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« Tu veux la guerre, tu vas l'avoir », aurait dit Guy Turcotte à Isabelle Gaston

Isabelle Gaston a entamé lundi son témoignage au second procès de son ex-conjoint, l'ex-cardiologue Guy Turcotte, accusé du meurtre prémédité de leurs deux enfants en février 2009.

Vêtue de noir, Isabelle Gaston est arrivée au palais de justice de Saint-Jérôme, visiblement anxieuse. Elle a réprimé quelques sanglots au début de son témoignage alors qu'elle tournait presque entièrement le dos à son ex-conjoint.

Elle a raconté que sa relation avec Guy Turcotte avait été ponctuée de hauts et de bas et qu'ils avaient d'ailleurs eu recours à des thérapeutes.

En 2008, elle a noué une relation extra-conjugale avec un ami du couple, qui était aussi son entraîneur de gym. « Je suis tombée en amour avec Martin. Je regrette mon infidélité », a-t-elle répété.

Isabelle Gaston a expliqué par la suite qu'en janvier 2009, lors d'un ultime voyage dans le sud avec son ex-conjoint et leurs enfants, Olivier, cinq ans, et Anne-Sophie, trois ans, Guy Turcotte lui a dit qu'il savait pour son amant et qu'« il avait ses plans ». Quelques jours après leur retour, Guy Turcotte quittait le domicile familial et louait une maison à Piedmont.

Elle a raconté que, par la suite, Guy Turcotte se pointait à la maison familiale sans prévenir.

Le jour du meurtre, le 20 février, Isabelle Gaston devait se rendre dans Charlevoix. Avant de partir, elle a eu une conversation houleuse avec son ex-conjoint au téléphone, lui expliquant qu'elle avait fait changer les serrures.

Il lui aurait répondu qu'elle n'avait pas le droit de faire ça.

« Il était en colère, il a crié » a-t-elle témoigné. « Tu avais pas le droit de changer les serrures, c'était ma maison, c'est encore ma maison, aurait-il dit. Tu veux la guerre, tu vas l'avoir ».

En route, elle s'est arrêtée à Joliette, très préoccupée, se demandant si elle devait faire demi-tour. Elle a finalement décidé de poursuivre sa route. Elle a raconté avoir ensuite fait plusieurs appels sans réponse à Guy Turcotte.

Toujours dans son témoignage, Isabelle Gaston explique qu'elle a dû parler à son ex-conjoint quelques mois après le crime, alors qu'il était détenu à l'Institut Pinel. Elle a expliqué qu'elle voulait se suicider à cette époque, mais qu'en lui parlant de la vente de leur maison, elle s'est mise dans une colère telle que c'est ce qui lui a sauvé la vie.

Témoignage crucial

En entrevue avec Anne-Marie Dussault, l'avocat-criminaliste Jean-Claude Hébert affirme que le témoignage d'Isabelle Gaston est très important, en raison de l'accusation de meurtre au premier degré qui pèse sur Guy Turcotte.

L'avocat explique que la Couronne a le fardeau d'établir la préméditation du geste. « Tout le contexte qui a précédé le drame, qui a été un peu annonciateur de ce qui allait se passer devient pertinent », explique-t-il.

Selon Jean-Claude Hébert, il est tout à fait possible qu'un des objectifs de la poursuite soit d'essayer d'établir un « filet » de faits et circonstances qui soutient la thèse de la préméditation.

S'il y a préméditation, l'avocat soutient que cela pourrait affaiblir la défense de Guy Turcotte, s'il plaide l'irresponsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux, comme lors du premier procès.

Jean-Claude Hébert, qui est un avocat de la défense, affirme que contre-interroger un témoin comme Isabelle Gaston doit être fait avec des gants blancs. « Venir témoigner sur le drame qu'elle a vécu, ça va créer de l'émotion, c'est troublant d'entendre ça. [...] Un avocat de la défense ne peut pas harceler un témoin en insinuant qu'elle est en train d'exagérer ou de mentir », conclut-il.

Le témoignage d'Isabelle Gaston doit se poursuivre mardi matin.

La semaine dernière, par l'entremise de ses avocats, Guy Turcotte a plaidé non coupable de l'accusation de meurtre avec préméditation. Par l'entremise de ses avocats, il a aussi admis qu'il a causé la mort de ses deux jeunes enfants.

Au cours de la première semaine de procès, un ambulancier et des policiers ont relaté leur arrivée sur la scène du drame et exhibé les photos prises sur les lieux, et tous les objets saisis, notamment deux couteaux.

Il s'agissait de la troisième journée de témoignages. Le procès a été décalé d'une demi-journée lundi matin après que la jurée numéro 1, qui s'est blessée à la main dimanche, a été envoyée à l'hôpital par le juge. La Couronne entend faire venir 30 personnes à la barre lors de ce procès, qui devrait durer trois mois.

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