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« Un antipaludéen a poussé mon mari à la folie », dit l'épouse d'un ex-militaire

Marj Matchee, l'épouse de l'ex-caporal-chef Clayton Matchee accusé du meurtre au deuxième degré d'un adolescent somalien en 1993, demande au gouvernement canadien de rouvrir l'enquête entourant l'incident. Selon elle, un antipaludéen injecté aux soldats avant qu'il rejoiginent la mission de maintien de la paix en Somalie est à la base du changement de caractère de son mari.

Le meurtre est considéré comme l'un des chapitres les plus sombres de l'histoire militaire du Canada. Les photos d’un soldat canadien tenant un adolescent somalien blessé par arme à feu, en sang et battu ont fait le tour du monde.

La victime avait 16 ans

Le jeune Somalien s’appelait Shidane Abukar Arone. Il était accusé d'avoir tenté de pénétrer dans le complexe des Forces canadiennes. Quelque temps après la prise de photos, il a été déclaré mort.

Shidane Abukar Arone avait 16 ans. Marj Matchee dit qu'elle pense toujours à lui.

« Vingt-cinq ans plus tard, je pense toujours à Shidane Abukar. Je pense toujours que cet enfant aurait pu vivre », dit-elle. « Je sais que, si l'on n'avait pas ordonné aux militaires de prendre la méfloquine […] cela n'aurait jamais eu lieu. »

Ce n’est pas mon mari

Mme Matchee avance que l’homme qui est visible sur la photo à côté de Shidane Abukar Arone n’est pas l’homme qu’elle a épousé. Son mari aurait subitement changé de comportement juste après avoir reçu le médicament antipaludéen obligatoire pour tout soldat qui participait à la mission en Somalie en 1992.

Marj Matchee reproche à ce médicament d’avoir conduit son mari à la folie et a joué un rôle dans le fait de torturer Shidane Abukar Arone.

Elle demande maintenant au gouvernement fédéral de rouvrir l'enquête sur la mission en Somalie, malgré les 25 années qui se sont écoulées depuis.

Des accusations abandonnées

L'ex-caporal-chef Matchee a été accusé de meurtre et de torture au deuxième degré en lien avec le décès de Shidane Abukar Arone. Il a tenté de se suicider, tentative dont il a gardé des séquelles graves au cerveau.

Plus de 10 ans plus tard, les accusations contre lui ont été abandonnées après que l’accusé eut été jugé inapte à subir son procès.

Il passe maintenant la plupart de son temps dans un hôpital d'anciens combattants ou avec ses parents. Il a besoin de soins 24 heures sur 24.

Après la mort de l'adolescent, la mission en Somalie s'est terminée, et le régiment aéroporté du Canada a été dissous.

La marche contre la méfloquine

Lors d'une enquête, des questions ont été soulevées à propos du rôle éventuel qu'aurait joué la méfloquine dans les crimes violents des soldats. Toutefois, l'enquête s'est terminée avant que ces questions ne trouvent de réponse.

Vingt-cinq ans plus tard, Mme Matchee n'abandonne pas son combat pour rétablir la réputation de son mari. Elle affirme qu'elle comprend la gravité de son crime, mais elle croit qu'il n'était pas sain d'esprit à cause de la méfloquine.

Elle se rendra avec d'autres avocats sur la colline du Parlement le 19 septembre pour demander la réouverture de l'enquête.

Mme Matchee veut également que le gouvernement regarde de près l'utilisation de la méfloquine dans tout le pays, parce que le médicament reste accessible au public alors qu’il a été associé à des effets secondaires psychiatriques et physiques, allant de l'anxiété et l'insomnie, aux cauchemars et aux hallucinations vives.

Un soutien politique

La députée conservatrice Cathay Wagantall voudrait également voir un nouvel examen de ce qui s'est passé en Somalie en ce qui concerne l'utilisation de la méfloquine.

L'année dernière, le Comité permanent des affaires des anciens combattants a tenu une audience de deux semaines au cours de laquelle plusieurs députés, dont Mme Wagantall, ont entendu des vétérans qui ont déclaré avoir subi des effets négatifs de la prise du médicament.

Cathay Wagantall dit que des soldats ont évoqué de l'insomnie, de l'anxiété, de la paranoïa et de la dépression.

Au printemps dernier, le gouvernement fédéral a annoncé que la méfloquine ne serait utilisée dans les Forces armées canadiennes que comme médicament de dernier recours. Cette annonce est survenue après que deux rapports gouvernementaux eurent conclu qu'il n'y avait pas de preuve concluante que le médicament ait des effets neurologiques ou psychiatriques permanents et négatifs.

Mme Wagantall a déclaré que le fait que le médicament n'est plus le premier choix pour lutter contre le paludisme est un début, mais que d'autres pays sont allés plus loin.

L'Allemagne, par exemple, a complètement interdit l'utilisation du médicament.

Mme Wagantall espère que le gouvernement libéral fera de même.

Dans une déclaration écrite, un porte-parole du gouvernement a déclaré que, même si un examen de l'utilisation de la méfloquine avait déjà été effectué, une réouverture de l'enquête et un nouvel examen de l'utilisation de la méfloquine pendant la mission en Somalie ne sont pas prévus.

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