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Trump nomme un adversaire notoire de l'Obamacare secrétaire à la Santé

Les jours de l'Obamacare semblent plus que jamais comptés aux États-Unis, après que le président élu Donald Trump eut annoncé, mardi, la nomination de Tom Price, représentant de la Georgie au Congrès, à titre de secrétaire à la Santé et aux Services sociaux.

Chirurgien orthopédiste devenu politicien, Tom Price est réputé comme un adversaire acharné de cette réforme majeure du système de santé, mise en œuvre par Barack Obama afin que les Américains puissent profiter d’une couverture minimale.

Il fait partie des républicains qui se sont rapidement rangés derrière M. Trump lors de la campagne électorale, une décision qu'il avait d'ailleurs justifiée par la volonté inébranlable du milliardaire de reléguer l'Obamacare aux oubliettes.

Dans un communiqué publié jeudi, M. Trump n'a d'ailleurs pas fait de mystère de ce qu'il attend de M. Price, en soulignant qu'il était « exceptionnellement qualifié pour donner suite à notre engagement d'abroger et de remplacer l'Obamacare et fournir des soins de santé abordables et accessibles à tous les Américains. »

M. Price, qui préside aussi la commission du budget de la Chambre des représentants depuis deux ans, dit vouloir mettre en place « un système de santé qui fonctionne pour les patients, les familles et les médecins » qui s'appuiera sur des « règles sensibles pour protéger le bien-être du pays en adoptant son esprit innovateur ».

Seema Verma, une consultante spécialiste de la santé, a pour sa part été nommée à la tête des agences Medicare et Medicaid, qui viennent respectivement en aide aux Américains les plus âgés et les plus démunis, et qui jouent un rôle dans le programme d'assurance-santé.

Mme Verma est connue pour avoir oeuvré à la mise en oeuvre de l'Obamacare en Indiana avec le gouverneur Mike Pence, qui sera le vice-président de M. Trump.

Plus facile à dire qu'à faire

Malgré les déclarations d'intention de M. Trump, l'Obamacare ne disparaîtra pas du jour au lendemain.

Pour y parvenir, un nouveau projet de loi devra être approuvé non seulement par la Chambre des représentants, mais aussi par le Sénat, où les républicains sont majoritaires, mais n'ont pas les 60 voix nécessaires pour empêcher une obstruction parlementaire des démocrates.

Une autre option serait d'inclure le nouveau plan dans une loi budgétaire, qui nécessite plutôt une majorité simple de sénateurs.

Le futur leader de la majorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer, a déjà fait savoir que la nomination de Price revient « à nommer un renard pour surveiller le poulailler », en raison de ses positions extrêmes sur la question de l'assurance santé.

Price, opposant de longue date à l'Obamacare

M. Price est monté au front à plusieurs reprises pour dénoncer l'Obamacare, que les républicains ont toujours farouchement combattu. Ils soutiennent que la Loi sur les soins de santé abordables, adoptée en 2010, constitue une intervention gouvernementale inappropriée dans le domaine des soins de santé et dans l'industrie privée des assurances.

La semaine dernière, il avait avancé que le programme que mettraient en œuvre les républicains aurait une « ressemblance significative » avec une loi adoptée par le Congrès l’an dernier, mais à laquelle le président Obama a opposé son veto.

Cette loi devait mettre un frein à l’expansion du programme Medicaid, destiné à venir en aide aux Américains les plus pauvres, abolir les subventions aidant les Américains de la classe moyenne à se procurer une police d’assurance privée, et entraîner l’élimination de toute sanction fiscale contre les citoyens qui refusent de se procurer une police d’assurance.

Elle prévoyait plutôt l'instauration de crédits d'impôt pour l'achat de polices d'assurance privées, variables selon l'âge du contribuable, et d'autres incitatifs fiscaux pour convaincre les Américains d'investir dans des comptes d'épargne-santé. Le programme mis en oeuvre en Indiana par M. Pence et Mme Verma s'appuie notamment sur de tels comptes.

Au cours de la campagne électorale, Donald Trump a répété à satiété que sa future administration remplacerait l'Obamacare, mais est demeuré avare de détails. Il a cependant dit vouloir mettre en oeuvre un programme accordant plus de pouvoirs aux États quant à la gestion des fonds fédéraux versés dans Medicaid et autoriser les compagnies d'assurance à vendre des polices d'assurance d'un bout à l'autre du pays.

Après avoir rencontré M. Obama à la Maison-Blanche, M. Trump a quelque peu assoupli sa position sur l'Obamacare.

Il a indiqué qu'il considérerait préserver deux de ses dispositions, l'une permettant aux citoyens de moins de 26 ans à être couvert par la police de leurs parents, l'autre interdisant aux assureurs de refuser des clients sur la base de leur condition médicale.

Le président Obama reconnaît que son programme d'assurance-santé peut être amélioré, mais n'a jamais cessé de le défendre. Depuis son adoption, le nombre d'Américains n'ayant aucune couverture d'assurance est passé grâce à ce programme de 49 millions en 2010 à 29 millions en 2015.

Les 20 millions de personnes qui sont nouvellement assurées le sont en vertu de trois approches : l'achat d'une police d'assurance dans une sorte de bourse établie par le gouvernement fédéral, l'expansion du programme Medicaid, et l'inscription autorisée de citoyens de moins de 26 ans sur la police d'assurance de leurs parents.

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