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Un entrepreneur achète un médicament et augmente son prix de 50 fois

Un jeune entrepreneur américain est devenu malgré lui le visage du capitalisme sauvage. Martin Shkreli, patron d'un fonds d'investissement, a acquis à travers sa compagnie les droits d'un médicament et a augmenté son prix de plus de 50 fois. Les réseaux sociaux veulent sa tête.

Un texte de Laurence Niosi

Le Daraprim, aussi appelé pyrimethamine, est un médicament utilisé depuis 62 ans pour traiter la toxoplasmose, une infection parasitaire qui peut être extrêmement grave si les défenses immunitaires d'une personne sont affaiblies par une maladie comme le sida ou le cancer.

En août dernier, le médicament a été racheté par Turing Pharmaceuticals, la société gérée par l'entrepreneur de 32 ans. Du jour au lendemain, Martin Shkreli a fait passer le prix du comprimé de 13,50 $US à 750 $US. Dire qu'il y a quelques années, le cachet ne valait pas plus de 1 $...

Des organisations médicales américaines - l'Infectious Diseases Society of America et la HIV Medicine Association - ont depuis envoyé une lettre à la pharmaceutique pour dénoncer l'augmentation du prix du Daraprim qu'elles considèrent comme « injustifiable pour les patients vulnérables ».

Et la réponse des réseaux sociaux ne s'est pas fait attendre après la publication d'articles dans les grands quotidiens américains comme le New York Times et le USA Today.

« Martin Shkreli représente tout ce qui va mal avec l'argent, la médecine et la politique aux États-Unis », écrit un internaute sur Twitter.

Même la candidate à la présidentielle américaine, l'ancienne secrétaire d'État Hillary Clinton, s'en est mêlée. « Les prix abusifs de ce genre dans le marché des médicaments sont scandaleux. Demain, je vais proposer un plan pour y mettre un terme. -H », écrit-elle en ajoutant un lien vers un article du New York Times.

Actif sur Twitter, le jeune PDG n'a pas tardé à répliquer en publiant la vidéo et les paroles d'une chanson du rappeur Eminem, qui accusent les médias de s'en prendre à lui.

Dans un tweet presque prémonitoire datant de 2012, Martin Shkreli écrivait : « Chaque fois qu'un médicament devient générique, je pleure. Mais ne pleurons pas le cher disparu, célébrons plutôt les profits et les nouveaux actifs qu'il nous apporte. »

Dans les médias, Martin Shkreli s'est défendu en affirmant que les revenus générés par l'augmentation des prix vont aider à créer de meilleurs médicaments. La recherche pour fabriquer de nouveaux médicaments coûte très cher, a-t-il dit à Bloomberg News.

Dans la foulée de la polémique, des médias ont par ailleurs révélé que l'homme d'affaires fait l'objet d'une poursuite de 65 millions intentée par Retrophin, une autre compagnie qu'il a fondée, qui l'accuse d'avoir utilisé l'argent de l'entreprise pour rembourser des investisseurs.

Retrophin avait également acheté d'anciens médicaments et fait bondir leur prix. À l'époque, Martin Shkreli avait dû également défendre son geste.

Les cas des compagnies de M. Shkreli ne sont toutefois pas isolés. Valeant, dont le siège social est à Laval, a récemment acheté les médicaments Isuprel et Nitropress et haussé leur prix de six et de trois fois respectivement. Cette hausse a poussé le Congrès américain à ouvrir une enquête au sujet du prix des génériques.

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