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Un « boulet orange » freine le NPD en Ontario

En Ontario, la couleur orange inspire encore la colère, même 25 ans plus tard. Ici, la vague espérée par le NPD continue de se heurter à un brise-lame : le gouvernement néo-démocrate de Bob Rae des années 1990. Thomas Mulcair peut-il renverser la vapeur?

Un texte de Christian Noël

Jean-René Boisvert garde un mauvais souvenir du gouvernement néo-démocrate en Ontario. « Quand Bob Rae était au pouvoir durant la récession, il a fait mal aux travailleurs, alors ça reste en arrière de la tête. »

Pour lui, le gouvernement NPD des années 1990 est synonyme d'une mauvaise gestion des finances publiques, avec un déficit de 10 milliards de dollars, et de l'économie, avec un taux de chômage de 10 %.

M. Boisvert soutient qu'avec « le climat économique actuel, on est dans une nouvelle récession, ça donne une image très négative du NPD en Ontario ».

Pour d'autres, comme l'enseignant à la retraite John Geary, ce sont surtout les mesures de compressions du NPD qui lui sont restées sur le coeur. « Pour économiser de l'argent, ils ont inventé les "Rae Days". Ils forçaient les fonctionnaires et les employés de l'État à prendre des congés non payés. » Même si la mesure visait à éviter des mises à pied, « je ne leur ai jamais pardonné ».

Bob Rae, lors de sa victoire aux élections ontariennes de septembre 1990. Photo : PC/Tim Clark

« Frustrant »

Traîner le spectre de Bob Rae « comme un gros boulet orange, c'est frustrant », reconnaît un militant d'expérience, Joe Pantalone. « C'est un problème de taille », dit l'ex-maire adjoint de Toronto, qui fait de la politique depuis 35 ans.

C'est ironique, ajoute-t-il, puisque Bob Rae est devenu plus tard un libéral.

« Ça nous cause encore des maux de tête. Même 25 ans plus tard, les gens nous parlent spontanément du NPD de Bob Rae quand on fait du porte-à-porte. » Selon lui, il n'y a aucun doute que c'est ça qui empêche le NPD d'avoir une vague orange en Ontario.

Judy Rebick, militante du NPD. Photo : ICI Radio-Canada/Christian Noël

« Virage à droite »

L'effet se fait aussi sentir en politique provinciale. Pour y remédier, le NPD a tenté de se repositionner au centre lors de l'élection ontarienne de 2014. Un virage qui s'est retourné contre lui.

« Le NPD de l'Ontario a tourné à droite, déplore la militante de longue date Judy Rebick. Durant l'élection, il n'a pas mis de l'avant une seule politique sociale-démocrate. Ça a eu un effet profond, ça a démoralisé les troupes. »

Le caucus socialiste, dont fait partie Judy Rebick, a critiqué fortement et publiquement ce virage. Résultats : le NPD ontarien a perdu trois sièges cruciaux au centre-ville de Toronto, dans des bastions néo-démocrates.

Pour écouter le reportage de Christian Noël sur votre appareil mobile, cliquez ici.

Contrôle du message

Dans l'élection fédérale en cours, le chef Thomas Mulcair aussi tente de repositionner le NPD vers le centre, pour contrer son image de gauche. Il promet notamment d'équilibrer le budget coûte que coûte et de réduire les impôts des PME. Mais cette fois-ci, le caucus socialiste de l'Ontario se garde bien de critiquer ce virage.

« Je ne suis pas d'accord avec cette proposition [d'un budget équilibré à tout prix], avance Judy Rebick. Mais je ne crois pas que c'est un virage vers la droite, comme on l'a vu au provincial. C'est plutôt une tactique », selon elle, pour rassurer la population.

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Nouvelle génération

La tache noire qui teinte l'image de marque de l'équipe orange commence cependant à s'estomper selon le député et candidat néo-démocrate Craig Scott. « Bob Rae, personne ne m'en parle », assure-t-il.

Selon lui, une nouvelle génération, plus jeune, a une expérience du NPD plus positive. « Ils ont été inspirés par Jack Layton, avec sa vision différente de la politique. Ils ont vu la vague orange au Québec et veulent la reproduire ici. »

Craig Scott est bien placé pour en parler. C'est lui qui a remplacé Jack Layton comme député dans la circonscription de Toronto-Danforth. Et c'est aussi la première circonscription où Bob Rae a été élu comme néo-démocrate en 1979!

Monument à la mémoire de Jack Layton, près des rives du lac Ontario, à Toronto. Photo : ICI Radio-Canada/Christian Noël

« Pour moi, le NPD, c'est Jack Layton, semble confirmer Andrew Jones. Bob Rae? Connais pas! C'était avant mon temps, je suis né dans les années 1990. »

« Beaucoup de jeunes de mon âge étaient des fans finis de Jack Layton, ajoute Courtney Gibson, qui vient d'avoir 30 ans. Son héritage ne sera pas oublié, et ces jeunes-là continuent de voter NPD à chaque élection. »

Dernière ligne droite de la campagne

Thomas Mulcair a passé la majorité de la campagne en Ontario jusqu'à maintenant. Le chef du NPD semble conscient que, d'ici le scrutin du 19 octobre, il devra naviguer entre l'héritage de Jack Layton et le spectre de Bob Rae.

« En Ontario, le message positif d'espoir de ce qu'on peut réussir ensemble est en train d'être entendu, croit M. Mulcair. Les gens savent qu'en Ontario, les conservateurs sont battus systématiquement par les candidats du NPD et on a tendance à être convaincus de notre capacité de continuer. »

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