Paul François, cet agriculteur français qui est parvenu à faire condamner Monsanto après avoir été intoxiqué par un herbicide de la multinationale, est inquiet; il doit encore trouver de l'argent pour mener à terme sa bataille juridique.

Un reportage de Julie Vaillancourt de La semaine verte

Monsanto fait présentement appel du jugement prononcé le 10 septembre 2015. Cette journée-là, la nouvelle fait le tour du monde. Un agriculteur a fait condamner la multinationale. Vraisemblablement une première mondiale.

Un an plus tard, l'agriculteur est anxieux. Il n'a toujours pas touché un sou, malgré ses deux victoires précédentes dans le litige qui l'oppose à la multinationale. Or, le combat de Paul François n'est pas terminé, la Cour de cassation doit rendre son verdict d'ici quelques mois. La multinationale pourrait par la suite décider de porter ce verdict en appel s'il lui est défavorable.

L'agriculteur tient le coup financièrement grâce à une entente avec son avocat, qui a accepté de le financer jusqu'à ce que les tribunaux français déterminent s'il a droit à un dédommagement. Entre-temps, l'agriculteur doit tout de même assumer une foule de dépenses liées à sa défense.

Un accident avec des pesticides 

Le 27 avril 2004, Paul François nettoie la cuve dans laquelle il stocke les pesticides. Il ne porte pas de masque, car le contenant de plastique a été vidé et nettoyé dans la matinée. Mais des résidus de pesticides se sont entre-temps transformés en gaz qu'il inhale malencontreusement à pleins poumons.

Il apprend par la suite que l'herbicide en question, le Lasso, a été retiré du marché en Belgique et au Royaume-Uni en 1992 et au Canada depuis 1985.

Son intoxication reconnue comme lésion professionnelle

Paul François souffre aujourd'hui d'importants problèmes neurologiques et craint que ses lésions au cerveau n'évoluent jusqu'à ce qu'il soit atteint d'une maladie dégénérative comme la maladie de Parkinson ou la sclérose latérale amyotrophique.

Le Tribunal du contentieux de l'incapacité, l'équivalent français de la CSST, a évalué l'incapacité professionnelle de Paul François à 40 %. L'agriculteur reçoit d'ailleurs une indemnité, car son intoxication est reconnue comme accident de travail.

La législation française est beaucoup plus avant-gardiste que la nôtre en ce qui a trait à la reconnaissance des maladies professionnelles des agriculteurs. Un fermier qui développe une pathologie comme la maladie de Parkinson ou des lymphomes non hodgkiniens, une forme de cancer, après avoir utilisé des pesticides pendant 10 ans est indemnisé par les autorités.

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