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Trudeau en France pour « rétablir sa crédibilité »

Que s'en va faire Justin Trudeau dans l'Hexagone? Pour l'ex- ambassadeur du Canada en France Lawrence Cannon, le premier ministre va rencontrer un allié, Emmanuel Macron, qui partage ses valeurs. Le président français pourrait lui permettre de « rétablir sa crédibilité ».

Une entrevue réalisée par Philippe-Vincent Foisy, animateur du balado La mêlée politique et correspondant parlementaire à Ottawa

Après son escale à Ottawa dimanche pour tenter de dénouer la crise entourant l'oléoduc Trans Mountain, Justin Trudeau se rendra lundi à Paris, où il s'entretiendra avec le président français. Il s'agit d'une rencontre importante entre deux alliés qui partagent des valeurs similaires en matière de lutte contre les changements climatiques, de commerce progressiste et de droits de la personne. Dans une entrevue accordée à La mêlée politique, l'ancien ministre conservateur des Affaires étrangères de 2008 à 2011, Lawrence Cannon, explique que cette visite permettra au premier ministre de « rétablir sa crédibilité ».

(L’intégralité des propos a été modifiée pour alléger le texte, NDLR)

Quelle est l’importance de ce voyage?

Après le désastre qu’on a connu en Inde, les difficultés au sommet de l’ASEAN [avec les négociations entourant le Partenariat Transpacifique] et en Chine, il sera question de pouvoir rétablir la crédibilité du premier ministre en allant en France. Et quel pays pour le faire! C’est un allié de toujours avec qui on partage tellement de choses.

Pourquoi la relation entre le Canada et la France est si importante?

Regardons le contexte. Le Canada est l’hôte du G7 [en juin au Québec], le premier ministre Justin Trudeau retrouve chez Emmanuel Macron un allié et les deux partagent des valeurs sur un certain nombre d’enjeux. Sur le plan multilatéral avec la mission de paix au Mali, il y aura la question de l’Accord de libre-échange avec l’Europe.

Les deux chefs d’État voient le commerce de la même manière. C’est un outil économique qui mérite d’être vu sous l’angle progressiste où les aspects plus humains du commerce sont inclus.

Justin Trudeau va prononcer mardi un discours devant l’Assemblée nationale, pour, me dit-on, envoyer le signal qu’il veut intensifier ses relations avec la France. En devenant le premier chef de gouvernement canadien à prendre la parole devant les députés français, le message est assez clair.

Jamais on n’aurait pu penser qu’un Trudeau s’adresserait à l’Assemblée nationale… À l’époque du père [Pierre-Elliott Trudeau], les relations étaient tendues entre le Canada et la France. C’est un témoignage de cette grande complicité entre Emmanuel Macron et Justin Trudeau. Ils ne sont pas nombreux, les alliés qui pensent comme le premier ministre canadien et qui partagent nos valeurs.

La relation semble en effet n’avoir jamais été aussi bonne. Avant, on mettait surtout l’accent sur les liens entre le Québec et la France...

On voyait cela venir. Pendant mon passage comme ambassadeur, l’ancien président François Hollande l’avait manifesté. Sa première destination quand il est venu au Canada, c’était en Alberta. Le message du gouvernement français, c’est qu’on veut travailler avec l’ensemble canadien. Dans ce sens-là, il y a un changement de cap, pas radical, mais graduel depuis les dernières années.

Quelle est l’ambiance en Europe?

J’ai vu pendant mon passage en France, une Europe qui était véritablement à se questionner, je me souviens des parlementaires européens qui tantôt proposaient un fédéralisme, tantôt proposaient de fermer la baraque au complet et de repartir à zéro. Il y a beaucoup d’ouvrage pour ceux qui s’intéressent à l’Europe. Ils doivent se poser la question : qu’est-ce que l’Europe signifie?

Sent-on une certaine incertitude, voire de l’anxiété, avec la popularité croissante de partis politiques populistes?

Une des causes de cette situation, c’est la rentrée massive d’immigrants. Ça met énormément de pression sur l’Europe. Vous voyez cette montée du populisme et du repli sur soi partout. Par exemple, avec les élections en Hongrie, le vainqueur avait une campagne électorale très axée sur le nationalisme et le populisme.

Le Brexit représente aussi une forme d’instabilité qui inquiète beaucoup de personnes.

Vous avez été ambassadeur, vous en avez planifié des visites officielles… comment pensez-vous que cette visite a été préparée?

L’ambassadrice Isabelle Hudon doit être très occupée pour déterminer les enjeux de discussions et leurs conclusions. Le premier ministre sera aussi accompagné de plusieurs ministres et d’une délégation commerciale.

C’est un déplacement sérieux, donc pour les raisons qu’on connaît, on ne verra pas le premier ministre avec un béret et une baguette sous le bras.

Ce sera l’occasion de replacer le premier ministre là où il doit se trouver, c’est-à-dire un chef de gouvernement responsable et en contrôle de son programme.

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