Retour

Trop d'anglophones dans les écoles françaises, dénonce un ex-conseiller scolaire

Un militant franco-ontarien et ancien conseiller scolaire, Basile Dorion, menace de poursuivre trois conseils scolaires francophones du sud de l'Ontario, à moins qu'ils ne réduisent le nombre d'anglophones qu'ils acceptent dans leurs écoles.

Un texte de Katherine Brulotte et d'Annie Poulin

M. Dorion a envoyé une lettre à ce sujet, mardi, aux directeurs de l'éducation des conseils Viamonde, MonAvenir et Providence.

Le résident de la région de Penetanguishene soutient que l'admission d'élèves non titulaires du statut d'ayant droit porte atteinte aux droits des francophones, qui sont garantis par l'article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés.

Menace de poursuite

Basile Dorion espère que les conseils vont changer leurs pratiques dans les prochains mois, sans quoi il fera une demande d'aide au Programme de contestation judiciaire du gouvernement fédéral.

Ce programme accorde de l'argent aux citoyens qui veulent défendre devant les tribunaux des causes liées aux droits constitutionnels en matière de langues officielles.

M. Dorion raconte que cinq de ses petits-enfants fréquentent des écoles francophones de la province.

Publicités en anglais

Il reproche aux institutions de recruter de jeunes anglophones, grâce notamment à des publicités en anglais dans les journaux, afin d'accroître le nombre d'élèves dans les écoles et ainsi obtenir plus de financement.

M. Dorion ajoute que la province devrait cesser d'accorder du financement en fonction du nombre d'élèves, lorsqu'il est question d'écoles en milieu minoritaire.

Sa lettre a été envoyée aux conseils scolaires en début d'après-midi, mardi. Ces derniers n'avaient pas encore répondu aux questions de Radio-Canada au moment de la publication de l'article.

Basile Dorion ajoute qu'il a fait parvenir une copie de sa lettre à la ministre déléguée aux Affaires francophones, Marie-France Lalonde, et au commissaire aux services en français de l'Ontario, François Boileau.

Des décisions locales

La ministre déléguée aux Affaires francophones explique que la priorité est évidemment donnée aux jeunes francophones.

Marie-France Lalonde estime que s’il reste ensuite de la place dans les écoles françaises, il revient aux conseils de décider localement s’ils acceptent d’autres élèves. On ne peut pas discriminer en fonction de la langue, prévient-elle.

La ministre ajoute qu’elle est « très fière de voir des parents anglophones qui vont soutenir l’éducation francophone dans un environnement francophone, dans une culture francophone, dans nos écoles et dans nos conseils scolaires dans la province ».

Matière à réflexion

La chercheuse en enseignement en milieu minoritaire de l'Université d'Ottawa, Phyllis Dalley, affirme qu'il y a des avantages à l'admission d'élèves qui ne sont pas des ayants droit dans les écoles francophones.

« Le plus qu'on a d'élèves dans nos écoles, le plus qu'on a de moyens de payer des services. Donc, oui, les conseils scolaires ont intérêt à avoir plus d'élèves. »

Elle ajoute toutefois que la situation impose des défis supplémentaires aux enseignants.

Elle croit qu'il y a lieu d'entamer une réflexion : « La question la plus importante, c'est de savoir : est-ce qu'il y a un pourcentage qui est acceptable? Est-ce que les enfants qui arrivent à l'école avec seulement l'anglais ont un impact sur la qualité du français? Sur l'enseignement du français? Sur la capacité d'apprentissage des enfants qui ont le français déjà à l'entrée à l'école? »

« Ça ouvre un ensemble de problématiques auxquelles on ne réfléchit que très peu », conclut-elle.

Plus d'articles

Commentaires