Des chercheurs ont remarqué que des groupes de gènes montrent des signes de changement chez plusieurs populations humaines à travers le monde. Si certaines variantes peuvent nous aider à mieux résister aux maladies, d'autres pourraient grandement réduire notre tolérance... à l'alcool!

Un texte de Renaud Manuguerra-Gagné

Les formes de vie sur Terre sont en perpétuelle évolution et l’humain ne fait pas exception. Si les changements importants nécessitent des millions d’années pour se mettre en place, de plus petits détails peuvent rapidement apparaître en quelques millénaires.

Par exemple, on sait que ces 10 000 dernières années, de nouveaux traits se sont répandus dans l’espèce humaine, tels que la couleur bleue des yeux, la capacité de digérer le lait à l’âge adulte ou la diversification croissante du système immunitaire.

Des chercheurs de l’Université de Pennsylvanie ont tenté de découvrir d’autres traits évolutifs ayant commencé à se répandre à travers les populations.

Le code génétique des humains diffère de moins de 1 % d’un individu à l’autre. Ces différences sont toutes héréditaires, mais il arrive qu’une personne subisse un changement dans son ADN qui va engendrer une nouvelle caractéristique. C’est ce qu’on appelle une mutation.

Si cette mutation réussit à se disperser à travers le monde au fil des générations, elle contribuera alors à la variation génétique d’une espèce. Les variantes avantageuses seront conservées dans une population et celles qui sont nuisibles seront éliminées.

Des variantes contre des maladies

Pour trouver des endroits dans notre code génétique où des changements durables étaient en train de s’opérer, les chercheurs se sont servis des données du projet des 1000 génomes, une initiative dans le cadre de laquelle on a analysé l’ADN de 2500 personnes sur quatre continents.

Ils ont trouvé cinq régions de changement dans notre code génétique, parmi lesquelles deux ont une influence directe sur une fonction du corps.

La première implique un groupe de gènes liés à la glycophorine, une protéine que l’on retrouve à la surface des globules rouges et qui est impliquée dans la résistance à la malaria.

D’autres études ont montré que les variations de cette protéine réduisent de 40 % le risque d’infection en empêchant le parasite responsable de la maladie d’entrer dans nos globules rouges.

Une sobriété imposée

Le changement le plus surprenant est lié aux enzymes qui nous permettent de dégrader l’alcool; il rend son porteur beaucoup moins tolérant à tout type de boisson alcoolisée.

Quand on boit, l’alcool est éliminé de notre corps en deux étapes : une première enzyme le transforme en acétaldéhyde, une molécule toxique responsable des maux de tête ou de cœur et de tout ce qui accompagne la « gueule de bois ».

Une deuxième enzyme va ensuite intervenir pour transformer ce produit en acétate, une molécule beaucoup moins toxique. Plus on est tolérant à l’alcool, plus on élimine rapidement ces molécules.

La variante génétique identifiée par les chercheurs ralentit l’efficacité du processus, ce qui entraîne l’accumulation des molécules toxiques dans le sang.

Ceux qui ont ces gènes, surtout retrouvés en Asie et en Afrique, n’ont donc pas à consommer beaucoup d’alcool avant d’en ressentir les effets les plus négatifs.

D’un autre côté, ces désagréments pourraient diminuer grandement les risques de développer une dépendance à l’alcool.

Une sélection complexe

L’explication de ces changements grandissants est particulièrement complexe. Généralement, pour qu’un trait se répande dans une population, il faut qu’il y ait une sélection positive, quelque chose qui fait qu’une variation donne un avantage reproductif.

En pratique, ce n’est toutefois pas aussi clair, et une sélection vécue sur des milliers de générations peut donner des résultats très variés à long terme.

Il est donc possible que la malaria ou l’alcoolisme exercent une pression évolutive sur notre espèce, mais il s’agit peut-être aussi d’une conséquence provenant d’autres changements dans notre environnement.

On ne sait pas non plus ce qui va arriver aux variantes identifiées. Il est possible qu’elles poursuivent leur progression, mais elles peuvent aussi disparaître. Il reste donc encore un peu de temps pour un dernier verre avant de reprendre la longue route de l’évolution.

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