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Ukraine : les fantassins canadiens, bien équipés?

Depuis 2012, l'armée canadienne n'a plus de systèmes antichars à longue portée en service, une lacune qui pourrait s'avérer mortelle en cas d'engagement militaire en Ukraine.

Un texte de Jean-Emmanuel Fortier

Alors que le gouvernement Harper durcit le ton devant la Russie et que le Canada se prépare aux plus importants exercices militaires en Europe depuis la fin de la guerre froide, les militaires canadiens semblent mal équipés pour faire face aux menaces des chars ennemis.

Le Canada a retiré tous ses lanceurs et missiles antichars TOW 2 de service en 2012.

Un système antichar qui peut être utilisé par l'infanterie est généralement composé d'un lanceur, de missiles et d'un viseur électronique. Ces missiles sont conçus pour détruire des véhicules ou des positions renforcées jusqu'à 4,5 km de distance en moyenne.

Options de systèmes antichar pour le Canada

« C'est essentiel » 

Jean-Christophe Boucher, politologue à l'Université MacEwan et expert en questions de défense, croit que les armes antichars sont essentielles dans un contexte de déploiement en Ukraine où les rebelles prorusses ont accès à des véhicules blindés.

« On fait face à des unités mécanisées et blindées importantes et sans armes antichars, ces hommes-là, essentiellement, on les enverrait à l'abattoir, » dit-il.

Selon M. Boucher, l'utilisation d'armes antichars est inévitable en cas d'escalade de la situation sécuritaire en Europe de l'Est. En « faire l'économie ici apparaît plutôt être une économie de bouts de chandelles que de toute façon on devra dépenser », estime-t-il.

Sur le terrain 

En mai, Radio-Canada a pu constater les conséquences du manque de systèmes antichars de longue portée lors de l'exercice Maple Resolve à Wainwright, en Alberta.

Les membres du 5e Groupe-brigade mécanisé du Canada, dont fait partie le Royal 22e Régiment, devaient effectuer des opérations contre un ennemi fictif, équipé avec des armes de l'ancien bloc soviétique.

Les chars "ennemis" posaient particulièrement problème aux soldats d'infanterie canadiens qui ne pouvaient pas ouvrir à une distance suffisante, avant qu'ils soient à portée de tir de l'ennemi. Une lacune dont les officiers sont bien conscients, compte tenu des armes que les ennemis potentiels du Canada possèdent, « avoir des armes antichars à longue portée serait très bénéfique pour nos troupes au sol », a dit en mai le lieutenant-colonel Patrick Robichaud, commandant du 1er Bataillon du Royal 22e Régiment

Aucun plan d'acquisition pour l'instant

Pourtant, le ministère de la Défense n'a pas d'échéancier pour acquérir une capacité antichar.

Le gouvernement est à la recherche d'un remplacement des missiles antichars selon le « Guide d'acquisition de la Défense 2015 » . Le ministère souhaite « acquérir un nouveau système d'armes sur affût portatif, polyvalent, anti-blindé et anti-structure pour remplacer le système d'armes antichars actuel filoguidé à poursuite optique, lancé par tube. »

Selon le guide, la période d'évaluation pour le remplacement des missiles est de 2026 à 2035 avec une livraison finale « 2035+ ». 

Mais dans une réponse aux questions de Radio-Canada, le ministère de la Défense indique « qu'il n'y a pas d'échéancier en place et aucune demande de financement n'a été présentée ».

La majorité des programmes de remplacement et d'acquisition dans le guide d'acquisition de la Défense 2015 n'ont pas été soumis au gouvernement pour approbation selon un porte-parole du ministère.

L'Ottawa Citizen rapportait en 2012 que plus de 100 millions de dollars de missiles antichars TOW 2 ont été retirés, trois ans après avoir été achetés par le gouvernement.

Les efforts de réductions budgétaires des conservateurs en 2012 ont vu la disparition de plusieurs plateformes d'armement qui faisaient partie intégrante des dispositifs de défense de l'armée canadienne durant la guerre froide. Par exemple, le Canada n'a plus de systèmes antiaériens dédiés depuis le retrait du ADATS, un véhicule lance-missiles anti-véhicules et antiaérien en 2012.

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