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Un campement autochtone pour bloquer le remplacement de la Ligne 3 d’Enbridge

Des opposants au remplacement du pipeline Ligne 3 de Enbridge ont installé un camp de prières autochtone près de la frontière entre le Manitoba et le Dakota du Nord. Ils ont l'intention d'y rester jusqu'à ce qu'Ottawa annule le projet.

Un texte de Gavin Boutroy

Vers 2 h 30 du matin, une douzaine de personnes ont érigé le camp de prières Spirit of the Buffalo non loin du village frontalier de Gretna, à 100 km au sud de Winnipeg.

Le camp se trouve à quelques mètres de la frontière américaine, et à quelques mètres du lieu où des ouvriers d’Enbridge « défrichent la terre le long du trajet du pipeline de remplacement de la Ligne 3 », selon les militants.

« Un petit nombre d'individus surveillent nos travaux d'entretien sur la Ligne 2 près de la frontière du Canada et des États-Unis. La sécurité de nos employés et d'autres personnes présentes près du site est notre priorité numéro un », affirme un porte-parole d'Enbridge dans un communiqué.

« Enbridge respecte le droit des personnes à exprimer leurs opinions de façon sécuritaire, et en respectant la loi », ajoute-t-il.

Les militants s’inquiètent de risques de contamination de cours d’eau et des risques pour la faune et la flore en cas de déversement de pétrole. Ils s’opposent aussi à l’exploitation des sables bitumineux.

Un pipeline achemine déjà du pétrole de Hardisty, en Alberta, jusqu’à Superior, au Wisconsin, pour être ensuite acheminé vers les raffineries américaines. Le remplacement de la Ligne 3 est le projet le plus coûteux de l’histoire de la pétrolière canadienne. Pour 7,4 milliards de dollars, il doit doubler la capacité de transport du pipeline à 760 000 barils par jour.

Selon Enbridge, le remplacement du pipeline est le moyen le plus efficace de maintenir la fiabilité de la Ligne 3. C'est aussi, selon l'entreprise, l'option la plus rapide et la plus sûre pour transporter le pétrole brut de l'Ouest canadien vers les raffineries à Chicago, sur la côte du golfe du Mexique ainsi que dans l'est des États-Unis et du Canada.

« Pour le moment, on occupe l’espace. On a allumé un feu sacré. Il y a continuellement des prières. On regarde les Américains qui préparent le sol très près de nous. [...] Nous sommes sur des terres autochtones, et ils ne passeront pas », déclare la protectrice de l’eau Dakota Geraldine McManus.

« Nous devions installer ce camp pour que les personnes qui sont d’accord avec nous aient un lieu de rassemblement, pour venir dire : "oui, je me sens comme vous". Nous savons qu’un grand nombre de Canadiens ne sont pas du tout d’accord avec ce projet », dit-elle.

Geraldine McManus est une vétérane des mouvements d'occupation autochtone. Elle était au camp de Standing Rock qui a rassemblé des Autochtones de partout en Amérique du Nord pour contrer la construction de l'oléoduc Dakota Access.

Le Minnesota a donné le feu vert au nouveau parcours du pipeline de la Ligne 3 le 28 juin, mais Mme McManus affirme que la décision d’installer un camp a été prise avant cela. Elle a le soutien des organismes Manitoba Energy Justice Coalition et 350.org.

« Nous ne voulons pas que ce pipeline passe. Justin Trudeau n’a pas le droit d’approuver cette ligne, qui passe par la réserve de ma famille, White Earth [au Minnesota], d’y aller et de détruire les champs de riz », déclare Dakota Geraldine McManus.

En plein champ de tir

Mme McManus indique que des fermiers ont approché les militants pour leur dire qu’ils se trouvaient au bout d’un champ de tir. « Alors ils vont être en train de tirer directement sur nous, je leur ai dit qu’ils tireraient alors aussi sur les ouvriers qui travaillent sur la Ligne 3 directement derrière nous », dit-elle.

« Je leur ai dit, tant pis si je prends une balle, ça arrive. J’irai aussi loin que ça. Pour me faire bouger d’ici, ils devront me traîner », ajoute Mme McManus.

Au moment de publier cet article, la Gendarmerie royale du Canada n’avait pas répondu à une demande d’entrevue de Radio-Canada.

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