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Un débat, un niqab et plein de promesses : une semaine cacophonique

La huitième semaine de la campagne électorale aura été celle du premier débat en français qui a réuni les chefs des cinq principaux partis à Montréal. 

Un texte de Manon Globensky

Mais avant le débat, à tout seigneur tout honneur : place aux annonces de la semaine.

De passage au Québec mardi, Justin Trudeau a d'abord promis plus de dépenses en culture, notamment un rétablissement du budget de CBC Radio-Canada. Puis, le chef a surtout été remarqué pour son annonce de mettre fin à l'achat des avions de chasse F-35 pour les Forces canadiennes. Une annonce qui a provoqué la mauvaise humeur de Stephen Harper parce que ça a rappelé toutes les tergiversations de son gouvernement en matière d'achat d'équipement militaire. Le chef néo-démocrate Thomas Mulcair, lui, s'est moqué du gouvernement sortant, qui semble incapable de se décider sur un autre modèle que le F-35 alors que M. Trudeau semble vouloir n'importe quel autre avion que le F-35.

Cela fait tout de même le jeu du chef libéral, qui veut se distinguer de ses adversaires. Il a d'ailleurs fini la semaine avec sa politique d'immigration, qui a comme objectif d'améliorer le programme de réunification des familles, ce qui résoudra une partie des problèmes de main-d'œuvre qualifiée, dit-il.

Du côté des conservateurs, la grande annonce de Stephen Harper ressemblait plutôt à une prédiction. Selon lui, son plan économique permettra de créer 1,3 million d'emplois en quatre ans. Quant au chef néo-démocrate Thomas Mulcair, ce sont ses  promesses de meilleures conditions pour les anciens combattants faites au début de la semaine en Atlantique qui ont retenu l'attention jusqu'à son discours sur le niqab, la veille du débat.

Des sondages montrent qu'une majorité de Canadiens et une très grande majorité de Québécois sont opposés à la prestation du serment de citoyenneté le visage voilé. Mais les sondages les plus inquiétants pour le NPD sont ceux de Léger et EKOS, qui le font reculer sur le plan national, mais aussi au Québec, bien que les néo-démocrates restent en tête dans la province. Est-ce en raison de la position du parti sur le niqab que les conservateurs et le Bloc gagnent des points? En tout cas, M. Mulcair a voulu que son discours pré-débat explique bien sa position : il ne s'oppose pas au niqab si la personne accepte de s'identifier à visage découvert avant la cérémonie.

Le débat

Mais les attaques sont tout de même venues durant le débat des chefs. Bien préparé, Stephen Harper a lancé à ses adversaires politiques : « Je ne dirai jamais à ma fille qu'une femme doit se voiler le visage ». En retour, M. Mulcair a tenté de faire valoir, dans l'un des nombreux échanges cacophoniques qui ont marqué le débat en français, que si on est contre l'oppression, ce n'est pas en privant les femmes de citoyenneté canadienne qu'on va faire cesser cette oppression. Il a fini par accuser Stephen Harper d'utiliser une arme de distraction massive. Un point de vue partagé par Justin Trudeau qui a reproché à M. Harper de se cacher derrière cette controverse pour que les Canadiens ne voient pas qu'il ne peut pas changer leurs vies.

D'autres échanges ont retenu l'attention, dont plusieurs vus d'un angle très québécois : la réforme du Sénat, les pipelines, la question nationale. Au lendemain du débat, les francophones hors Québec ont d'ailleur exprimé leur mécontentement. Selon la directrice générale de la Fédération des communautés francophones et acadienne, Suzanne Bossé, les leaders savaient depuis longtemps que les minorités linguistiques étaient mobilisées pour écouter ce débat. Elle affirme avoir été stupéfaite qu'aucune question concernant leurs préoccupations n'ait été posée.

L'après-débat

Quel bilan les leaders font-ils eux-mêmes du débat? Sans surprise, ils se voient tous comme ayant emporté la main. Le chef du Bloc québécois Gilles Duceppe, celui qui avait tout à gagner, ou rien à perdre, c'est comme vous voulez, croit qu'il a convaincu les partisans du Bloc de ne pas laisser leurs intentions de vote gambader ailleurs.

Dès les points de presse d'après-débat, M. Duceppe a été très clair, soulignant à gros traits ce qu'il a perçu comme l'échec de Tom Mulcair de répondre aux nombreuses questions que lui avait choisi de poser durant les échanges. Cette stratégie de M Duceppe a eu du bon contre Stephen Harper, en particulier sur la question de la vente de véhicules militaires fabriqués à London, en Ontario, à l'Arabie saoudite. Un contrat de 15 milliards de dollars que M. Harper a défendu en disant que si le Canada condamne les violations des droits de la personne dans le royaume, les travailleurs de London n'ont pas à payer pour ça.

Cette question n'a pas encore fini de faire réagir. Et c'est peut-être pour changer la discussion que la dernière annonce de la semaine de M. Harper aura été cette nouvelle loi sur le gel fiscal pour empêcher toute augmentation d'impôts sur le revenu ou des taxes de vente. Mais si le gouvernement est majoritaire, il n'a pas besoin d'une loi pour lui dire où fixer les niveaux d'imposition et de taxation. Et une telle loi pourrait-elle être défaite par un nouveau gouvernement qui ne l'aimerait pas? C'est arrivé dans le passé. Alors engage-t-elle qui que ce soit d'autre que le gouvernement qui la promulguera ? Pas vraiment...

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