Retour

Un autre insecte ravageur de forêts en route vers le Canada

Le dendroctone méridional du pin s'attaque depuis des décennies aux pins du sud des États-Unis, du Mexique et de l'Amérique centrale. Mais le réchauffement climatique aidant, le petit coléoptère ravage depuis quelques années les forêts de la Nouvelle-Angleterre. Des scientifiques américains craignent que l'insecte fasse bientôt son chemin jusque dans les forêts canadiennes.

Un texte de Étienne Leblanc reporter spécialisé en environnement

L'entomologiste américain Matthew Ayres décrit ainsi le dendoctrone méridional du pin : « C'est un tueur d'arbres sur les stéroïdes ».

Le pin est sa proie, lui, le prédateur. Il se reproduit à un rythme d'enfer, à raison de cinq générations par année. Depuis des décennies, le Dendoctronus frontalis fait des ravages dans les forêts du sud-est des États-Unis, notamment en Alabama, en Louisiane et au Tennessee, où il a détruit des kilomètres carrés de forêt. Mais pendant des décennies, il n'a pas vraiment migré. Les hivers rigoureux du nord l'ont confiné au sud, comme l'indique le qualificatif « méridional » de son nom.

Depuis 15 ans, la donne a changé. La tendance est aux hivers moins froids. Les températures se réchauffent. Résultat : en 2001, le dendroctone méridional du pin est monté jusque dans les forêts du New Jersey.

« Dans cette région, les températures hivernales se sont réchauffées d'environ 3 degrés Celsius depuis les années 60 », dit Matthew Ayres, qui est chercheur en entomologie au Dartmouth College, à Hanover dans le New Hampshire, sur la frontière avec le Vermont.

Et le coléoptère a continué de monter. En 2014, il a commencé à ravager les forêts de Long Island. Quelques mois plus tard, il s'est établi en Nouvelle-Angleterre. Il est aujourd'hui au Connecticut, dans le Rhode Island, dans le sud de l'État de New York, et il a même avancé jusque dans le Massachusetts.

Matthew Ayres n'en revient toujours pas de la vitesse avec laquelle le dendroctone méridional étend son aire de répartition.

« Auparavant, tous les ans, je partais avec ma camionnette et je devais rouler pendant deux ou trois jours pour aller étudier l'animal dans les forêts de l'Alabama, de la Louisiane ou du Tennessee. Depuis peu, je roule à peine une heure au sud de mon laboratoire du New Hampshire, et je suis dans une zone infestée », raconte-t-il.

Les dendroctones se glissent sous l'écorce du pin et mangent le cambium, une des parties vivantes de l'arbre, et finissent par empêcher la sève de circuler. Le pin meurt assez rapidement.

Des risques pour les forêts de pins de l'est du Canada?

Le Dendroctonus frontalis n'aime pas le froid. C'est ce qui l'empêche pour l'instant de s'installer dans le sud du Québec et en Ontario.

De concert avec ses collègues américains, l'entomologiste Jacques Régnière a étudié la tolérance au froid du dendroctone méridional du pin. M. Régnière est un des plus grands experts canadiens sur la question de la dynamique des populations d'insectes. Il est chercheur au Centre de foresterie des Laurentides de Québec, une division de Ressources naturelles Canada.

Pour l'heure, il ne s'inquiète pas outre mesure de l'arrivée imminente de ce scolyte ravageur dans l'est du Canada.

« Récemment, avec les hivers plus doux qu'on a tendance à avoir au cours des quelques dernières décennies, c'est un insecte qui a plus de capacité à s'installer plus au nord, comme en Nouvelle-Angleterre, dit Jacques Régnière. Mais c'est encore des climats qui sont plus cléments relativement au climat qu'on connaît au Québec ou en Ontario. »

Il se fait rassurant :

L'entomologiste américain Matthew Ayres est un peu plus soucieux. Les autorités canadiennes doivent-elles s'inquiéter? « Absolument », répond-il sans hésiter. « Pour l'instant, il fait trop froid. Mais si le réchauffement des nuits hivernales se poursuit au rythme actuel, il faudra peu d'années avant que le climat permette aux insectes de s'y installer. »

L'État du New Jersey a perdu 120 kilomètres carrés de forêts de pins depuis 2002. Le petit territoire de Long Island a quant à lui vu 30 kilomètres carrés disparaître en à peine un an depuis 2014.

Le dendroctone méridional du pin n'est pas pas le seul insecte dont [le Canada] doit se méfier, dit M. Ayres. « Il y a plusieurs insectes ravageurs en Nouvelle-Angleterre, certains sont indigènes, d'autres sont des espèces exotiques. On s'attend à ce qu'ils montent vers les forêts canadiennes dans les années à venir. D'ici 10 ans, vous aurez des espèces d'insectes dont vous ne soupçonnez pas la présence », conclut-il.

Il souligne entre autres la montée vers le nord du puceron lanigère du sapin, qui était présent aux États-Unis et en Nouvelle-Écosse, mais qui a été identifié pour la première fois dans une plantation de l'Estrie l'été dernier.

Un dendroctone venu de l'ouest encore plus inquiétant

Le réchauffement des températures affecte la dynamique de la plupart des populations d'insectes. L'entomologiste Jacques Régnière s'inquiète davantage des effets des changements climatiques sur le dendoctrone du pin Ponderosa.

Le petit coléoptère, cousin du dendroctone méridional, fait actuellement des ravages dans les forêts de pins de la Colombie-Britannique. Depuis 2005, à la faveur d'hivers plus cléments, il a traversé la barrière géographique des Rocheuses, et poursuit son avancée vers l'est. Il s'attaque aux pins de la forêt boréale, et est désormais installé dans le nord de la Saskatchewan, une zone froide où il n'avait jamais pu s'établir auparavant.

Pour M. Régnière, cette avancée s'explique en bonne partie par le réchauffement du climat au pays. « Le phénomène a une incidence sur les insectes envahisseurs qui viennent de l'étranger, mais on voit bien aussi l'impact que ça a eu sur des insectes qui sont canadiens, comme le dendroctone du pin Ponderosa. »

De fait, Jacques Régnière est d'avis que les changements climatiques favorisent l'installation de nouvelles espèces au Québec et ailleurs au Canada.  « C'est une combinaison du réchauffement de la planète, qui rend le Canada plus hospitalier au niveau climatique, et de l'augmentation de la pression de migration assistée par l'homme », dit-il.  

Plusieurs espèces venues d'Asie, qui arrivent ici à la faveur du transport commercial des marchandises, s'adaptent mieux dans ce climat plus clément.  L'agrile du frêne cause de nombreux soucis aux autorités municipales canadiennes, qui doivent abattre à contrecoeur des milliers de frênes, un arbre très populaire en ville pour sa grande capacité à résister aux nombreux facteurs de stress en ville.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Un avion s'écrase dans un arbre





Rabais de la semaine