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Trop d'ingérence dans les médias francophones en milieu minoritaire?

Certains journaux communautaires francophones en milieu minoritaire disent subir des pressions quand leurs gestionnaires sont des organismes porte-parole de la communauté : tel est le point de vue de l'Association de la presse francophone (APF), qui veut établir une charte pour les aider à obtenir leur indépendance.

Un texte de Camille Feireisen

« Le problème essentiel, c’est que les gens des organismes porte-parole ne font pas la différence entre le rôle de l’organisme et du journal, qui doit demeurer indépendant de toute pression », estime le président du conseil d’administration de l’APF, Francis Sonier.

L'APF veut « se tenir debout » avec les journaux communautaires francophones en milieux minoritaires et défendre leur mandat. Elle travaille depuis quelques mois sur l’adoption d’une charte de la presse communautaire. Celle-ci devra permettre d’expliquer plus clairement quelles sont les règles du jeu.

Dans une lettre adressée à quelque 40 organismes francophones, l'APF met en avant des problèmes d'ingérence et de pression que rencontrent certains journaux, dont la plupart sont gérés par des organismes francophones qui, selon l'APF, ne comprennent pas tous la nécessité d'indépendance éditoriale.

« À l’APF, on nous demande souvent quelles sont les caractéristiques qui définissent un journal communautaire », est-il écrit dans la lettre, qui ajoute qu'à cette question, les opinions divergent quant à la réponse.

Le reflet d'une communauté, non celui d'un organisme

Dans la lettre, l’APF rappelle les responsabilités qui régissent un journal communautaire. Parmi celles-ci, la fiabilité de l'information, mais surtout que cette dernière serve « l'intérêt public et non des intérêts personnels, de particuliers ou de groupes spécifiques ».

Des principes de base qui ont pourtant du mal à faire leur chemin au sein des organismes gestionnaires, selon M. Sonier. « Dans certains cas, on peut avoir des organismes qui font pression auprès des salles de nouvelles ou des rédacteurs pour que leur message passe, qu’ils [les rédacteurs] parlent davantage de l’organisme par exemple », illustre-t-il.

Le principal risque demeure au niveau financier, croit le président de l'APF. « Si l'organisme décide de mettre une certaine pression financière, les journaux peuvent manquer de ressources », précise-t-il.

Le problème a beau avoir toujours préoccupé l'APF, il est ressorti sur la place publique à la période de Noël, l'an dernier. L'organisme raconte que le journal Le Gaboteur de Terre-Neuve-et-Labrador a fait l'objet de recommandations, dont une qui soulignait que le journal devait davantage être le porte-parole de la communauté. L'APF a alors sursauté et cela a permis une prise de conscience, selon M. Sonier.

La situation en Alberta

En Alberta, c’est l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA) qui est propriétaire du journal communautaire Le Franco. M. Sonier explique qu'en réponse à sa lettre, des membres de l'ACFA ont fait valoir que Le Franco était un « cas particulier », car l'organisme en est propriétaire.

Selon lui, la meilleure option serait un conseil d’administration indépendant de l’organisme porte-parole.

L'ACFA se dit prête au dialogue

De son côté, l'ACFA se dit ouverte aux discussions et assure que celles-ci ont d'ailleurs déjà commencé à l'interne. Son souci majeur, explique le président de l'organisme Albert Nolette, est que Le Franco reste le reflet de la communauté.

M. Nolette pense aussi que l'ACFA pourrait proposer d'autres mécanismes pour assurer l'indépendance du Franco. « Certainement un conseil d'administration est une option, mais nous aimerions en considérer d’autres, pour voir ce qui pourrait mieux répondre aux besoins de la communauté francophone en Alberta, car ces besoins diffèrent nettement de ceux ailleurs au pays », souligne-t-il.

Quant aux questions de financement du Franco, M. Nolette reconnaît qu'elles seront étroitement liées à la question d'indépendance, mais ne sait pas encore dans quelle direction l'ACFA pourra aller. Il estime qu'il faudra également que la communauté s'exprime sur toutes ces questions.

Cela pourrait se dérouler lors de sondages ou dans le cadre d'ateliers lors du congrès annuel de l'organisme en octobre, selon lui. « Cela pourrait prendre quelques mois ou peut-être des années », conclut-il.

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