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Un algorithme pour juger les égoportraits animaliers

À l'aide d'une firme analysant le contenu des médias sociaux, l'organisme World Animal Protection (WAP) a publié une étude critiquant les égoportraits pouvant nuire aux animaux déjà en voie d'extinction.

Selon WAP, c’est la volonté des humains à entrer dans l’intimité des animaux qui rend la pratique de l’égoportrait animalier dangereuse.

« Ce sont des gens qui aiment les animaux, qui veulent une expérience authentique avec un animal, mais ce n’en est pas réellement une », a expliqué à CBC News la porte-parole de WAP, Cassandra Koenen. Selon elle, vouloir entrer dans l’intimité des animaux pour une simple photographie est « un comportement qui doit changer ».

Pour arriver aux conclusions de leur rapport, l’organisme de protection des animaux a fait affaire avec une compagnie canadienne « d’écoute sociale » sur les plateformes en ligne, Grassriots. Ce sont généralement des compagnies ou des politiciens voulant connaître l'image qu'ils projettent dans l’opinion publique qui ont recours aux services de cette entreprise, établie à Toronto.

Or, dans le cas de WAP, l’outil d’analyse Crimson Hexagon a plutôt été « rééduqué » pour filtrer le contenu des médias sociaux selon les critères précis de l’organisme.

« Nous avons utilisé la plateforme d’une manière inédite, car ces catégories n’existaient pas avant », a expliqué à CBC Zach Zimmel, directeur de stratégie à Grassriots. « Une fois nos catégories créées, nous avons demandé à un informaticien humain d’entraîner les moniteurs d’intelligence artificielle à analyser des images selon ces nouveaux paramètres. »

Les bons et les mauvais égoportraits

En scrutant des publications sur Facebook, Twitter et Instagram à l’aide d’une combinaison de mots-clés, d’algorithmes de reconnaissance d’images et d’apprentissage informatique, Grassriots a sélectionné un échantillon de 46 580 publications à partir d’un bassin initial de 133 344.

À la différence de compagnies voulant découvrir combien de fois leur logo pourrait apparaître sur un média social, WAP voulait différencier les « bons égoportraits animaliers » (des animaux dans leur habitat naturel, sans interaction avec des gens) des « mauvais égoportraits animaliers » (des touristes câlinant, tenant dans leur bras, touchant, nourrissant ou ayant toute interaction inappropriée avec un animal).

L’étude indique que depuis 2014, Instagram a connu une hausse de 292 % du nombre d’égoportraits animaliers. WAP souligne également que 40 % des photographies sont de « mauvais égoportraits », selon ses critères.

Les dix animaux les plus « égoportraiturés » sont les éléphants, les kangourous, les lions, les tigres, les paresseux, les koalas, les dauphins, les girafes, les tortues et plusieurs primates.

Certains de ces animaux sont catégorisés comme étant en danger, selon la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction.

Le pouvoir de normalisation des célébrités

Selon les données récoltées par Grassriots, 41 % des publications analysées proviennent des États-Unis. Cette statistique pourrait s'expliquer par la présence accrue de superstars des médias sociaux dans ce pays.

Les exemples de Kim Kardashian, Justin Bieber, Kevin Hart et Cara Delevingne sont soulignés par WAP.

L’organisme invite les médias sociaux numériques à revoir leur politique de contenu.

Twitter n’a pas répondu aux demandes d’entrevue de CBC News.

Facebook a indiqué dans un courriel à CBC News qu’elle possédait déjà deux politiques pour lutter contre la cruauté animale. Le réseau social interdit les pratiques « facilitant ou organisant » des activités criminelles pouvant mener à des violences physiques contre « des gens, des entreprises ou des animaux ». Le partage d’éléments visuels « pour un plaisir sadique ou pour célébrer ou glorifier la violence » est également interdit sur Facebook.

Selon Cassandra Koenen, ce n’est pas assez. « Nous leur demandons d’inclure un vocabulaire entourant la cruauté animale », précise-t-elle.

Une photo n’illustre pas nécessairement de la violence animale, « c’est la cruauté menant à [cette photographie] qui est un enjeu pour nous », ajoute-t-elle.

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