ANALYSE - La force d'Uber, c'est sa témérité. Mais c'est aussi sa faiblesse, son principal adversaire. L'ADN de cette entreprise est fait d'affrontements, de rébellion et d'arrogance. L'entreprise Uber est née pour contester l'ordre établi, violer les règles, casser les systèmes. C'est dans sa culture intrinsèque; cette entreprise a été construite pour refaire un autre monde. C'est du capitalisme sauvage, libertarien.

Un texte de Gérald Fillion

Partout sur la planète d’ailleurs, Uber est arrivée en défonçant la porte, même si elle était déverrouillée. Cette entreprise, c’est l’extrême du capitalisme, c’est celle qui vous casse une chaise de métal sur le dos après avoir assommé l’arbitre à la lutte. Nulle part Uber n’a emprunté les voies établies pour s’installer dans un marché. Jamais, depuis son existence, Uber n’a voulu jouer selon les règles en place. Uber veut négocier ses propres règles.

Uber existe et est aimée d’une large partie de la population parce qu’elle envoie promener l’organisation sociale et économique. Cette entreprise n’a rien à faire de l’histoire, des structures, de la retraite de l’un ou du gagne-pain de l’autre.

Son objectif, c’est de prendre un marché, avec une technologie dont elle ne cesse de clamer le génie, de générer le maximum de profit avec le minimum d’effort et d’arriver ultimement à mettre sur la route des voitures qui n’auront plus de chauffeur au volant. Ce point est important : Uber, qui dit défendre des emplois aujourd’hui, travaille activement à développer un modèle qui n’aura plus besoin d'employés très bientôt.

Économie sans partage

Pour l’économie de partage, on repassera! Uber prône plutôt une économie sans partage. Uber veut prendre le marché, non pas le partager. Si tel avait été le cas, l’entreprise aurait négocié des permis avec le gouvernement du Québec pour accaparer des parts dans le marché montréalais, en concurrence avec les autres compagnies de taxi.

Uber aurait pu acheter des compagnies de taxi, aussi, elle aurait pu mettre en place, en concordance avec les pouvoirs publics, un système efficace de transport de personnes. Elle aurait pu négocier, faire des offres, changer le système de l’intérieur.

Elle aurait pu simplement poursuivre le projet-pilote en cours. Plutôt, l’entreprise choisit d’annoncer son départ le 14 octobre parce que Québec a décidé de relever de 20 à 35 heures la durée de la formation des chauffeurs. Comme dans l’industrie du taxi!

C’est important de souligner que l’annonce d’Uber équivaut à un ultimatum. Si le 14 octobre Uber n’obtient pas de nouvelles conditions de Québec, l’entreprise cessera ses activités. Cette façon de faire de la pression fait partie de la stratégie de cette entreprise, stratégie utilisée partout dans le monde. Ça marche souvent, ça ne marche pas toujours. De plus en plus de villes et de pays interdisent les services d’Uber.

Les accusations de harcèlement se sont multipliées chez Uber au fil des années, conduisant, il y a quelques mois, le PDG Travis Kalanick à démissionner de ses fonctions. Plusieurs investisseurs ont critiqué sa conduite et sa façon de gérer l’entreprise. Un rapport interne a recommandé une transformation de la culture d’entreprise.

Il est clair qu’Uber répond à un besoin et génère un intérêt soutenu, aucun doute là-dessus. Il est clair, en retour, que les pratiques de cette entreprise n’ont rien à voir avec l’économie de partage. Uber est une entreprise privée, riche et prête à tout pour atteindre ses objectifs.

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