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Trois choses à savoir sur le nouveau livre d’Hillary Clinton

Les Américains ont tourné la page sur l'extraordinaire campagne électorale 2016 depuis un bout de temps déjà. Mais avec son nouveau livre (qui paraît aujourd'hui aux États-Unis), Hillary Clinton les force à revenir à l'automne dernier. Ce qui semble faire peu d'heureux. Voici trois choses à retenir du livre-événement de l'ex-candidate.

Une analyse de Yanik Dumont Baron, correspondant à Washington

1) Un mea culpa

D’abord, oui, il y a un mea culpa dans les 500 pages de What happened (Ça s’est passé comme ça, en France). Hillary Clinton reconnaît ne pas avoir su traduire de sentiment d’urgence dans sa campagne. Avoir eu de la difficulté à rejoindre les Américains avec un message simple.

Hillary Clinton admet certaines gaffes, comme avoir comparé les partisans de Donald Trump à des « déplorables ». Mais ce sont les forces externes qui reçoivent la grande part du blâme.

  • James Comey, un « directeur du FBI dans le tort » (depuis renvoyé par Donald Trump). Sans son intervention, « nous aurions gagné la Maison-Blanche », croit l’ex-candidate;
  • Bernie Sanders, son rival démocrate lors des primaires dont elle juge les idées irréalistes et qui a causé des « dégâts durables » en demeurant candidat jusqu’au bout;
  • Le président russe Vladimir Poutine, qui a mené « une guerre de l’information à grande échelle » bien ancrée dans la « guerre » de la droite américaine « contre la vérité ».

Aussi, l’ex-président Barack Obama (elle dénonce certains de ses conseils) n’échappe pas aux critiques, de même que la cheffe du Parti vert Jill Stein (dont la présence lui aurait coûté des votes dans des États cruciaux) et les grands médias américains (pour avoir trop parlé de son serveur informatique personnel).

2) Un douloureux bilan de sa campagne perdue

Le livre rappelle les grands bilans de la campagne 2016. Des bilans faits à répétitions dans les mois qui ont suivi le choc de novembre. Justement, l’idée de faire encore d’autres bilans déplaît à bien des démocrates.

Sous le couvert de l’anonymat, plusieurs disent préférer qu’Hillary Clinton fasse le moins de bruit possible. Qu’elle ne rouvre pas des plaies qui ont encore de la difficulté à cicatriser.

Ces démocrates pensent surtout aux tensions entre deux ailes de leur parti, des factions représentées par Clinton et Sanders durant la campagne.

Ces divisions à gauche ont été masquées par l’impopularité du président Donald Trump. Elles font surface de temps à autre. Et justement, Hillary Clinton assure qu’elle ne sera plus candidate, mais qu’elle n’en a pas terminé avec la politique...

Rien pour rassurer les bonzes du parti, qui composent depuis quelques mois avec une aile plus progressiste qui ne se gêne plus pour montrer ses muscles et bousculer les plans.

3) Un « sentiment d'abandon »

Dans son livre, Hillary Clinton relate bien sûr ces sombres moments que bien des gens ont tenté d’imaginer. Comment a-t-elle vécu ce constat d’échec devant un adversaire qu’elle a autant dénigré?

« J’ai ressenti un énorme sentiment d’abandon », a-t-elle expliqué dans une récente entrevue à CBS. C’est ce genre de détails qu’elle promet à ses lecteurs et à ceux qui iront l’écouter lors de sa tournée de promotion nord-américaine.

Plusieurs ne peuvent s’empêcher de voir une forme d’égoïsme dans cet exercice. Une tournée pour le bien d’Hillary Clinton, pas pour celui du parti démocrate. Ceux-là montrent du doigt le prix des billets (de 90 à 3000 $ pour son apparition montréalaise).

C’est peut-être aussi une femme à la recherche de baume et d’attention qui part en tournée. Blessée après une humiliante défaite, mise de côté après une longue carrière politique devant les caméras.

Après tout, Hillary Clinton écrit qu'elle cherche toujours à comprendre pourquoi bien des Américains ne l’aiment pas : « Il faut que j’accepte que le fait que bien des gens — des millions et des millions de personnes — ont décidé qu’ils ne m’aimaient pas. Imaginez comment on se sent. »

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