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Un endroit unique au monde : l’autoroute migratoire des aigles royaux

À l'oeil nu, rien ne semble troubler le ciel couleur azur au-dessus des montagnes Rocheuses. Pourtant, un ballet unique au monde s'y déroule. Au coeur de Kananaskis, à une heure de route de Calgary, les aigles royaux migrent les uns après les autres comme s'ils étaient sur une sorte d'autoroute aérienne.

Un texte de Tiphanie Roquette

Les montagnes Rocheuses qui se dressent à la verticale forment un rempart au vent de l’ouest. Celui-ci rebondit sur les parois comme une mer déchaînée créant des vagues d’air atteignant plusieurs centaines de kilomètres à l'heure au-dessus des crêtes rocheuses. Les aigles surfent sur ces vagues pour couvrir des distances importantes sans utiliser aucune énergie.

« Cette voie semble être unique, car c’est la seule voie de migration connue des aigles royaux », explique le coordinateur à la Fondation de recherche des aigles des montagnes Rocheuses, Cliff Hansen.

Deux fois par an, la grande majorité de ces rapaces utilisent ce couloir aérien pour migrer du nord au sud du continent américain. Les aigles royaux passent les hivers dans les grandes plaines d’Amérique du Nord, du sud du Montana jusqu’au Mexique. Au printemps, ils s’envolent vers le nord pour nicher et se reproduire en Alaska, au Yukon et dans le nord de la Colombie-Britannique.

Découverte fortuite

La découverte de leur voie de migration de prédilection est le fruit du hasard. Le 20 mars 1992, deux Albertains, Peter Sherrington et Des Allen, observaient la faune et la flore près du mont Lorette, à Kananaskis.

La présence de trois aigles royaux les a poussés à compter les oiseaux. À la fin de la journée, ils avaient dénombré plus d’une centaine de rapaces, une concentration de volatiles jamais vue en Amérique du Nord.

« Ça n’a pas pris très longtemps avant que la découverte fasse son chemin au sein des amateurs d’oiseaux. Il y a eu beaucoup de sceptiques au début, mais c’était excitant », raconte Joel Duncan, un des premiers observateurs à rejoindre le groupe.

Depuis, les ornithologues amateurs de la fondation effectuent deux fois par an un dénombrement des rapaces migrants. Jumelles à la main et télescope tout proche, ils scrutent le haut des montagnes à la recherche du vol caractéristique des aigles royaux.

Douze à 13 heures par jour, du lever du soleil à son coucher, ils notent scrupuleusement le nombre d’oiseaux, leur âge approximatif et les conditions météorologiques pour tenter de dégager des tendances.

« Cela prend un peu d'entraînement pour les trouver et distinguer leur âge. Cela m’a pris 10 ans pour parler le langage de l’observation ornithologique », dit, amusé, Joel Duncan, qui donne de son temps à la cause depuis 23 ans.

Une population d'aigles en déclin

Leur recherche méticuleuse dévoile aussi une réalité plus sombre. Le nombre d’aigles royaux a baissé d’un tiers.

« Il y a 25 ans, nous pouvions voir plus de 3000 aigles pendant la saison migratoire, mais maintenant nous sommes chanceux d’en compter 2500 », déplore M. Hansen.

Les aigles sont braconnés pour leurs plumes. Ils sont aussi parfois victimes des pièges destinées aux coyotes et aux autres animaux considérés comme nuisibles dans les fermes.

La plus grande cause de cette baisse réside toutefois dans les changements environnementaux, selon Cliff Hansen. « L’écosystème change. L’industrialisation et l’agriculture détruisent les terres naturelles qui apportaient de la nourriture aux aigles », croit le coordinateur du compte à la Fondation.

Ce qui est plus inquiétant, selon lui, c'est le fait que les aigles sont des prédateurs à la tête de la chaîne alimentaire. Si leur nombre décline, c'est le signe que d'autres espèces plus bas dans la pyramide alimentaire souffrent également. « Ce sont des indicateurs que le monde change, mais pas en mieux », renchérit Joel Duncan.

La saison d'observation de la migration se termine le 22 avril. Les aigles reprendront le chemin du sud de la fin septembre jusqu’à la mi-novembre.

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