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Trump serre la vis à l'Iran, sans déchirer l'accord sur le nucléaire... pour l'instant

Donald Trump somme le Congrès de corriger les lacunes qui sont contenues, selon lui, dans l'accord sur le nucléaire iranien signé par son prédécesseur, faute de quoi il y mettra un terme. En attendant le résultat de ces délibérations, le président américain a décidé de ne pas « certifier » que la République islamique respecte l'accord, sans le déchirer pour autant.

« Nous ne continuerons pas sur cette voie [de l'accord], dont la conclusion prévisible sera plus de violence et de terreur, et la menace réelle d'une percée nucléaire de l'Iran », a déclaré le président Trump, vendredi, lors d'une conférence sur la nouvelle stratégie iranienne décidée par son administration après des mois d’intenses discussions.

« C'est pourquoi j'ordonne à mon administration de travailler de près avec le Congrès et nos alliés pour répondre aux nombreuses lacunes sérieuses [de l'accord] afin que l'Iran ne puisse jamais menacer le monde avec des armes nucléaires », a-t-il poursuivi.

Parmi les lacunes de l'accord, le président identifie des « clauses crépusculaires » qui élimineront certaines dispositions-clés de l'accord, le suivi « insuffisant » qui en est fait, et l'absence de dispositions concernant le programme de missiles balistiques intercontinentaux de l'Iran.

« Plus une menace est ignorée longtemps, pire elle devient », a fait valoir le président Trump, en soulignant que c'est précisément ce qui se produit avec la Corée du Nord.

Le Congrès acculé au mur par la « non-certification »

Depuis que l'entente est entrée en vigueur, en janvier 2016, le président américain doit « certifier » tous les trois mois auprès du Congrès que l’Iran en respecte les règles. M. Trump l’a déjà fait en bonne et due forme à la mi-avril, puis à la mi-juillet.

Le président refuse cependant de le faire une troisième fois. Il soutient que l’Iran ne respecte pas « l'esprit » de l'accord sur le nucléaire tout en continuant d’être une force déstabilisatrice au Moyen-Orient.

Cette non-certification place le Congrès américain en première ligne : les parlementaires disposent maintenant de 60 jours pour décider d'imposer de nouveau ou non les sanctions levées depuis 2015.

« Nous ne demandons pas au Congrès de réimposer des sanctions, car cela reviendrait de facto à quitter l'accord », avait précédemment expliqué le secrétaire d'État, Rex Tillerson.

Une nouvelle stratégie visant directement les Gardiens de la révolution

La stratégie iranienne de l'administration Trump vise à « neutraliser l'influence déstabilisante du gouvernement de l'Iran », à lutter contre « ses agressions, particulièrement son soutien au terrorisme » et à « rétablir un équilibre des forces plus stables » au Moyen-Orient.

« Nous allons oeuvrer à empêcher le régime iranien - et particulièrement les Gardiens de la révolution - de financer ses activités pernicieuses et nous opposer aux activités des Gardiens de la révolution qui extorquent les richesses du peuple iranien », pouvait-on lire vendredi matin dans les notes de la Maison-Blanche.

Parmi les activités « pernicieuses » de l'Iran, le président Trump cite notamment :

  • le développement de missiles balistiques et la prolifération des technologies associées;
  • le soutien financier et matériel qu'il apporte à des terroristes et à des extrémistes;
  • son soutien au régime syrien de Bachar Al-Assad;
  • son hostilité incessante envers Israël;
  • ses menaces de perturber les activités maritimes dans le golfe Persique;
  • ses violations des droits de la personne;
  • la détention arbitraire d'Américains et d'étrangers.

Le président Trump autorise le Trésor américain à imposer de nouvelles sanctions contre certains membres des Gardiens de la révolution, le corps d'élite de l'armée iranienne. Sur le site Internet du département du Trésor, vendredi, les Gardiens de la révolution ont été ajoutés sur la liste des personnalités et des entités sous le coup de sanctions américaines.

Washington, seul contre tous

L’accord sur le nucléaire iranien conclu en juillet 2015 prévoit que l’Iran limite son programme nucléaire à des usages civils en échange d’une levée progressive des sanctions internationales prises à son encontre. Il a été signé par l'Iran, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU – États-Unis, Royaume-Uni, France, Chine, Russie – et par l’Allemagne.

L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), chargée de vérifier la mise en oeuvre de l'accord, estime que « les engagements dans le domaine nucléaire pris par l'Iran dans le cadre du PGAC [Plan global d'action conjoint] sont appliqués ». C'est ce qu'a affirmé le directeur général de l'AIEA vendredi, Yukiya Amano, qui a ajouté que le régime de vérification auquel est assujetti l'Iran est « solide ».

L'AIEA a toujours affirmé que Téhéran respectait sa part de l’entente. Son dernier rapport, rendu public le 31 août, le confirmait une fois de plus.

Il est de notoriété publique qu'aucun autre pays signataire n'a d'appétit pour déchirer l'accord nucléaire comme M. Trump a promis de le faire pendant sa campagne électorale, en qualifiant le tout de « pire accord jamais signé par les États-Unis ».

Le secrétaire à la Défense, Jim Mattis, a aussi publiquement affirmé la semaine dernière qu'il était dans l'intérêt national des États-Unis de préserver cet accord, et le secrétaire d'État, Rex Tillerson, est du même avis. À la mi-septembre, le numéro un de la diplomatie américaine a reconnu que l'Iran « respecte techniquement » ses obligations, tout en plaidant pour certains aménagements.

« Les États-Unis, plus seuls que jamais » - Le président iranien

Réagissant avec défiance quelques heures après le discours de Donald Trump, Hassan Rouhani, président de l'Iran, a affirmé que Téhéran respectera son engagement envers l'accord tant et aussi longtemps que les intérêts iraniens seront préservés.

À son avis, « les États-Unis sont plus seuls que jamais dans leurs complots contre le peuple iranien ». Et Donald Trump, dit-il, « n'a pas lu le droit international ». « Est-ce qu'un président peut seul annuler un accord multilatéral et international, a demandé le président Rohani. Apparemment, il ne sait pas que cet accord n'est pas un accord bilatéral entre l'Iran et les États-Unis ».

Au sujet des Gardiens de la révolution, le président Rohani a affirmé qu'ils ne cesseront jamais leur lutte contre « les terroristes régionaux ». Relativement au programme balistique développé par son pays, le président iranien entend « l'accélérer » dans le but de se doter d'un arsenal de dissuasion.

Paris, Berlin et Londres « préoccupés »

Dans un communiqué commun, vendredi, le président français Emmanuel Macron et les premières ministres allemande Angela Merkel et britannique Theresa May ont dit partager les inquiétudes de Washington sur le programme de missiles balistiques de la République islamique et ses activités déstabilisatrices au Proche-Orient. Ils se déclarent tous trois prêts à prendre « de nouvelles mesures » pour y répondre, en collaboration avec les États-Unis.

Cela dit, les trois leaders européens mettent en garde les États-Unis contre les risques liés à l'imposition de nouvelles sanctions contre Téhéran. « [...] Nous sommes préoccupés par les implications qui pourraient en résulter », ont-ils écrit.

Les trois dirigeants se disent « fermement attachés » à l'accord.

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