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Trudeau appuie pleinement l’attaque américaine contre la Syrie

Justin Trudeau a dit de vive voix, vendredi matin, au président Donald Trump, qu'il appuyait « pleinement l'intervention limitée et ciblée » menée par les États-Unis afin d'affaiblir le régime de Bachard Al-Assad. Le Canada entend poursuivre, avec ses partenaires internationaux, les efforts diplomatiques pour résoudre la crise en Syrie, a ajouté le premier ministre.

Justin Trudeau affirme avoir été mis au courant des intentions américaines jeudi, une heure avant l'attaque contre la base aérienne syrienne, par l'entremise de son ministre de la Défense qui venait alors de s'entretenir avec son homologue américain.

« Le ministre de la Défense m'a immédiatement relayé cette information », a dit Justin Trudeau aux députés lors de la période de questions à la Chambre des communes.

« Ce matin, j'ai parlé directement avec le président américain et j'ai insisté sur le fait que l'utilisation répétée d'armes chimiques par Assad devait cesser », a poursuivi le premier ministre, ajoutant qu'avec ces crimes de guerre qui sont perpétrés, « toutes les sociétés civilisées doivent parler d'une seule voix ».

« Le recours aux armes chimiques par le président Assad et les crimes que le régime syrien a commis contre sa propre population ne peuvent pas passer sous silence », avait plus tôt plaidé le premier ministre, par voix de communiqué. Il faisait ainsi référence à l'attaque commise contre le village de Khan Cheikhoun, dont l'Occident attribue la responsabilité au régime de Bachar Al-Assad.

Le raid américain de jeudi soir vise à punir le régime Assad pour cette attaque.

En affirmant que « nous ne pouvons permettre que ces horribles attaques puissent continuer de se produire en toute impunité », le premier ministre canadien joint ainsi sa voix à celle de nombreux leaders, partout dans le monde.

Plus tôt, le ministère canadien de la Défense nationale a mentionné que les Forces armées canadiennes n'avaient pas participé aux frappes et que la priorité du Canada demeurait le démantèlement du groupe armé État islamique.

L'Iran et la Russie, une fois de plus seuls au front pour défendre Damas

Seuls la Russie et l'Iran, alliés de la première heure du régime de Bachar Al-Assad, ont dénoncé sans détour l'attaque américaine contre une base aérienne en Syrie, en représailles à l'attaque au gaz contre Khan Cheikhoun.

Le régime syrien et son allié russe ont dénoncé ces frappes américaines comme une infraction au droit international puisqu’elles constituent une agression contre un État souverain.

« Tout ce qu'a entrepris l'Amérique n'est qu'un acte idiot et irresponsable, et révèle sa vision à court terme [...] et son aveuglement sur les plans politique et militaire », a dit un communiqué de la présidence syrienne.

Selon Moscou, cette opération militaire va détériorer les relations entre les deux pays.

Le ministre syrien de l'Information, Ramez Turjman, ne s'attend cependant pas à une escalade militaire avec les États-Unis, estimant par ailleurs que les dégâts causés à la base aérienne sont limités.

Soutenu par Moscou, le gouvernement syrien continue de nier les allégations d’attaque à l’arme chimique contre Khan Cheikhoun. Les deux alliés soutiennent que le bombardement de l’armée syrienne a en fait touché un arsenal chimique appartenant à des rebelles, ce qui a provoqué la libération d’agents toxiques dans l’air.

Par ailleurs, l'opposition de la Coalition nationale syrienne (CNS) a été la première à réagir peu après les frappes américaines, qui ont fait au moins six morts, selon l'armée syrienne.

Un porte-parole du groupe a dit espérer que ces attaques se poursuivent « afin d'empêcher le régime d'utiliser ses avions pour lancer un nouveau raid aérien ou d'utiliser à nouveau des armes interdites par la communauté internationale ».

Téhéran dénonce une « action unilatérale »

Autre allié du régime syrien de Bachar Al-Assad, l’Iran a « vigoureusement » condamné la frappe américaine.

« Nous condamnons toute action unilatérale et l'attaque [...] contre la base aérienne de Shayrat, sous prétexte d'une attaque chimique suspecte mardi à Khan Cheikhoun », a déclaré le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Bahram Ghassemi.

Cette attaque ne fera qu'« aider les groupes terroristes qui sont en déclin et compliquer encore la situation en Syrie et dans la région », a ajouté M. Ghassemi.

L'Europe derrière Trump

Le Royaume-Uni a affirmé que l'intervention américaine était une réponse appropriée « à l'attaque barbare à l'arme chimique », lancée par le gouvernement syrien.

La France a précisé que ces frappes étaient un « avertissement » contre le régime de Bachar Al-Assad. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, a ajouté que l'utilisation d'armes chimiques devait être punie, puisqu'il s'agissait « d'un crime de guerre ».

Paris et Berlin ont appelé la communauté internationale à se rassembler en faveur d'une transition politique en Syrie. La chancelière allemande, Angela Merkel, et le président français, François Hollande, ont déclaré que le président Bachar Al-Assad portait « l'entière responsabilité » des frappes américaines.

L'OTAN, pour sa part, estime que le régime de Bachar Al-Assad porte « l'entière responsabilité » de cette attaque. « L'OTAN a constamment condamné la poursuite de l'usage des armes chimiques par la Syrie en claire violation des normes et accords internationaux », a mentionné le secrétaire général de l'Alliance, Jens Stoltenberg, dans un communiqué.

L'ONU, consciente « du risque d'escalade »

Le secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU), Antonio Guterres, appelle tous les partis à la retenue au lendemain des représailles américaines contre le régime de Bachar Al-Assad. M. Guterres souligne que la crise syrienne ne peut être résolue que par la politique et la diplomatie.

« Conscient du risque d'escalade, j'en appelle à la retenue pour éviter tout acte qui ajouterait encore à la souffrance du peuple syrien », a déclaré M. Guterres par voie de communiqué peu de temps avant le début de la réunion d’urgence du Conseil de sécurité consacré à cette frappe.

« Il n'y a pas d'autre voie pour mettre fin à ce conflit que celle d'une solution politique », a ajouté M. Guterres, en appelant « toutes les parties à renouveler leur engagement à faire avancer les discussions de Genève ».

Ankara veut la création d'une zone d'exclusion aérienne

La Turquie considère comme positives ces frappes aériennes et a ajouté que la création d’une zone d’exclusion aérienne en Syrie s’imposait afin d’éviter une répétition de l’attaque au gaz toxique de mardi.

Le porte-parole du président Recep Tayyip Erdogan, Ibrahim Kalin, affirme que la destruction de la base aérienne d’où seraient partis les avions ayant mené l’attaque au gaz « marque une étape importante pour assurer que les attaques chimiques et conventionnelles contre la population civile ne resteront pas impunies ».

La Turquie a par ailleurs réitéré son souhait que Bachar Al-Assad quitte enfin le pouvoir.

L'Arabie saoudite a salué la « décision courageuse » du président Donald Trump concernant l'utilisation présumée d'armes chimiques par le gouvernement syrien. Le premier ministre japonais, Shinzo Abe, a quant à lui soutenu « la détermination du gouvernement américain à ne jamais tolérer la prolifération d'armes chimiques ».

Un soutien « total » d'Israël

Tel-Aviv a aussi rapidement tenu à apporter son soutien « total » aux États-Unis.

Dans un communiqué, le bureau du premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, a adressé un message à l'Iran et à la Corée du Nord.

« Israël [...] espère que ce message de détermination face aux agissements ignobles du régime de Bachar Al-Assad sera entendu non seulement à Damas, mais aussi à Téhéran, à Pyongyang et ailleurs », a déclaré le bureau de Benyamin Nétanyahou

La Chine a préféré se tenir à l'écart du tumulte international et elle a choisi de ne pas prendre position dans ce dossier. Pékin a invité les parties à « éviter toute nouvelle détérioration de la situation » en Syrie, a expliqué un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.

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