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Un livre attribué à Robert Pickton suscite l'indignation

Des voix s'élèvent pour dénoncer la parution d'un ouvrage attribué au tueur en série Robert Pickton, emprisonné à vie pour les meurtres de six femmes du Downtown Eastside de Vancouver.

Le livre écrit en anglais et intitulé Pickton: In his own words (Pickton : en ses propres mots) est signé Michael Chilldres et publié chez Outskirts Press, un éditeur américain.

En vente sur le site Amazon, il décrit Robert Pickton comme un « bouc émissaire » en quatrième de couverture. Selon le réseau CTV, Pickton a écrit un manuscrit, l'a refilé en douce à un codétenu qui l'a ensuite envoyé à Michael Childres, un retraité de la Californie.

Une militante communautaire du Downtown Eastside parle de « sel sur les plaies » des familles des victimes. « Elles vont subir à nouveau le cirque médiatique, réentendre son nom et se faire questionner, a souligné Kat Norris. C'est vraiment injuste pour les familles que le responsable de crimes si haineux puisse tirer profit de ce qu'il a fait à toutes ces femmes. »

Ancien éleveur de porcs à Port Coquitlam près de Vancouver, Robert Pickton a été accusé des meurtres, entre 1978 et 2001, de 27 femmes dont les restes humains ont été retrouvés sur sa ferme au terme de 21 mois de fouilles. En 2007, il a été reconnu coupable de six meurtres au deuxième degré.

Robert Pickton ayant déjà écopé d'une peine de prison à perpétuité, la Couronne a décidé de ne pas poursuivre les procédures judiciaires pour les autres accusations.

À un agent double qui se faisait passer pour un codétenu, Pickton a confié avoir fait 49 victimes.

L'ex-juge Wally Oppal, qui était procureur général de la Colombie-Britannique durant le procès de Robert Pickton, pense aussi aux familles en entendant parler du livre. « Ces familles et les survivantes ont tant subi, a-t-il souligné. Ça doit être blessant pour toutes ces personnes d'entendre que Pickton reçoit une telle publicité. »

Sandra Gagnon, qui est convaincue que les restes de sa petite soeur Janet Henry se sont retrouvés sur la ferme de Robert Pickton, veut que le gouvernement intervienne. Elle affirme avoir écrit au ministre des Affaires autochtones et de la Réconciliation, John Rustad. « Ce sale type est censé être surveillé 24 heures sur 24 en prison, alors comment pouvait-on ignorer qu'il écrivait un livre? », s'interroge-t-elle.

Aucune loi au Canada n'empêche un prisonnier de se faire publier, rappelle l'avocate criminaliste Donna Turko. Il n'est pas rare, dit-elle, que des prisonniers réussissent à faire sortir des écrits, que ce soit un manuscrit, des lettres, ou un texte dicté au téléphone.

En Ontario, une loi de 2002 s'assure que tout gain tiré du récit d'un crime va aux victimes. Ce n'est pas le cas en Colombie-Britannique.

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