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Ubisoft, Amazon, les subventions, les taxes et le manque de main-d'oeuvre au Québec!

ANALYSE - Pendant qu'on change les pancartes électorales dans Louis-Hébert et entre deux débats sur la neutralité religieuse et la gestion de l'offre, le Québec est aux prises avec un enjeu majeur et fondamental, dont on ne parle pas assez et pour lequel on commence à peine à mesurer les effets sur l'économie.

Un texte de Gérald Fillion

Cet enjeu, c’est le manque de main-d’oeuvre, le manque de personnel spécialisé dans certains secteurs, mais aussi de main-d’oeuvre qui demande peu de qualifications, comme les commis dans un commerce de restauration rapide.

Jour après jour, des PDG, des entreprises, des maires réclament des actions concrètes pour trouver une solution à la pénurie de travailleurs qui se dessine un peu partout. Le taux de chômage est faible, la population active amorce son tournant vers la décroissance et le virage numérique se poursuit partout dans tous les secteurs d’activité.

Peter Simons, Louis Têtu, Éric Boyko, Régis Labeaume, les restaurants Tim Hortons et McDonalds l’affirment haut et fort : on manque de personnel, on manque de volonté, on manque de souplesse, on manque de tout!

Avec un taux de chômage autour de 6 %, l’économiste Stéfane Marion de la Banque Nationale nous disait mercredi que le Québec est au plein emploi.

On manque de personnel partout

Une nouvelle relayée par le Journal de Montréal jeudi nous apprenait qu’un restaurant de la chaîne McDonald avait décidé de fermer temporairement ses portes à Val d’Or, en Abitibi, en raison du manque de main-d’oeuvre. La propriétaire Isabelle Leblanc a dû fermer ce restaurant pour envoyer les employés dans deux autres de ses restaurants. Elle a même augmenté les salaires, de 2 $ l’heure, à 13 $, rapporte le quotidien.

Louis Têtu, PDG de Coveo, disait mercredi à RDI économie qu’il y a un manque en ce moment de 30 000 employés dans le secteur technologique. Et Eric Boyko, PDG de Stingray, disait en juin à RDI économie qu’il avait reporté des projets à novembre parce qu’il manquait de main-d’oeuvre. Même discours à Québec, jeudi, alors que le PDG de LeddarTech, Charles Boulanger, qui annonçait avoir obtenu le financement recherché pour développer sa technologique optique pour voitures autonomes, réclamait des travailleurs.

Le maire de Québec Régis Labeaume ne cesse de réclamer des pouvoirs et de la flexibilité pour faire venir des travailleurs dans sa ville. Le débat reste toujours coincé au niveau de l’enjeu de la neutralité religieuse. Ce n’est certainement pas un enjeu à négliger, mais sur le plan économique, la ville de Québec a atteint un point de stagnation parce qu’elle n’arrive plus à pourvoir les postes réclamés. Son taux de chômage est à 3,8 %!!!

Les cadeaux à Ubisoft, Amazon, Netflix

Non seulement plusieurs entreprises ont du mal à trouver le personnel adéquat, mais les gouvernements du Québec et du Canada multiplient les cadeaux aux firmes étrangères.

Les entrepreneurs Eric Boyko et Louis Têtu l’affirment depuis des mois : aider des sociétés qui viennent de Paris ou de Los Angeles ou d’ailleurs avec de généreux crédits d’impôt, comme on vient de le faire avec Ubisoft, c’est l’équivalent de favoriser des entreprises étrangères au détriment de nos sièges sociaux.

Selon une étude du CIRANO diffusée jeudi, lorsque le gouvernement du Québec finance 37,5 % des salaires des employés d’Ubisoft, il se trouve à permettre à cette entreprise d’offrir de meilleurs salaires que ses concurrents. Québec ne participe pas à une réelle création d’emplois selon le CIRANO : il finance des salaires plus élevés et se trouve à octroyer un avantage à une entreprise venue d’ailleurs au détriment des entreprises d’ici, qui essaient de retenir leurs talents et d’en trouver d’autres.

Peter Simons, grand patron des magasins Simons, a besoin de 300 personnes pour poursuivre le virage numérique de son entreprise. Il a du mal à les trouver et il est la victime d’un désavantage financier face à un puissant concurrent comme Amazon. Québec refuse de s’assurer de taxer les ventes en ligne effectuées par les Québécois sur Amazon.

« Je serai fier si le Québec pouvait avoir une vision, a dit Peter Simons au journal Le Soleil jeudi, mais on semble incapable à voir le bon sens d'imposer l'obligation de payer les taxes. On semble un peu dupe dans cela. (...) On ne peut pas venir faire des affaires au Québec ou au Canada sans accepter de respecter les règles. Les règles doivent être égales pour tout le monde. »

L'intérêt des politiciens

Et on peut se demander jusqu’où les élus iront pour attirer le géant Amazon, qui a dit vouloir créer 50 000 emplois avec l’ouverture d’un deuxième siège social. Va-t-on payer le tiers des salaires, comme on le fait chez Ubisoft ? Va-t-on continuer de ne pas taxer les ventes effectuées par Amazon? Va-t-on financer de meilleurs salaires chez Amazon, pour trouver les 50 000 emplois, au détriment des sociétés qui paient leurs impôts au Québec? Les élus iront-ils jusqu'à promettre la lune pour bénéficier du gain politique qui est celui d'annoncer des emplois?

Il ne faut pas oublier non plus que le gouvernement Trudeau a décidé de ne pas aller de l’avant avec une taxe Netflix, même si cette entreprise ne s’assure pas du paiement des taxes sur les achats faits par les Canadiens sur Netflix, même si cette entreprise ne contribue pas au Fonds canadien des médias.

Alors, dans ce contexte de plein emploi et manque de main-d'oeuvre, trois questions :

  • est-ce que l'État devrait revoir ses crédits d'impôt pour les sociétés étrangères?
  • pourquoi les gouvernements refusent de s'assurer que les taxes sont payées lors de transactions en ligne avec des groupes américains comme Netflix ou Amazon?
  • et devrait-on accélérer la venue de travailleurs immigrants au Québec pour combler des besoins de main-d'oeuvre, comme le demande Régis Labeaume?

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