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Tshilumba croyait faire une « bonne action » en tuant Clémence Beaulieu-Patry

Lorsque Randy Tshilumba s'est enfui du Maxi après avoir poignardé à mort une employée de 20 ans en avril 2016, il croyait avoir bien agi en protégeant les clients de l'épicerie. C'est ce qu'il a raconté d'un ton froid et mécanique lors de sa deuxième journée à la barre des témoins, dans le cadre de son procès pour meurtre au palais de justice de Montréal.

Un texte de Geneviève Garon

« Je suis parti en me disant que j'ai fait ce que j'ai pu », se souvient Randy Tshilumba, lorsqu'il repense au moment où il s'est sauvé en courant avec le sang de Clémence Beaulieu-Patry sur ses vêtements, le soir du 10 avril 2016.

L'homme, maintenant âgé de 21 ans, a raconté sa version du drame aux 12 jurés. Selon lui, il a fait une « bonne action » en tuant la jeune femme, puisqu'elle s'apprêtait à tuer des clients du supermarché.

Voici les grandes lignes de son témoignage.

Cela faisait un an et demi que Randy Tshilumba était terrorisé par Clémence Beaulieu-Patry et ses amies, persuadé que les cinq filles qu'il avait vaguement connues au secondaire voulaient l'assassiner. Il s'imaginait qu'elles l'espionnaient et se cachaient devant sa résidence. Il courait dans la rue pour éviter les balles qu'elles pourraient tirer et transportait un couteau de chasse pour se défendre.

Entre décembre 2015 et janvier 2016, Randy Tshilumba est allé visiter son père au Congo et dit avoir eu l'impression que les filles l'avaient suivi là-bas.

Son anxiété et sa détresse étaient tellement grandes qu'il n'osait plus sortir de chez lui et affirme avoir songé au suicide.

Il relate s'être rendu au Maxi, le soir du meurtre, afin de convaincre Clémence qu'il était « un bon gars » et qu'elle ne devait pas le tuer. Il soutient qu'après qu'il l'a saluée, la jeune femme l'a montré du doigt et l'a traité de « nègre ». Il dit avoir été surpris par cette insulte et avoir senti qu'elle « cherchait les clients du regard ». Il a eu la conviction qu'elle allait sortir une arme à feu de sa poche, le tuer et tirer sur d'autres personnes. Il a donc empoigné son couteau et l'a poignardée à plusieurs reprises. La jeune femme aurait crié à l'aide et l'accusé a cru qu'elle appelait ses amies en renfort pour venir le tuer.

Rassuré que la police intervienne

Randy Tshilumba raconte qu'il était soulagé lorsqu'il a entendu un client du Maxi crier d'appeler la police. Il croyait que Clémence et ses amies seraient arrêtées. Il dit être resté caché dans les toilettes d'un Tim Hortons à proximité pendant plusieurs heures, puisqu'il était terrifié que les filles viennent le tuer. Il a envoyé des textos à des amis et à son frère pour qu'ils viennent le chercher, mais personne n'était disponible.

Dans les heures et les deux jours qui ont suivi le meurtre, Randy Tshilumba a effectué de nombreuses recherches sur Internet à partir de son cellulaire.

Il voulait entre autres savoir « comment nettoyer une tache de sang » ou comment « se débarrasser d'une arme ». Il a expliqué au tribunal qu'il ne voulait pas que sa mère découvre ses vêtements et confisque son couteau.

Par contre, il ne se souvient pas pourquoi il a cherché « sac de déchets meurtre parfait » et certains termes médicaux, comme « dopamine » et « testostérone ».

La défense tente de démontrer que Randy Tshilumba souffrait de graves problèmes de santé mentale qui l'empêchaient de savoir qu'il faisait quelque chose de mal en tuant la victime.

Tshilumba se décrit comme « gentil et pacifique »

Une semaine avant le meurtre, Randy Tshilumba était aussi allé voir Clémence Beaulieu-Patry sur son lieu de travail, au Maxi, pour la convaincre de ne pas lui faire de mal, a-t-il raconté.

Le jeune homme soutient avoir voulu « être lui-même » et montrer sa vraie personnalité à la jeune femme. « Je pense que je suis gentil et pacifique », affirme Randy Tshilumba, sans émotion.

Il espérait la convaincre de ne pas le tuer. Ils auraient discuté de sujets banals et il lui aurait demandé son numéro de téléphone « pour garder contact ». Elle aurait refusé et il serait reparti en entendant Clémence lui dire « fais attention à toi ». Il se rappelle avoir paniqué, croyant fermement qu'elle allait s'en prendre à lui.

Dans les mois précédents, son anxiété et sa détresse étaient tellement grandes qu'il en aurait parlé à des membres de sa famille et aurait voulu déménager. Il dit avoir consulté un médecin et s'être fait prescrire des médicaments, mais il craignait de se faire empoisonner s'il les prenait.

Un meurtre prémédité, selon la poursuite

Le 10 avril 2016, Randy Tshilumba a poignardé Clémence Beaulieu-Patry à 14 reprises.

La poursuite tente de prouver que c'était un meurtre prémédité et que Randy Tshilumba savait distinguer le bien du mal.

Il se serait vengé de la jeune femme puisqu'elle avait refusé ses avances. Il s'était rendu au Maxi à quatre reprises dans les jours précédant le meurtre.

Quelques heures avant de la tuer, il a fait des recherches sur Internet au sujet du « Maxi Crémazie Papineau » et de la « personnalité limite ».

Il avait apporté des vêtements de rechange qu'il a enfilés dans les toilettes du Tim Hortons. Il a texté à des proches de prier pour lui, leur écrivant qu'ils risquaient de ne jamais se revoir.

L'arme du crime et des vêtements tachés de sang ont été saisis dans le casier de l'accusé au Cégep André-Laurendeau.

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