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Un anti-vaccinaliste dans l'entourage de Trump?

Le président élu Trump avait semé la consternation en nommant un climatosceptique à la tête de l'Agence de protection de l'environnement américaine, l'EPA. Il persiste et signe : il a pressenti cette semaine un anti-vaccinaliste pour diriger une commission chargée d'étudier « la sécurité des vaccins et l'intégrité scientifique ».

Un texte de Yanick Villedieu, animateur de l'émission Les Années lumière

L’anti-vaccinaliste en question s’appelle Robert Kennedy Jr, de la célèbre famille Kennedy. Il se dit provaccins et dit que ses enfants sont vaccinés. Mais il a récemment publié un livre dans lequel il accuse un adjuvant utilisé dans certains vaccins, le thimerosal, de causer l’autisme. Car c’est surtout – et encore, et toujours – le lien supposé entre les vaccins et l’autisme qui est au cœur de cette histoire.

Pourtant, la thèse selon laquelle les vaccins causent l’autisme, et selon laquelle ils sont responsables de ce que plusieurs appellent une « épidémie » d’autisme, cette thèse a été réfutée maintes et maintes fois. Rappelons qu’elle a son origine dans un article publié en 1998 dans la prestigieuse revue médicale britannique The Lancet – c’était le vaccin rougeole-rubéole-oreillons qui était au banc des accusés. Comme c’est la règle dans ce genre de situation, de nombreux chercheurs ont essayé de confirmer ou d’infirmer ces résultats. Mais personne n’a pu les confirmer.

On a de plus découvert que l’auteur principal de l’article, celui qui était alors le Docteur Andrew Wakefield, avait pris des libertés avec la rigueur scientifique et avec l’éthique de la recherche, pour dire les choses poliment. Si bien qu’en 2010, The Lancet s’est rétracté et a retiré l’article de ses archives. Un peu plus tard, Andrew Wakefield a perdu son droit de pratique de la médecine. Mais le plus important, c’est qu’on a solidement établi que, non, le vaccin en question ne cause pas l’autisme.

Cependant, rien n’y fait. Cette vieille fausse histoire circule toujours. Les anti-vaccinalistes la reprennent sans cesse. Donald Trump lui-même l’a ramenée à plusieurs occasions, depuis 2012 au moins, dans ses profondes pensées en 140 caractères. Et son éventuel commissaire « à la sécurité des vaccins » l’a développée, lui, en centaines de milliers de caractères dans son livre (« éventuel commissaire » parce que l’équipe Trump a précisé que la décision de créer la commission n’était pas définitivement prise).

Bien sûr, les pédiatres américains et les spécialistes en santé publique se sont alarmés en apprenant cette nouvelle. Elle risque de faire baisser les taux de vaccination des enfants. Avec la possibilité de voir réapparaître des maladies infectieuses normalement bien contrôlées – la rougeole, par exemple, a repris de la vigueur en Grande-Bretagne après que l’étude de Wakefield eut fait baisser le taux de vaccination. Plusieurs scientifiques, dont le patron de l’Association américaine pour l’avancement des sciences, la AAAS, se sont même sentis obligés de rappeler que les vaccins sont sécuritaires, qu’ils évitent des maladies et qu’ils sauvent des vies par millions.

Mais il y a plus. La formation de cette commission par le président d’un pays comme les États-Unis donne à elle seule une sorte de légitimité, pour ne pas dire de crédibilité, aux opposants à la vaccination. Elle conforte les théories de la conspiration, selon lesquelles les vaccins sont imposés au bon peuple par la sombre alliance entre les grandes compagnies pharmaceutiques, l’establishment médical et les autorités de la santé publique, toutes et tous corrompus, cela va de soi. Et cela aura des retombées non seulement aux États-Unis, mais aussi chez les voisins que nous sommes et même ailleurs dans le monde, tant les États-Unis ont une influence qui dépasse leurs frontières.

Qu’il crée ou pas cette commission, Donald Trump vient une fois de plus de poser un geste inquiétant. Inquiétant parce qu’il relève d’une façon de nier les faits, de ne pas tenir compte des données de la science. Parce qu’il révèle, donc, une sorte d’entêtement antiscience.

Comme le suggérait cette semaine l’auteur d’un message sur Twitter, justement : la prochaine fois, Trump nommera à la tête de la NASA un tenant de la conspiration pour qui l’atterrissage sur la Lune n’a pas eu lieu et n’est qu’un canular monté de toutes pièces.

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