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Un maire refuse d'appliquer la future loi Coiteux

EXCLUSIF - Un homme politique qui ne souhaite pas détenir plus de pouvoir, c'est assez rare pour être souligné : Radio-Canada a appris que le maire de Sorel-Tracy informera ce soir le gouvernement de son refus d'appliquer la future loi qui donnera plus de pouvoir aux municipalités face aux syndicats - une prise de position qui risque de faire dresser les cheveux sur la tête de Denis Coderre et de Régis Labeaume.

Un texte de Thomas Gerbet

L'étude du projet de loi 110 reprend aujourd'hui à Québec, avec un dossier épineux sur le bureau du ministre des Affaires municipales, Martin Coiteux; le conseil municipal de Sorel-Tracy adoptera ce soir une résolution pour prévenir qu'il n'appliquera pas la future loi sur son territoire, une fronde qui pourrait donner des idées à d'autres municipalités.

« Cette loi-là, on n'en a pas besoin », explique le maire Serge Péloquin. « Ça fait plus de 30 ans qu'on arrive très bien à s'entendre avec nos syndicats, sans conflit de travail. »

Fortement réclamé par des maires - en premier lieu ceux de Montréal et Québec -, le projet de loi 110, déposé en juin, vise à rééquilibrer les forces en présence au moment de négocier les conventions collectives des employés municipaux. Il prévoit donner plus de pouvoirs aux municipalités et permettre ultimement à l'Assemblée nationale de décréter les conditions de travail si les positions paraissent irréconciliables.

« Quand on parle de syndicats, moi, je suis tanné qu'on parle toujours de confrontation », ajoute le maire Péloquin. « Un grand respect s'est installé à Sorel. Ici, on a une paix industrielle. On veut que nos employés demeurent fiers de travailler pour la municipalité. Il y a plusieurs grandes villes qui ont acheté la paix à gros prix dans le passé et on remarque aujourd'hui qu'ils veulent backtracker », constate-t-il.

Une bénédiction pour les syndiqués

Les 100 cols bleus de Sorel-Tracy applaudissent bien évidemment la prise de position du maire. « On espère que ça va faire son chemin et qu'il y aura d'autres maires, dans d'autres municipalités, qui emboiteront le pas [à M. Péloquin] », déclare le président du syndicat des employés municipaux de la ville, François Martin. « C'est un projet de loi qui est fait pour assommer les syndicats. »

Même si, au Québec, 96 % des conventions se règlent sans conflit de travail, des maires comme Denis Coderre et Régis Labeaume soutiennent ce projet de loi. Ils dénoncent l'écart salarial de près de 40 % entre les employés municipaux et ceux de la fonction publique provinciale.

Selon eux, les municipalités ont le couteau sous la gorge au moment de négocier les conventions collectives et n'ont pas d'autre choix que de signer des augmentations de salaire afin de maintenir les services municipaux.

Quelles seraient les conséquences pour une ville de ne pas appliquer la loi? Le cabinet du ministre Coiteux n'a pas souhaité répondre à notre question. « On va laisser les travaux se poursuivre. On pourra se reparler quand la loi sera adoptée », s'est contentée de dire l'attachée de presse du ministre, Marie-Ève Pelletier.

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