; il y aura des augmentations. Dans les prochains cinq ans, les transferts canadiens en matière de santé - qui sont actuellement de 36 milliards de dollars par année - vont [...] continuer, mais, en plus de ça, il y a aura à peu près 19 milliards de dollars de plus dans les cinq prochaines années. Ça, c'est une augmentation, ce n'est pas une coupure », a répliqué la ministre fédérale de la Santé.

Elle a ajouté qu'« il y a aussi 3 milliards de dollars pour les soins à domicile », un dossier sur lequel insiste beaucoup le gouvernement fédéral, estimant que les services actuels sont en deçà des attentes de la population.

La ministre fédérale a rappelé que « beaucoup d'argent a été mis sur la table ces dernières années », assorti d'engagements des provinces pour que des changements soient apportés dans le système. « Les soins à domicile doivent être plus accessibles pour les Canadiens », a-t-elle martelé.

Or, a constaté Mme Philpott, « la transformation du système n'a pas suivi ». Elle prône donc une meilleure collaboration entre Ottawa et les provinces pour que les nouveaux investissements correspondent aux besoins des contribuables.

Le ministre ontarien de la Santé, Eric Hoskins, a tenu à faire une mise au point pour dire principalement que « chaque dollar provenant du fédéral est investi en santé ». Il a également souligné que les « transformations requièrent de l'argent » et que leurs résultats tardent parfois à se concrétiser.

Un peu plus tôt dans la journée, le ministre Barrette a déploré les remarques d'Ottawa sur la lente transformation du réseau de la santé. « Nous l'avons fait, et je vais parler pour le Québec, mais au Québec, on a fait plus que cela, parce que nous avons amorcé ce processus de transformation avant que les libéraux ne soient élus », a-t-il soutenu.

« J'ai été mal comprise »

Invitée par une journaliste à donner des preuves sur l'argent fédéral qui ne serait pas dépensé en santé, Jane Philpott a dit avoir été « mal comprise » et s'est excusée auprès de ses homologues des provinces et des territoires pour le malentendu que cela aurait provoqué.

Après avoir critiqué la gestion faite par les provinces des fonds fédéraux alloués aux soins de santé, la ministre a précisé qu'elle n'avait pas l'intention de trouver des coupables. Elle a indiqué qu'elle avait voulu se référer à de « nouveaux investissements en santé » en demandant une plus grande responsabilité aux provinces.

Une vision libérale du fédéralisme

Alain Noël, professeur titulaire au département de science politique de l'Université de Montréal, a évoqué à l'émission 24/60 un « échec annoncé », les positions des parties étant campées depuis plusieurs semaines.

Rappelant que la contribution d'Ottawa en santé a suivi une tendance baissière pendant des années, M. Noël a noté que la vision du fédéralisme de l'ex-gouvernement conservateur est différente de celle des libéraux. Ce qui expliquerait, en partie du moins, l'impasse actuelle.

À la différence de Harper qui réduisait les transferts fédéraux en santé sans demander de comptes aux provinces, « le gouvernement Trudeau revient à la tradition libérale qui est d'être plus interventionniste ». Alain Noël a fait remarquer d'ailleurs que les libéraux posent leurs conditions avec les taux de transfert décidés par les conservateurs.

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