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Un ancien militaire témoin de l’enfouissement d’agent orange à la base de Gagetown

Un ancien militaire lève le voile sur ce que sont devenus certains des résidus de l'agent orange épandu à la base militaire de Gagetown, près de Fredericton, dans les années 1960.

Ce défoliant cancérigène a été épandu à titre expérimental dans certains secteurs de la base par l’armée américaine, en 1966 et 1967, avec la bénédiction du gouvernement du Canada.

Un ancien agent de police militaire à la retraite, Al White, affirme avoir assisté à l’enfouissement d’une quarantaine de barils d’agent orange le long d’un chemin isolé de la base, en 1985. Certains des barils étaient rouillés ou cabossés.

On lui avait demandé d’escorter le camion qui transportait les barils jusqu’au site d’enfouissement. Un trou avait été creusé le long du chemin par une excavatrice. Les barils y ont été déposés et recouverts de terre.

Peu de mots ont été échangés entre les témoins de l’opération, raconte Al White, qui a par la suite enfoui l’événement dans sa mémoire pendant des années.

Un herbicide à l'origine de plusieurs maladies

L’épandage d’agent orange à la base de Gagetown a fait scandale une vingtaine d’années plus tard, lorsque d’anciens militaires ou civils qui avaient été en contact avec le produit ont commencé à avoir de sérieux problèmes de santé. Il est aujourd’hui reconnu que l’agent orange peut causer des maladies de la peau ou du foie et certains types de cancers.

Ottawa a d’ailleurs accepté en 2007 d’indemniser les victimes. Le programme de 100 millions de dollars a été élargi en 2011 pour inclure de nouvelles victimes exposées au défoliant.

10 sites identifiés

Des rapports publics sur le programme d’épandage mentionnaient déjà l’enfouissement de restes d’agent orange à la base de Gagetown. Dix sites différents avaient été identifiés, mais des fouilles avaient permis de trouver des barils à un seul de ces sites.

S’agit-il du même site décrit par Al White? L’ancien militaire offre de montrer aux responsables de la base l’endroit précis où il a assisté à l’enfouissement de barils.

Un porte-parole de la Défense nationale, Daniel LeBouthillier, l’invite à contacter le ministère directement. Il affirme par ailleurs que l’armée a fait preuve de diligence dans ce dossier.

« Le ministère de la Défense nationale et l’armée canadienne ont fait des recherches poussées sur l’utilisation et sur les tests d’herbicides à la base militaire de Gagetown, précise-t-il. Ils n’ont rien oublié. »

La Défense nationale doit en faire plus, selon un expert

N’empêche, Wayne Dwernychuk, un expert qui a étudié les effets de l’agent orange, notamment sur les soldats qui ont participé à la guerre du Vietnam, estime que le ministère a la responsabilité d’enquêter davantage, à la lumière des révélations d’Al White.

M. Dwernychuk croit d’autre part que le ministère devrait prendre des échantillons de sol au site indiqué par Al White, pour s’assurer que de l’agent orange n’a pas atteint un ruisseau qui coule à cet endroit.

L’expert se dit étonné que l’ancien policier militaire s’exprime sur ce qu’il a vu si longtemps après les faits. Carol Brown Parker, la présidente de la Agent Orange Association of Canada, une association qui fait pression sur les gouvernements pour obtenir la plus grande transparence possible sur l’épandage du défoliant, lui fait écho.

Des rumeurs de transport nocturne

« Je crois Al », affirme Carol Brown Parker. Elle se rappelle ses enseignants décrire, lorsqu’elle était enfant, le transport nocturne de barils dans la région de Gagetown. « C’était bien connu que ça se faisait, mais personne n’en parlait! »

Al White dit avoir récemment perdu trois amis qui ont succombé à des cancers, ce qui l’a poussé à parler.

« Je me suis dit “fini les secrets”. Il faut dire publiquement que ces choses se sont passées. J’aurais peut-être dû en parler il y a des années lorsque j’ai quitté l’armée; j’ai probablement eu tort de ne pas le faire. »

Il souhaite maintenant que la Défense nationale fasse de nouvelles fouilles à la suite de ses révélations pour que « les gens puissent reposer en paix ».

D'après un reportage de Murray Brewster, CBC

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