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Transformer nos déchets en énergie : une bonne idée?

Alors que l'industrie de la récupération est en crise au Québec, un entrepreneur estime qu'il serait plus profitable de transformer une partie de nos déchets en énergie.

Un texte de Michel Marsolais

Malgré la récupération des matières recyclables, plus de cinq millions de tonnes de déchets prennent le chemin des sites d'enfouissement du Québec chaque année. C'est pourquoi Charles Moreau tente depuis plus de 10 ans de convaincre les gouvernements d'utiliser une partie de nos déchets pour produire de l'énergie.

« C'est clair et c'est évident qu'en ce moment il n'y a pas ce qu'il faut pour recevoir l'ensemble des matières recyclables au Québec. Nous, on amène une solution permanente pour toutes les matières qui ne trouveraient pas preneurs pour le recyclage », fait valoir le président de 3R Synergie.

L'entreprise compte construire sa première usine pour transformer les déchets en gaz d'ici deux ans. Il s'agit d'un projet privé qui repose sur la technologie suisse Thermoselect; des discussions se poursuivent avec plusieurs MRC pour son implantation.

« On fait une combustion en vase clos. On transforme la matière en énergie et en sous-produits qui deviennent une matière première pour faire de la laine de roche », explique-t-il.

Plusieurs pays comme le Japon ou la Norvège ont déjà pris un tel virage. On estime que trois tonnes de déchets valent une tonne de carburant. Le Japon utilise déjà la technologie proposée par 3R Synergie et plusieurs élus québécois sont allés visiter l’usine de Chiba.

L’exemple suédois

En Suède, seulement 1 % des déchets finissent au dépotoir. Les Suédois récupèrent 49 % des matières recyclables grâce à un tri sélectif reposant sur la participation des citoyens. Mais le reste est brûlé pour faire de l'énergie.

Un modèle d'affaires payant, puisque la Suède doit même importer des déchets des pays voisins – principalement le Royaume-Uni et la Norvège – pour répondre à la demande.

Les détracteurs maintiennent toutefois que le recyclage est de loin préférable à la conversion en énergie.

« Si on réussit à trier ou à séparer à la source l'ensemble du papier, du plastique, on n'a pas besoin d'avoir des systèmes qui font de la valorisation énergétique. On a plus besoin de ces matières-là pour faire du recyclage qu'on en a besoin pour faire de l'énergie », dit Karel Ménard, directeur général du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets.

« On veut diminuer notre consommation des ressources, on veut pouvoir les réutiliser le plus possible; et c'est là qu'est le problème avec la combustion, et c'est pour ça qu'il y a assez d'opposition ici », pense aussi Normand Mousseau, professeur titulaire à Université de Montréal et directeur académique de l’Institut de l’énergie Trottier.

Pour lui, l’abondance d’hydroélectricité au Québec joue en défaveur du développement d’une filière énergétique liée aux déchets.

Pour Charles Moreau, il ne s’agit pas de concurrencer l’hydroélectricité, mais plutôt de réduire la dépendance aux combustibles fossiles.

« Il y a 30 ou 35 % d'hydroélectricité, oui, mais l'autre composante d'énergie est fossile dans une large proportion. Nous, on parle d'énergie de remplacement des combustibles fossiles. C'est à cette partie-là que l'on s'attaque », précise-t-il.

Récupérer pour l’environnement ou pour se donner bonne conscience?

Plusieurs experts admettent cependant que le système actuel de récupération, où tout est transporté pêle-mêle, est déficient, et ne sert parfois qu'à donner bonne conscience à la population. Plus de 80 % des frais de récupération sont ainsi consacrés au transport, et bien des matières recyclables finissent au dépotoir parce qu’elles ne trouvent pas leur place sur le marché en raison d’une trop grande contamination.

De quoi décourager bien des citoyens sur qui repose tout le système. « Les problèmes sont structurels. Selon nous, il faudrait pratiquement tout revoir l'ensemble de la chaîne de récupération au Québec. À partir même du niveau des producteurs, des emballeurs », admet Karel Ménard, qui voudrait que la responsabilité soit davantage partagée entre tous les acteurs.

L'exportation des produits récupérés n'est pas non plus une solution très écologique, en raison des distances de transport. De plus, les matières expédiées sont souvent brûlées pour faire de l'électricité.

« Si ce n'est pas utilisable pour nos papetières, ça ne l'est pas plus de l'autre côté de l'océan », pense Charles Moreau.

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