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Trump, Trudeau et l'ALENA : petite histoire d'un revirement de situation

En 24 heures, la menace d'un retrait américain de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) a flotté pour ensuite être dissipée par un vent d'optimisme. « Nous allons donner une vraie bonne chance à la renégociation », a affirmé Donald Trump, jeudi, après s'être entretenu la veille avec le premier ministre canadien, Justin Trudeau, et le président mexicain, Enrique Peña Nieto.

Un texte d'Anne Marie Lecomte

« Ils m'ont demandé de renégocier et je vais le faire », a expliqué le président des États-Unis en faisant référence à ses partenaires dans l'ALENA.

« Et je pense que nous aurons du succès dans ces négociations, a poursuivi M. Trump. Ce qui, franchement, serait bien, car ce serait plus simple. »

Donald Trump y va cependant d'une mise en garde : « Si je suis incapable d’avoir un accord juste pour les États-Unis, ce qui signifie pour nos travailleurs et nos compagnies, je vais mettre un terme à l’ALENA ».

Si le président américain renonce pour le moment à signer un décret entraînant le retrait de son pays de l'ALENA, c'est qu'il a été sensible aux arguments du Canada, estime Justin Trudeau. De passage en Saskatchewan jeudi, le premier ministre Trudeau affirme avoir fait valoir à Donald Trump qu'une débâcle de l'ALENA entraînerait des perturbations économiques dans les pays signataires de l'accord.

« Les industries et les emplois établis pendant des décennies » sous l'effet de l'ALENA seraient mis à mal, a expliqué Justin Trudeau au président Trump, ce qui nuirait aux familles. Or, tant Donald Trump que Justin Trudeau ont insisté sur la nécessité de créer et de maintenir des emplois durant leur campagne électorale respective. Un argument qu'a souligné M. Trudeau à M. Trump.

Justin Trudeau a signifié au président américain qu'il était « très ouvert à regarder comment on peut améliorer ensemble l’accord ».

Devant la presse, jeudi, le premier ministre canadien a promis de « toujours défendre les intérêts du Canada sans confrontation, mais d'une manière ferme et polie ». Il s'est refusé toutefois à préciser les demandes que formulera le Canada lors de cette éventuelle négociation.

Le Mexique est aussi interpellé

La conversation de M. Trump avec M. Trudeau a eu lieu en fin d'après-midi mercredi, et celle avec le président mexicain s'est tenue en soirée.

Pour le Mexique, l'ouverture de négociations pour remodeler l'ALENA doit se faire le plus rapidement possible, étant donné que des élections générales sont prévues en juillet 2018 dans ce pays. Le président mexicain a publié une brève déclaration disant que M. Trump et lui poursuivaient le même objectif de moderniser l'accord de libre-échange.

Un stratagème de négociation de la part de Trump?

« Le pire accord jamais conclu » : telle était l'opinion de Donald Trump au sujet de l'ALENA lorsqu'il faisait campagne l'an dernier. Mais l'homme, magnat de l'immobilier et vedette de téléréalité, menaçait alors de sortir son pays de l'ALENA advenant un échec des négociations visant à le moderniser.

Aussi l'évocation d'un retrait pur et simple, sans négociation préalable, a-t-elle mis le feu aux poudres mercredi.

De l'avis de Justin Trudeau, Donald Trump « pensait sérieusement à mettre fin à l’ALENA, carrément ».

Mais de l'avis de Gary Hufbauer, spécialiste américain de l'ALENA, la possibilité d'un décret-loi lancée tel un ballon d'essai par Washington ne constituait qu'un stratagème de négociations. Patrick Leblond, professeur agrégé au département des Affaires publiques et internationales à l'Université d'Ottawa, croit lui aussi qu'il s'agissait d'une simple tactique de négociation.

De laborieuses discussions en perspective

Cette menace aura servi en tous cas à mettre en lumière la complexité d'un éventuel retrait unilatéral.

Même si le président décrétait le retrait américain de l'ALENA en vertu de l'article 2205 de l'accord, cette mesure ne serait pas en vigueur avant six mois, le temps d'en négocier les termes – un peu comme le Brexit au Royaume-Uni. Débuterait alors une période intense au cours de laquelle la Maison-Blanche, les gens d'affaires, le Congrès et les tribunaux s'échineraient à fixer les nouveaux tarifs douaniers.

De plus, les experts en sont encore à débattre pour déterminer si le président a le pouvoir d'abroger l'ALENA sans obtenir d'abord le feu vert du Congrès.

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