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Un film de Netflix sur l’anorexie soulève des questions avant même sa sortie

« 280 calories pour le porc, 350 pour les pâtes au beurre, 150 pour le petit pain et 75 pour le beurre », énumère Ellen, le personnage principal du film Jusqu'à l'os (To the Bones) en regardant un plat. La bande-annonce de ce film à venir vendredi sur Netflix Canada suscite déjà plusieurs questions.

Jusqu'à l'os raconte l’histoire d’Ellen, âgée de 20 ans. Souffrant d'anorexie depuis quelques années, elle accepte d'être admise dans un centre dirigé par un docteur non conventionnel, joué par Keanu Reeves.

Dans la version française, à l'énumération de la teneur calorique de chaque aliment, sa sœur lui répond : « Tu es genre la Rain Man des calories », en référence au personnage ayant le syndrome d'Asperger joué par Dustin Hoffman dans le film Rain Man. Cette scène a fait réagir un peu partout dans le monde, notamment l'auteure et blogueuse britannique de 27 ans Hope Virgo, qui s’est battue contre l’anorexie il y a 9 ans et qui vient de faire paraître le livre Stand Tall Little Girl.

« La bande-annonce semble rendre les troubles alimentaires agréables et excitants, et montrer que les gens souffrent pour avoir de l’attention », a-t-elle expliqué en entrevue à La Presse canadienne.

Depuis la sortie de la bande-annonce, plusieurs critiques se sont fait entendre, tant sur la manière d’aborder le sujet que sur la façon dont la jeune comédienne, Lily Collins, qui interprète Ellen a perdu du poids.

Certaines critiques soulignent par ailleurs que la jeune femme qui se bat contre cette maladie renforce les stéréotypes sur les victimes, qui seraient uniquement blanches et de sexe féminin. Il faut noter que le film met également en scène une femme noire et un homme qui souffrent d'un trouble alimentaire.

Plus de 600 000 Canadiens à risque

Plusieurs ressources qui traitent les troubles alimentaires, dont le Centre canadien d’information sur les troubles alimentaires (NEDIC), tirent la sonnette d’alarme, estimant que ce film pourrait être un élément déclencheur pour les jeunes personnes vulnérables à l’anorexie.

« C’est semblable à la controverse qui a suivi la diffusion de Treize raisons (13 Reasons Why, la série de Netflix sur le suicide chez les adolescents) », explique Marbella Carlos, coordonnatrice au NEDIC, qui estime que de 600 000 à 990 000 Canadiens sont à risque de souffrir d’un trouble alimentaire.

« Ça peut montrer la voie à suivre à certaines personnes qui suivent des régimes à répétition ou qui ont des problèmes avec l’alimentation. Ça peut les encourager à avoir un comportement qui aggravera les choses, ce qui est vraiment, vraiment dangereux », ajoute Marbella Carlos, qui craint, à la lumière de la bande-annonce, le contenu du film complet.

Le film se base sur la véritable histoire de la scénariste et réalisatrice Marti Noxon, qui a souffert d’anorexie et de boulimie durant son adolescence.

« Mon but n’était pas du tout de glorifier les troubles alimentaires, mais d’initier des discussions sur un sujet trop souvent occulté par de fausses idées et le secret », a expliqué la réalisatrice à La Presse canadienne, ajoutant qu’elle espérait que le film soit « crédible ».

Un film à regarder accompagné

Hope Virgo souligne que les personnes qui souffrent de troubles alimentaires et qui veulent voir le film ne devraient pas le faire seules, mais bien accompagnées, pour en parler et éventuellement chercher de l'aide.

Des ressources sont offertes par Anorexie et boulimie Québec et le Centre canadien d’information sur les troubles alimentaires.

Le film sort dans quelques salles et sur Netflix le 14 juillet prochain. Il a été présenté au Festival de Sundance en janvier dernier.

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