Le président américain, Donald Trump, a gagné son impensable pari d'engager la Corée du Nord sur la voie de la dénucléarisation. Aujourd'hui, Washington et Pyongyang sont sur le chemin de la paix et non celui de la guerre.

Une analyse de Christian Latreille, correspondant à Washington

Cet impossible tête-à-tête redonne espoir pour l’instant à l’humanité toute entière d’éviter un conflit nucléaire. Le président Trump a réussi là où tous ses prédécesseurs ont échoué c’est-à-dire établir un début de relation avec un dirigeant nord-coréen.

Mais, au-delà du spectacle et des bons mots, le plus difficile reste à faire.

Des rendez-vous manqués

Le diable est dans les détails. L’expression est galvaudée, mais résume fort bien ce qui attend l’administration Trump dans les prochains mois.

Donc, comment éviter que ce sommet ne se traduise que par des poignées de main et de bonnes intentions? Gardons à l’esprit que les relations entre les États-Unis et la Corée du Nord reposent sur une série de rendez-vous manqués.

Ce n’est pas la première fois que la Corée du Nord s’engage sur la route de la dénucléarisation. En 1992, le pays communiste a signé un accord avec la Corée du Sud garantissant l’inspection de ses installations. Ça ne s’est jamais produit.

En 1994, sous l’administration Clinton, Washington et Pyongyang s’entendent pour faire de la péninsule coréenne une région libre d’armes nucléaires.

Dix ans plus tard, en 2002, la Corée du Nord admet avoir développé en secret un programme d’enrichissement d’uranium. La bombe nucléaire était alors à portée de main pour la dynastie Kim.

Sain scepticisme

La menace nucléaire coréenne aura forcé les Américains à s’asseoir avec les Nord-Coréens. Sans cette menace atomique, Donald Trump ne se serait jamais rendu à Singapour.

Aucun calendrier précis n’a été précisé par les deux leaders. Et un sain scepticisme est de rigueur lorsque le président Trump, dans un moment d’enthousiasme, affirme que la dénucléarisation se fera rapidement.

La dénucléarisation de la Corée du Nord pourrait prendre en 10 et 15 ans selon les experts. La première étape pour les États-Unis est de s’assurer que tous les tests de missile cessent ainsi que le développement du programme nucléaire.

Deuxièmement, viser le démantèlement des installations pour la production nucléaire et la fabrication de missiles à longue portée. Et enfin, le désarmement complet et vérifiable.

Si et seulement si ces étapes sont respectées par la Corée du Nord, les sanctions internationales pourraient être complètement levées selon Michael O'Hanlon de la Brookings Institute.

Les Américains vont devoir manier habilement le bâton (la pression des sanctions) et la carotte (la levée progressive des sanctions et l’aide financière) pour amener lentement la Corée du Nord à se débarrasser de ses armes de destruction massive.

Vers la dénucléarisation?

Kim Jong-un rentre à la maison avec une entente signée qui ne l’oblige à rien dans l’immédiat. Et personne ne peut prévoir s’il respectera son engagement à travailler à la dénucléarisation. Kim est-il si différent de son père et de son grand-père qui n’ont jamais joué franc jeu?

Peu importe, le président Kim a déjà gagné en étant vu sur la même scène que le président des États-Unis. Une rencontre qui lui donne une certaine légitimité internationale et redore son image ternie de dictateur. De plus, il obtient la garantie des américains que les manoeuvres militaires conjointes avec la Corée du Sud vont cesser.

Il a promis la prospérité à son peuple lorsqu’il a pris le pouvoir en 2011. La majorité des Nord Coréens n’ont pas encore vu les progrès économiques. L’amélioration de leur niveau de vie passe, entre autres, par l’abolition des sanctions.

La Corée du Nord pourrait-elle devenir un de ces tigres asiatiques comme la Malaisie et la Thaïlande aux succès économiques retentissants? Il est permis de le croire à la lumière de l’extraordinaire succès industriel et commercial qu’est devenu son voisin la Corée du Sud.

Mais, quel intérêt a Kim Jong-un d’abandonner complètement son arsenal? Qui va s’intéresser à la Corée du Nord sans cette menace du feu nucléaire qui a forcé les Américains à amorcer un dialogue?

Donald Trump a fait le pari qu’en traitant Kim Jong-un avec respect, les États-Unis réussiraient à mettre en place une atmosphère de travail productive. Au lieu de proposer une entente complexe et de tenter de la faire appliquer comme d’autres présidents l’ont fait auparavant, Trump attaque le problème autrement.

Le temps lui donnera peut-être raison. Pour l’instant, on peut se réjouir des résultats de ce sommet, oui, historique. Mais une hirondelle ne fait pas le printemps. Le dégel des relations entre les États-Unis et la Corée du Nord est bienvenu. Le vrai travail commence aujourd’hui pour éviter que les promesses d’hier soient enterrées dans le cimetière des rendez-vous manqués.

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