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Trudeau, les conservateurs et la leçon de diplomatie de Fidel Castro

La mort de Fidel Castro est riche d'enseignements pour le premier ministre Trudeau, à qui l'on reproche d'avoir oublié le coût humain du régime castriste dans son hommage au Lider maximo. Mais les candidats à la direction du Parti conservateur ne sont pas en reste.

Le moment se voulait solennel. Le cadre était plutôt mal choisi : la plénière du Sommet de la Francophonie à Madagascar.

C’est là que Justin Trudeau a salué la mémoire de « Fidel Castro, un ami de longue date du Canada ».

Sa déclaration écrite officielle allait dans le même sens. Justin Trudeau y rendait hommage à un « leader plus grand que nature ». Certes, le « révolutionnaire et orateur légendaire » était « controversé », mais sans plus.

Disons que devant une organisation qui connaît son lot de dictateurs et de régimes totalitaires, cet éloge a envoyé un signal équivoque et a suscité un profond malaise au Canada comme ailleurs dans le monde.

Pour ce premier ministre venu en Afrique défendre le respect des droits de la personne et les droits des gais et lesbiennes, pas un mot, même poli, sur le côté sombre du régime Castro.

Nul ne se serait attendu à ce que Justin Trudeau célèbre le décès du « dictateur brutal » comme l’a fait Donald Trump. Mais était-il obligé d’offrir un hommage qui n’avait rien à envier à ceux des dirigeants de la Chine, du Vietnam, du Venezuela et de la Syrie?

Justin Trudeau est-il redevenu le fils de son père, porté par les souvenirs et la nostalgie, laissant ainsi de côté ses responsabilités de premier ministre?

Corriger le tir

C’est du bout des lèvres que Justin Trudeau a corrigé le tir, plaidant qu’il n’hésite jamais à soulever la question des droits de la personne sur la scène internationale.

Le Canada n’a-t-il justement pas une relation privilégiée avec ce régime qui lui permet de souligner l’importance de l’enjeu, même dans le deuil?

Je comprends tout à fait. Il y a des gens qui ont bien des souvenirs, qui ont vécu des réalités extrêmement difficiles par rapport à l’histoire de Cuba. Je ne suis pas du tout en train de minimiser ça.

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Pour un premier ministre qui veut réaffirmer l’influence constructive du Canada dans le monde, Justin Trudeau a raté une belle occasion de marquer des points. Son silence envers les dizaines de milliers de militants, de journalistes, d’homosexuels, d’écrivains qui ont tant souffert sous le joug de l’idéal Castro est d’autant plus lourd qu’il contredit les fondements mêmes de la politique étrangère canadienne.

La récupération politique

Sans surprise, les conservateurs ont sauté sur l'occasion pour exprimer leur indignation. Ils se sont ainsi lancés dans une surenchère partisane.

La palme revient certainement à Kellie Leitch et à Maxime Bernier. Tous deux se sont empressés de s'emparer de la controverse pour solliciter des dons afin de garnir leur caisse électorale.

C’est en attribuant des paroles au premier ministre que Kellie Leitch, la « championne des valeurs canadiennes », a interpellé ses partisans.

Quand notre premier ministre vante Castro comme un homme qui doit être admiré, nous devons défendre nos valeurs plus que jamais.

Kellie Leitch, candidate à la direction du Parti conservateur du Canada

Kellie Leitch semblait ainsi bien davantage préoccupée par sa caisse électorale que par le sort des victimes du régime cubain.

« Le sens de la justice de Trudeau est perverti s’il pense que cet homme mérite qu’on se souvienne de lui avec affection. Il est un meurtrier et un monstre », a écrit Maxime Bernier avant de demander à ses partisans d’appuyer financièrement sa campagne.

L’ironie, c’est que lorsqu’ils étaient au pouvoir, on n’a pas entendu ces conservateurs sur les abus du régime d’Arabie saoudite lors de la mort du roi Abdullah. Au contraire, comme le démontre ce communiqué de l’époque.

Boycotter les funérailles?

D’ailleurs, Maxime Bernier a joint sa voix à celle d’Andrew Scheer et de Lisa Raitt qui, dans une lettre ouverte, ont sommé Justin Trudeau de ne pas aller aux funérailles de Castro. Il a également accusé Justin Trudeau de compromettre nos relations futures avec l’administration Trump sur les dossiers du bois d’œuvre, du pipeline Keystone XL et de l’ALENA.

Les deux gouvernements ont déjà des philosophies très différentes. Trudeau aggravera-t-il la situation en se mettant à dos notre voisin, meilleur allié et plus important partenaire commercial sur une question aussi délicate?

Maxime Bernier, candidat à la direction du Parti conservateur du Canada

Maxime Bernier a peut-être oublié que c’est un premier ministre conservateur, John Diefenbaker, qui a tenu tête aux États-Unis et refusé de rompre les liens avec Cuba à la suite de la crise des missiles cubains en 1962.

Était-il vraiment nécessaire pour les candidats conservateurs de se servir de la mort de Fidel Castro dans leur course au leadership?

Après tout, même Stephen Harper avait rencontré Raul Castro et plaidé pour une nouvelle approche envers Cuba.

Le débat sur l'héritage de Fidel Castro est légitime, pertinent, important, mais il exige de se faire avec un minimum de sensibilité politique, ne serait-ce que par respect pour les victimes du régime de Castro. Par leur manque de nuances, tant le premier ministre que ses adversaires semblent l’avoir oublié.

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