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Travailleurs agricoles saisonniers : un programme « pire que l'esclavage »

La famille d'un travailleur agricole saisonnier qui a perdu la vie après s'être blessé au travail dénonce la façon dont il a été traité par le système canadien.

Sa cousine, Marcia Barrette, qui vit à Winnipeg, estime que les droits des ouvriers agricoles qui viennent travailler dans le cadre du programme des travailleurs agricoles saisonniers (PTAS) devraient être mieux protégés. « C'est pire que l'esclavage. Ils les éliminent », a expliqué Mme Barrett à l'émission Go Public, de CBC.

Des centaines de travailleurs auraient été renvoyés chez eux dans des circonstances similaires. Une pratique désignée par le terme de rapatriement médical.

12 ans dans les fermes canadiennes

Sheldon McKenzie a fait des allers-retours pendant 12 ans entre la Jamaïque et le Canada pour travailler pendant quelques mois dans les fermes. L'argent qu'il a gagné, il le renvoyait à sa femme et à ses filles.

En 2014, il commence à travailler chez un producteur de tomates à Leamington. Un an après, il se blesse et tombe dans le coma. Son état est tellement grave que les médecins doivent lui retirer une partie du cerveau. Dans l'incapacité de travailler, il perd son visa de travail ainsi que son assurance maladie.

Selon Mme Barrett, des pressions pour qu'il rentre en Jamaïque ont été exercées très rapidement par l'agent de liaison de M. McKenzie. Elle a fait appel à un avocat afin de lui obtenir un visa humanitaire pour qu'il puisse continuer à recevoir des soins au Canada. Il a obtenu un visa temporaire, mais il est mort avant qu'une décision ait été prise sur le visa humanitaire.

Aucune aide des membres du programme

Mme Barrett dit qu'elle n'a reçu aucune aide de la part de l'agent de liaison jamaïcain responsable de M. McKenzie dans le cadre du PTAS. « Le seul objectif était de le renvoyer chez lui », souligne-t-elle.

Selon le responsable des agents de liaison jamaïcains pour le Canada, Carlton Anderson, les agents ont failli à leurs obligations et engagements envers leurs travailleurs.

« Le bien-être des travailleurs est la principale raison de notre existence et de notre présence au Canada », a-t-il expliqué dans un communiqué adressé à CBC.

Des ouvriers vulnérables

Environ 30 000 ouvriers agricoles viennent travailler chaque année au Canada par l'intermédiaire du PTAS. La majorité provient du Mexique et de la Jamaïque.

Le programme vise à permettre à des fermiers canadiens d'embaucher des ouvriers détenant des visas temporaires pendant la saison des plantations et des récoltes pour répondre à leur besoin de main-d'oeuvre supplémentaire.

Ce sont les agriculteurs canadiens qui décident s'ils souhaitent le retour d'un ouvrier. Les fermes collaborent avec des agents de liaison jamaïcains pour prendre cette décision, ce qui laisse les travailleurs sans recours, estime Mme Barrett. « S'ils se plaignent, ils sont renvoyés et ne peuvent pas revenir », décrit-elle.

Pour Chris Ramsaroop de l'association Justice pour les travailleurs migrants, il s'agit d'un système discriminatoire.

Depuis plusieurs années, M. Ramsaroop oeuvre pour que le gouvernement canadien change les règles du programme afin de donner plus de droits aux travailleurs.

Il explique que les travailleurs blessés perdent systématiquement leur assurance maladie et qu'il faut des mois pour faire appel de cette décision.

Alerté par CBC sur le cas de Sheldon McKenzie, la ministre de l'Emploi, du Développement de la main-d'oeuvre et du Travail, MaryAnn Mihychuk, s'est engagée à étudier le problème.

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