Tel que promis en campagne électorale, le président américain Donald Trump a annoncé jeudi que son pays allait se retirer de l'Accord de Paris. Il se dit toutefois prêt à négocier une nouvelle entente internationale pour lutter contre les changements climatiques « dans des termes [plus] justes pour les États-Unis ».

Malgré les appels lancés par de nombreux chefs d'État pour qu'il revienne sur cette promesse – notamment lors du sommet du G7 à Taormine –, M. Trump a affirmé lors d'une déclaration à la Maison-Blanche que l'Accord de Paris était « inéquitable », « nuisible aux travailleurs américains » et qu'il pourrait entraîner la suppression de plus de 2,5 millions d'emplois d'ici 2020, notamment dans les secteurs de l'automobile, du ciment, du charbon et du gaz naturel.

Accueilli au micro par son vice-président Mike Pence, le président américain a été chaudement applaudi par les républicains de l'auditoire.

« Je ne veux rien qui puisse se mettre en travers de notre chemin » pour redresser l'économie américaine, a-t-il déclaré.

À l'inverse, le président a plaidé que les cibles de la Chine et de l'Inde prévues dans l'Accord de Paris n'étaient pas assez élevées. « Cet accord porte moins sur le climat que sur [le fait] que d'autres pays obtiennent un avantage financier aux dépens des États-Unis », a-t-il souligné.

M. Trump a précisé que les États-Unis entameraient des négociations afin de revenir dans l'Accord de Paris ou de conclure une nouvelle entente « sur des termes qui soient [plus] équitables pour les États-Unis, leurs entreprises, leurs salariés, leur population [et] leurs contribuables ».

Il a néanmoins laissé entendre qu'une renégociation ne faisait pas partie de ses priorités : « Si nous pouvons, excellent. Si nous ne pouvons pas, ça va. »

L'ex-président américain Barack Obama, qui avait négocié la réduction de 26 à 28 % des émissions des États-Unis par rapport aux niveaux de 2005 d'ici 2025, a été prompt à réagir à l'annonce de son successeur. Il a soutenu par communiqué que l'administration de Donald Trump rejoignait ainsi « une petite poignée de pays qui rejettent l'avenir ».

M. Obama s'est toutefois dit persuadé que les villes américaines, les États et les entreprises allaient combler le vide laissé par l'administration de M. Trump et reprendraient le flambeau en matière de protection de l'environnement.

Une « alliance pour le climat »

Les gouverneurs des États de New York, de la Californie et de Washington – qui représentent à eux seuls 20 % de la population américaine – ont ainsi décrété jeudi une « alliance pour le climat », qui servira de « forum pour soutenir et renforcer les programmes existants contre le changement climatique » et permettra de « mettre en oeuvre de nouveaux programmes de réduction des émissions de carbone ».

Les maires de New York, Los Angeles et Boston ont également appelé les autres villes américaines à faire barrage, de l'intérieur, au retrait fracassant du président américain.

« L'accord de Paris reste la meilleure arme au monde pour combattre la menace existentielle [du changement climatique] », a pour sa part expliqué Mitchell Landrieu, le maire démocrate de La Nouvelle-Orléans, qui reste à la merci des phénomènes météorologiques.

La décision du président Trump a également été dénoncée par les dirigeants de plusieurs multinationales américaines qui, après avoir pendant des années freiné les négociations sur le réchauffement, se sont lentement converties au combat climatique, dans un souci d'image autant que de rentabilité.

Le patron emblématique de Tesla et SpaceX, Elon Musk, de même que le PDG de Disney, Bob Iger, ont par exemple annoncé qu'ils claquaient la porte des différents cénacles chargés de conseiller la Maison-Blanche.

Même les grandes pétrolières américaines, qui auraient a priori le plus à perdre de la transition énergétique, ont fait entendre leur désapprobation, jeudi.

ExxonMobil, dont l'ex-PDG Rex Tillerson occupe pourtant le poste de secrétaire d'État, continue ainsi de défendre l'Accord de Paris, qui constitue « un important pas en avant pour relever le défi mondial de la réduction des émissions », a indiqué un porte-parole à l'AFP.

La finance n'est pas en reste : le PDG de la banque d'affaires Goldman Sachs, Lloyd Blankfein, s'est servi pour la première fois de son compte Twitter – ouvert en 2011 – pour affirmer que « la décision [du président Trump] est un revers pour l'environnement et pour le leadership des États-Unis dans le monde ».

Les républicains crient victoire

Si cette annonce risque de nuire aux relations diplomatiques des États-Unis, elle représente toutefois une victoire pour la droite nationaliste américaine. Le conseiller de la Maison-Blanche, Steve Bannon, avait notamment exprimé son mécontentement face au texte de l’accord, jugeant qu’il nuirait à l’économie américaine ainsi qu’au programme énergétique des États-Unis.

Également opposé à l'Accord de Paris, l'administrateur de l'Agence de protection de l'environnement (EPA) Scott Pruitt – un climatosceptique notoire – est apparu tout sourire au premier rang du parterre de la roseraie de la Maison-Banche, jeudi. L'EPA envoyait au même moment une note à tous ses employés pour leur offrir de prendre une retraite anticipée dans le but avoué de réduire son personnel.

Bon nombre d'élus républicains au Congrès se sont également réjouis, notamment le leader de la majorité au Sénat Mitch McConnell, qui considère que Donald Trump a préféré « faire passer les familles et les emplois avant une idéologie de gauche », et le président de la Chambre des représentants, Paul Ryan, pour qui l'Accord de Paris était « un marché de dupes ».

Un accord historique

L’Accord de Paris est le premier pacte engageant l'ensemble de la communauté internationale dans la lutte contre le changement climatique.

Adopté par 195 pays en décembre 2015 au Bourget, il est entré en vigueur en novembre dernier, après sa ratification par au moins 55 pays comptant plus de 55 % des émissions de gaz à effet de serre de la planète. Les États-Unis et la Chine l'ont ratifié ensemble au tout début septembre 2016.

L'entente vise à contenir « bien en dessous » de 2 degrés Celsius la hausse des températures moyennes mondiales par rapport à la moyenne de l'ère préindustrielle. Les États ont également convenu de « poursuivre les efforts » pour contenir la hausse à 1,5 degré.

C’est la deuxième fois en 12 ans que les États-Unis se retirent d'une entente internationale sur le climat après l'avoir négociée. La première fois avait eu lieu en 2005, lorsque George W. Bush avait annoncé le retrait des États-Unis de l'Accord de Kyoto, signé huit ans plus tôt sous l'administration de Bill Clinton.

Les États-Unis sont le deuxième plus important émetteur de carbone au monde après la Chine. Cette dernière a d'ailleurs dit qu'elle n'avait pas l'intention de déroger de son engagement envers l'Accord de Paris.

À ce jour, 147 pays signataires de l'Accord de Paris sont allés au bout de leur processus de ratification. Parmi les grandes économies, la Russie et la Turquie manquent toujours à l'appel.

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