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Trump relance les projets d'oléoducs Keystone XL et Dakota Access

Donald Trump a signé mardi des décrets présidentiels visant à relancer les controversés projets d'oléoducs Keystone XL et Dakota Access, dont la construction avait été bloquée par l'administration Obama au nom, notamment, de la lutte contre les changements climatiques.

Les décrets visent notamment à « renégocier les termes » de ces deux projets, a déclaré le nouveau président américain lors de leur signature dans le Bureau ovale.

« Nous allons renégocier certaines conditions et, s'ils les acceptent, nous verrons si nous pouvons le faire construire », a-t-il précisé en parlant du projet Keystone XL. « C'est beaucoup d'emplois, 28 000 emplois, de super emplois dans la construction. »

Quelques heures plus tard, des centaines de personnes se sont réunies devant la Maison-Blanche, à Washington, pour protester contre les oléoducs.

Anthony Torres, du Sierra Club, a souligné que le mouvement contre les oléoducs avait désormais conscience de l'absence d'un allié potentiel à la Maison-Blanche. Le mouvement ne tentera même pas de convaincre M. Trump, contrairement à ce qui avait été fait auprès de M. Obama, a-t-il souligné.

M. Torres a affirmé que la contestation se ferait à trois niveaux: dans la rue, devant les tribunaux et auprès des gouvernements des États et des municipalités.

Accélération de l'approbation environnementale

En matinée, M. Trump a également ordonné l'accélération des processus d'approbation environnementale pour les projets d'infrastructures jugés prioritaires et l'utilisation d'acier américain pour les portions d'oléoducs construites aux États-Unis.

Si des oléoducs doivent être construits aux États-Unis, nous insistons pour que les tuyaux soient fabriqués aux États-Unis.

Donald Trump

En conférence de presse mardi après-midi, le porte-parole de la Maison-Blanche, Sean Spicer, a expliqué que le décret concernant Keystone XL « invite TransCanada à resoumettre sa proposition et ordonne aux agences [fédérales] de l'approuver sans délai ». L'objectif est « d'assurer une approbation rapide » du projet.

Celui sur Dakota Access « ordonne aux agences d'accélérer leurs analyses et leur approbation de la portion restante de l'oléoduc, que la précédente administration a bloquée pour des raisons politiques », a encore dit M. Spicer.

Malgré cette volonté d'obtenir une approbation rapide pour ces projets qui créeront des « dizaines de milliers d'emplois », l'administration Trump « entend continuer de négocier [avec les promoteurs] pour obtenir la meilleure entente possible pour les contribuables américains », a-t-il précisé.

Une révolution énergétique va se produire dans ce pays. Malgré les barrières politiques et bureaucratiques qui ont été mises en place, nous sommes déterminés à aller de l'avant.

Sean Spicer

Le gouvernement Trudeau ravi

À sa sortie de la retraite de son Cabinet, à Calgary, le premier ministre Justin Trudeau a répété son appui au projet Keystone XL.

J'ai souligné [à Donald Trump] que oui, je suis en faveur de ce projet, qui va amener de bons emplois pour les Albertains, de la croissance économique. […] L'Alberta a mis une limite absolue aux émissions de gaz à effet de serre qui va nous permettre de remplir nos responsabilités pour la lutte contre les changements climatiques.

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Le ministre des Ressources naturelles, Jim Carr, lui aussi à Calgary, s'est réjoui de ces nouveaux développements. « C'est une très bonne journée pour l'Alberta », a-t-il commenté. La construction de la portion canadienne de l'oléoduc, dit-il, pourrait créer 4500 emplois directs et indirects, à parts égales.

M. Carr précise que le décret, qu'il a lu, évoque bel et bien de nouvelles négociations à venir, sans détailler les concessions qui pourraient être demandées par Washington. « La négociation se fera avec les promoteurs. [...] TransCanada a maintenant la possibilité de resoumettre son projet. Ce sera leur responsabilité de discuter des conditions avec les États-Unis. »

Le ministre a dit ne pas avoir discuté de l'affaire avec TransCanada. Il a cependant rappelé que la construction de la portion canadienne avait déjà été approuvée, et qu'il n'était pas question qu'une nouvelle évaluation environnementale ait lieu.

M. Carr et sa collègue Chrystia Freeland, ministre des Affaires étrangères, avaient tous deux rappelé en début de journée que le Parti libéral de Justin Trudeau a toujours été en faveur de Keystone XL, même à l'époque où ils siégeaient dans l'opposition.

« L'énergie est vraiment un enjeu sur lequel nous pouvons travailler ensemble avec la nouvelle administration », avait commenté Mme Freeland. « C'est une très bonne décision pour le Canada, et surtout pour l'Alberta. L'Alberta a besoin de travail. C'est une bonne journée. »

La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, s'oppose toutefois à la volonté du président Trump d'exiger que les tuyaux du pipeline soient fabriqués aux États-Unis. En entrevue à l'émission 24/60 mardi, elle a déclaré que le Canada est contre cette idée. « C’est une approche protectionniste. […] Nous parlons avec nos collègues américains pour expliquer que nous avons des relations économiques si proches que ce n’est pas une bonne idée d’avoir des mesures protectionnistes entre nos deux pays. Nous sommes habitués à ces conversations. Nous les avons eues avec l’administration Obama et ça va continuer », a soutenu la ministre.

La décision de M. Trump a été saluée dans les milieux politique et pétrolier albertains.

Des projets controversés

Les deux projets d'oléoducs, qui ont soulevé les passions aux États-Unis, étaient bloqués en raison de décisions de l'ancienne administration Obama. L’ex-président a rejeté Keystone XL de TransCanada en novembre 2015, tandis que le tracé original de Dakota Access a été rejeté en décembre après une intense mobilisation des Premières Nations.

Durant sa campagne, Donald Trump avait promis de relancer l'oléoduc Keystone XL, long de 1900 kilomètres, dont 1400 km aux États-Unis. Le projet, estimé à 8 milliards de dollars, vise à transporter le pétrole des sables bitumineux albertains jusqu'au Nebraska, où il rejoindrait ensuite d'autres oléoducs alimentant des raffineries dans le golfe du Mexique et en Illinois.

« Je l'approuverais totalement, à 100 %, mais je voudrais un meilleur accord », avait-il notamment lancé lors d'un rassemblement électoral en mai, au Dakota du Nord. « Je veux le construire, mais je veux une part des profits », avait-il ajouté. « C'est ainsi que notre pays redeviendra riche. ».

L'ex-président Obama avait plutôt conclu, après de longues tractations, que ce projet n'était pas dans l'intérêt national du pays. « Transporter du pétrole brut plus sale jusque dans notre pays ne renforce pas la sécurité énergétique des États-Unis », avait-il fait valoir. Il avait aussi plaidé qu'approuver le projet aurait affaibli le leadership des États-Unis dans la lutte contre les changements climatiques.

L'oléoduc Dakota Access, qui doit relier la formation géologique de Bakken dans le Dakota du Nord à l'Illinois sur une distance de 1885 kilomètres, a pour sa part été vivement contesté par la bande sioux de Standing Rock. Elle refuse que le tracé du projet de 3,8 milliards de dollars passe sur des sites sacrés où sont enterrés des ancêtres, menaçant du coup leurs sources d'eau potable.

La secrétaire adjointe aux Travaux publics de l'armée avait expliqué que la décision d'arrêter les travaux, après des semaines de manifestations, s'expliquait par la nécessité « d'explorer de nouvelles routes » pour le passage de l'oléoduc.

Les Sioux de Standing Rock ont immédiatement dénoncé les nouveaux décrets signés par le président Trump.

Dans un communiqué, ils réitèrent que leur source d'eau potable risque d'être contaminée par le projet, et disent avoir l'intention de poursuivre le gouvernement. Leur avocat a également déploré une décision « irresponsable », prise avec « trop d'empressement ».

La décision du président est accueillie avec enthousiasme par le camp républicain, mais le camp démocrate dénonce à l'unisson cette initiative prise, selon lui, au mépris des enjeux climatiques.

Aujourd'hui, le président Trump a ignoré les voix de millions d'Américains et a donné la priorité aux profits à court terme de l'industrie des énergies fossiles par rapport à l'avenir de notre planète.

Le sénateur Bernie Sanders, ancien rival d'Hillary Clinton lors de la primaire démocrate

Des environnementalistes déçus

« On n’est pas très surpris, mais on est très déçu de cette annonce », a lancé le cofondateur et directeur principal d’Équiterre, Steven Guilbeault.

Cependant, il reste optimiste en affirmant que ce n’est pas parce que M. Trump a signé un permis présidentiel pour ce projet que ce dernier va se réaliser, car il lui reste encore beaucoup d’étapes à franchir.

Il donne l'exemple du projet Northern Gateway au Canada, qui ne s'est jamais réalisé, même s'il avait reçu l’appui du gouvernement Harper, majoritaire à l’époque, et toutes les approbations de l’Office national de l’Énergie.

« [Keystone XL] a besoin de nombreux permis dans plusieurs États américains. Or, plusieurs de ces États-là ne veulent rien savoir du projet Keystone XL. On pense entre autres au Nebraska qui est même allé devant les tribunaux contre ce projet. On peut penser à des poursuites potentielles de la part de Premières Nations, de groupes écologistes », énumère l’environnementaliste.

Il rappelle que des maires de plusieurs villes américaines ont elles aussi promis de résister et d’adopter leurs propres lois environnementales.

Steven Guilbeault est néanmoins conscient que s’amorcent « quatre années très longues et très difficiles », déplorant que ce genre de projet vienne miner la capacité du Canada à réduire de façon importante ses émissions de gaz à effet de serre.

Il croit aussi que ces projets de pipeline ne sont pas nécessaires.

« Actuellement, on pourrait augmenter la production de 500 000 barils, car il y a suffisamment de place dans les tuyaux existants et cela ne se fait pas, essentiellement parce que l’économie du pétrole est mise à mal depuis plusieurs années ».

Quant à la Fondation David Suzuki, elle déplore elle aussi que le feu vert de Donald Trump à ces deux projets de pipeline vienne ruiner l’occasion qu’avaient les États-Unis de se positionner comme chef de file en matière climatique.

Ces projets nous mettent le boulet des énergies fossiles à la cheville, et retardent la transition vers les énergies propres.

Karel Mayrand, directeur général pour le Québec de la Fondation David Suziki

Ces pipelines menacent également l’eau potable et les terres des communautés autochtones le long du tracé, a ajouté dans un communiqué le directeur général pour le Québec de la Fondation David Suzuki, Karel Mayrand.

« Les droits des Autochtones doivent primer sur les profits à court terme des pétrolière », conclut-il.

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