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Turquie : Erdogan gagne le référendum et élargit ses pouvoirs

La commission électorale turque (YSK) a confirmé la victoire du oui au référendum portant sur un élargissement sans précédent des pouvoirs présidentiels, dimanche. L'opposition, après avoir dans un premier temps demandé un recomptage, souhaite maintenant l'annulation du scrutin.

Après dépouillement de 99 % des bulletins de vote, le « oui » obtenait 51,4 % des suffrages, selon les chiffres officieux diffusés par l'agence de presse Anatolie.

La commission a cependant confirmé la victoire du oui, précisant qu'il devançait le non de quelque 1,25 million de voix, avec seulement 600 000 bulletins de vote restant à dépouiller. Les résultats définitifs seront annoncés d'ici 11 à 12 jours.

Le président Recep Tayyip Erdogan a salué la « décision historique » qu'a prise le peuple turc, ajoutant qu'il s'agissait de la « réforme la plus importante de l'histoire » du pays.

Avant même que sa victoire soit confirmée, le président a appelé les instances internationales et les autres pays à respecter les résultats du vote. « Nous voulons que les organisations et les pays étrangers respectent la décision de notre nation », a-t-il déclaré depuis Istanbul.

Lors de son discours, M. Erdogan a entrouvert la porte au rétablissement de la peine capitale. Fort de sa victoire, le président turc a répondu à la foule, qui scandait « peine de mort », qu’il allait en discuter avec le premier ministre.

Si l’opposition se dit en faveur du rétablissement de la peine de mort, « j’approuverai » cette mesure et « nous organiserons un nouveau référendum », a-t-il soutenu.

Un peu plus tôt, le premier ministre turc, Binali Yildirim, avait lui aussi clamé la victoire de son camp.

« Mes chers concitoyens, d'après les résultats non officiels, le référendum prévoyant la présidentialisation du système s'est conclu par [une victoire du] oui », a lancé M. Yildirim à la foule réunie au quartier général de l'AKP, à Ankara.

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, la cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, et le responsable de l'élargissement de l'UE, Johannes Hahn ont appelé les autorités turques à « rechercher le consensus national le plus large possible » après l’annonce du résultat serré.

Les derniers mois ont été marqués par une dégradation des relations entre la Turquie et l'Union européenne, M. Erdogan accusant certains pays de pratiques nazies après l'annulation de meetings pour le oui dans divers pays d'Europe, où se trouve une importante diaspora turque.

L’annulation du scrutin réclamée

Le principal parti d'opposition, le CHP (Parti républicain du peuple), qui a fait campagne pour le non, a réclamé lundi l'annulation du scrutin en raison de nombreuses irrégularités qui auraient été constatées.

« Il n'y a qu'une seule décision à prendre (...) C'est l'annulation du scrutin par le Haut-Conseil électoral (YSK) », a déclaré son vice-président, Bülent Tezcan, cité par l'agence de presse Dogan.

Le CHP, ainsi que le parti prokurde HDP, reprochent à la commission électorale d'avoir accepter comme valides les bulletins non marqués du sceau officiel des autorités électorales.

Une déclaration publiée sur le site du YSK avant la fin du scrutin prévient que les bulletins non scellés seront comptabilisés à moins d’avoir été signalés comme étant frauduleux.

M. Tezcan a en outre soutenu que de nombreux électeurs n'avaient pas pu voter secrètement et que des opérations de comptage s'étaient déroulées à l'abri des regards.

Le secrétaire général adjoint du CHP, Bulent Tezcan, considère la validation de ces bulletins non marqués du sceau officiel comme une « violation ».

Le CHP est bien déterminé à se faire entendre du YSK, et n’écarte pas un recours à la Cour constitutionnelle turque, voire la Cour européenne des droits de l'homme.

Le patron de la commission électorale, Sadi Guven, a rejeté les allégations de fraude, déclarant qu'aucun bulletin de papier déclaré valide n'était un faux ou n'a été présenté frauduleusement.

Le deuxième parti d'opposition, le HDP, a pour sa part fait savoir sur son compte Twitter qu'il allait contester les votes provenant de deux tiers des urnes. « Les données qui nous parviennent indiquent qu'il y a une manipulation de l'ordre de trois à quatre points de pourcentage », a-t-il affirmé.

Les 55 millions d'électeurs étaient appelés à se prononcer sur 18 amendements constitutionnels visant à remplacer le régime parlementaire par un régime présidentiel.

Cette modification doit permettre à Erdogan de concentrer l'essentiel du pouvoir exécutif entre ses mains, le poste de premier ministre étant supprimé, et de rester au pouvoir au moins jusqu'en 2029.

Un pays divisé

Le référendum a profondément polarisé la population. Le président et ses partisans ont fait valoir qu'il était nécessaire de modifier la Constitution pour affronter les enjeux auxquels est confrontée la Turquie en matière de sécurité et éviter la formation de gouvernements de coalition fragiles.

« C'est l'occasion de reprendre le contrôle de notre pays », a déclaré Bayram Seker, un autoentrepreneur de 42 ans, après avoir voté « oui » à Istanbul.

Les opposants à la réforme disent craindre une dérive autoritaire dans un pays où quelque 40 000 personnes ont été arrêtées et 120 000 limogées ou suspendues de leurs fonctions dans le cadre de la répression qui a suivi le coup d'État manqué de juillet dernier.

« J'ai voté "non" parce que je ne veux pas que tout le pays et ses pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire soient entre les mains d'un seul homme. Cela ne rendra pas la Turquie plus forte ou meilleure comme ils le prétendent », a soutenu Hamit Yaz, un capitaine de navire âgé de 34 ans.

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