Retour

Trêve en Syrie : une semaine plus tard, l'espoir reste fragile

Une semaine après l'entrée en vigueur d'une trêve censée en durer deux, le niveau des violences a considérablement diminué en Syrie. L'acheminement de l'aide humanitaire se fait toutefois au compte-gouttes et la reprise des négociations entre une partie des rebelles et le régime de Bachar Al-Assad demeure incertaine.

Pour l'heure, les Syriens profitent de l'accalmie relative qui règne sur l'ensemble du territoire. L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) estime par exemple que les violences ont baissé de 90 %. Selon lui, 12 personnes ont été tuées jeudi, ce qui constitue le bilan le plus faible des 13 derniers mois.

Les belligérants s'accusent mutuellement de violer l'accord sur la « cessation des hostilités » parrainé par la Russie et les États-Unis. Moscou dit avoir recensé 66 violations de la trêve par les groupes d'opposition, qui en rapportent quant à eux 170 de la part du régime et de son allié russe.

Mais selon le directeur de l'OSDH, Rami Abdurrahman, toutes ces violations alléguées - tirs d'artillerie, frappes aériennes, échanges de tirs - sont jusqu'à nouvel ordre de « petites vagues qui font tanguer le bateau, sans être suffisamment fortes pour le renverser ».

La présidente internationale de Médecins sans frontières, la Canadienne Johanne Liu, abonde dans le même sens. « Il y a une désescalade de la situation de violence, une diminution marquée des attaques aériennes et des bombardements, mais ils ne sont pas totalement arrêtés », affirme la docteure.

Le flux de Syriens fuyant les régions d'Idleb et d'Alep pour se masser près de la frontière turque, dans le nord de la Syrie, a « énormément diminué », dit-elle. Cependant, quelque 100 000 déplacés syriens qui s'y entassent dans des conditions souvent précaires « n'ont pas encore commencé à retourner chez eux, car c'est trop dangereux ».

Des centaines de Syriens ont d'ailleurs profité de l'accalmie vendredi pour tenir des manifestations antirégime dans les zones contrôlées par les rebelles, à Damas, Alep, Homs ou Deraa. Ils ont brandi le drapeau noir, blanc, vert avec trois étoiles rouges, devenu l'étendard des soulèvements de 2011, en scandant « la révolution continue ».

« Les gens sont contents, certains pleuraient de joie, mais certains avaient une boule dans la gorge. Beaucoup de jeunes qui protestaient au début sont morts », a commenté un militant de Talbissé, Abou Nouh. Selon lui, il s'agissait d'une première démonstration du genre depuis 2012 dans la ville.

« Avec la trêve, nous avons saisi l'opportunité d'exprimer pourquoi nous étions sortis au tout début [en 2011], pour réclamer la chute du régime », explique Abou Nadim, un militant d'Alep, où plus de 200 personnes ont défilé dans les rues, d'après ce qu'a constaté un vidéaste de l'AFP.

L'aide humanitaire se fait attendre

Les rebelles sunnites regroupés au sein du Haut Comité des négociations (HCN) n'ont cependant toujours pas confirmé s'ils reprendront les négociations avec le régime, la semaine prochaine à Genève, comme le souhaite l'émissaire de l'ONU, Staffan de Mistura. Ils conditionnent leur présence à l'acheminement de l'aide humanitaire.

Lundi, le conseiller pour l'aide humanitaire de M. de Mistura, Jan Egeland, a annoncé que de l'aide serait expédiée à 154 000 Syriens au cours des cinq prochains jours. Mais seule une partie de cette aide s'est rendue à bon port, en raison de « problèmes logistiques ».

Selon des responsables de l'ONU, on ne trouve souvent pas suffisamment de camions pour faire le travail et il est difficile d'obtenir les approbations du gouvernement syrien. Dans certains cas, du matériel médical a été retiré de convois. M. Egeland affirme avoir reçu des « indications » que le système d'autorisation sera « grandement simplifié ».

Les pourparlers de Genève doivent s'inscrire dans le cadre de la résolution 2254 adoptée par le Conseil de sécurité de l'ONU le 18 décembre, dans la foulée d'un accord conclu à Vienne fin octobre. Cet accord a été parrainé par les États-Unis et l'Arabie saoudite, qui appuient l'opposition, et par la Russie et l'Iran, qui soutiennent le régime.

La résolution de l'ONU prévoit un cessez-le-feu, la mise en place « d'une gouvernance crédible, inclusive et non sectaire » d'ici 6 mois, la rédaction d'une nouvelle constitution et des élections « libres et régulières », sous supervision de l'ONU, d'ici 18 mois.

La trêve ne concerne ni le groupe armé État islamique, qui contrôle un important territoire dans l'Est syrien, ni le Front al-Nosra, affilié à Al-Qaïda, qui est actif à de multiples endroits, et qui est souvent allié à d'autres rebelles sunnites qui sont tenus, eux, de respecter la trêve.

D'après des militants interrogés par Reuters, le Front al-Nosra respecte tout de même la trêve pour l'essentiel, même s'il ne croit pas qu'elle va tenir. Ils affirment que le groupe ne veut pas que les Syriens les blâment pour l'échec attendu de l'accord. « Nous respectons la décision prise par les rebelles », a résumé l'un d'eux.

Le Front al-Nosra n'est toutefois pas le seul à croire à l'échec programmé de l'accord. Selon Jaich Al-Islam, qui fait partie du HCN, le régime mobilise ses troupes en attendant une reprise des hostilités. Son chef, Mohammad Allouche, affirme que Damas tente en ce moment « d'occuper des endroits très stratégiques ».

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Une caméra de sécurité montre quelque chose d'extraordinaire





Rabais de la semaine