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Uber pourrait prendre des passagers à l'aéroport Trudeau

EXCLUSIF - Radio-Canada a appris qu'Uber et Aéroports de Montréal (ADM) négocient directement afin de permettre l'utilisation de l'application dans la zone aéroportuaire.

Un reportage de Bahador Zabihiyan

Les utilisateurs d'Uber qui débarquent à l'aéroport international Pierre-Elliott-Trudeau de Montréal ont une bien mauvaise surprise : l'application est bloquée sur les lieux.
Environ 300 taxis, tirés au sort chaque année, ont le monopole à l'aéroport pour prendre des passagers. C'est un secteur stratégique pour les chauffeurs de taxi en raison des revenus qu'il génère.

Ainsi, pour 325 « permis d'aéroport » disponibles pour le tirage au sort de 2015, il y a eu 4200 candidatures. Et après avoir été choisi, le chauffeur doit payer plus de 4000 $ afin de travailler sur le terrain de l'aéroport. Or, le monopole des taxis risque de s'égrener à Dorval.

Radio-Canada a appris qu'Uber négociait en effet directement avec ADM.

La porte-parole d'ADM, Anne Marcotte, n'a pas souhaité fournir d'échéancier, les discussions étant « confidentielles » pour l'instant. Mais selon les informations obtenues par Radio-Canada, les négociations avancent bien.

ADM affirme qu'elles ont commencé peu de temps après l'accord pour la mise en place d'un projet pilote visant à encadrer Uber, conclu entre la compagnie américaine et Québec.

« Tant que le cadre législatif n'avait pas été modifié par le gouvernement du Québec, on s'est assuré de toujours respecter le cadre législatif », dit Mme Marcotte. Difficile de savoir si les modalités d'un éventuel accord permettraient aux chauffeurs Uber de prendre des clients à Dorval. Ni Uber ni ADM ne veulent donner plus de détails.

Des chauffeurs d'Uber déposent déjà des clients à l'aéroport. Avant l'entrée en vigueur du projet pilote entre Uber et Québec, les inspecteurs du Bureau du taxi avaient même sanctionné des chauffeurs à l'aéroport. Ils n'ont pas le droit de prendre des passagers, puisque l'application ne fonctionne pas sur les lieux de l'aéroport.

Benoît Jugan, porte-parole du RTAM-Métallos, qui représente une bonne partie des chauffeurs de taxi du Québec, n'a pas voulu fournir de commentaires à ce sujet pour le moment, mais pourrait le syndicat pourrait réagir plus tard. Toutefois, la possibilité d'une entente entre Uber et ADM a soulevé l'ire de plusieurs chauffeurs de taxi à qui nous avons parlé à l'aéroport.

Augustin Melege, de son côté, estime qu'il s'agit d'une rupture de contrat de la part d'ADM. « Je pense que l'aéroport ne peut pas faire ça, parce que nous, on a déjà un contrat avec l'aéroport. Si l'aéroport fait rentrer d'autres joueurs [...] Il va briser notre business », dit ce chauffeur de taxi.

En février, un autre changement est survenu à l'aéroport. ADM a mis en place une entente avec Téo Taxi pour permettre à une douzaine de voitures de la compagnie de prendre des passagers à l'aéroport sans passer par le tirage au sort ni devoir s'acquitter des frais de plus de 4000 $.

Certains passagers estiment qu'Uber serait le bienvenu sur les lieux afin de permettre à ceux qui ne veulent pas prendre le bus ou payer un taxi d'avoir plusieurs choix.

Uber n'a pas voulu nous accorder d'entrevue. 

De son côté, le député de Québec solidaire Amir Khadir dénonce ces négociations. 

« Uber est une entreprise frauduleuse qui cache ses profits dans des paradis fiscaux, dit-il. Alors que le government Trudeau prétend combattre les paradis fiscaux, comment une enterprise fédérale, l'aéroport de Pierre Elliott Trudeau, peut faire affaire avec une multinationale qui trompe le fisc? Le public est révolté par cette injustice et les chauffeurs de taxi auront raison de montrer leur colère. »

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