Retour

Un massothérapeute offrait un soin gratuit aux patientes qu'il agressait

Un ex-massothérapeute de Montréal profitait du fait que ses clientes soient dévêtues pour les agresser sexuellement pendant un massage. Lorsqu'il a été confronté par certaines de ses sept victimes, il s'est excusé et leur a offert un soin gratuit. La Couronne exige une peine exemplaire.

Un texte de Geneviève Garon

La femme consultait David Kost depuis au moins cinq ans pour soigner ses blessures sportives. À l'hiver 2015-2016, la confiance qu'elle avait en son massothérapeute a volé en éclats. Alors que David Kost lui massait les jambes de façon professionnelle, il a touché son vagin à des dizaines de reprises.

« Elle est tétanisée, a relaté au tribunal la procureure aux poursuites criminelles et pénales, Anne Gauvin. Elle crispe ses muscles à chaque fois. [...] Il colle son pénis en érection sur sa main, elle met sa main sous le drap pour éviter le contact. Il fait chaud et il sue sur son corps. Elle est dégoûtée. »

Lorsqu'elle l'a confronté après la séance, « il s'excuse en parlant de maladresse et offre le massage gratuitement », a rapporté Me Gauvin.

David Kost a usé d'un stratagème semblable avec six autres patientes. L'une d'elles, avocate, lui a immédiatement demandé de cesser les attouchements. « J'ai agressé une avocate », a-t-il répondu en riant, avant de recommencer à toucher ses parties intimes.

Mardi, l'homme de 50 ans a plaidé coupable pour avoir agressé sexuellement cinq clientes entre 2012 et 2016. Elles s'ajoutent aux deux autres patientes qu'il avait déjà reconnu avoir agressées.

« Tu as essayé de me briser ce soir-là »

Dans une lettre déposée à la cour, l'une des victimes, une professeure d'université, a confié avoir été en arrêt de travail, souffrant d'un stress post-traumatique après son agression. « Cette heure et demie là où tu m'as dépossédée de mon corps pendant que tu assouvissais tes bas instincts sans égard pour ce que je pouvais vivre. »

La poursuite demande une peine de 30 mois de détention pour l'ex-massothérapeute afin d'envoyer un message fort de dénonciation.

« Ces gens-là remettent leur corps, leur santé, entre les mains de professionnels de la santé. J'ai dit au juge qu'il s'agit d'un cas où la confiance a été brisée », a expliqué Me Gauvin, à sa sortie de la salle d'audience.

« Un parcours parfait » avant les agressions, plaide la défense

« Il a cru, à tort peut-être, que ces personnes-là pouvaient apprécier ses gestes, a expliqué l'avocate de David Kost, Johanne Delfausse, au tribunal. Et comme il s'excusait, et qu'il n'y avait finalement pas de violence, il a placé ses besoins sexuels égocentriques en premier. Il n'était pas capable de mettre les limites qui étaient requises. »

La défense a recommandé à la Cour du Québec d'imposer une peine de 15 mois de prison. En marge de l'audience, Me Delfausse a souligné que le mouvement de dénonciations #MoiAussi ne doit pas mener à des peines disproportionnées pour les agresseurs.

« Qu'il y ait des dénonciations, c'est bien. Que les femmes s'expriment, portent plainte, je suis tout à fait d'accord avec ça. Mais faut pas tomber non plus dans l'excès et dans la démesure », a-t-elle indiqué, mentionnant que son client, sans antécédents judiciaires, est « terrorisé » à l'idée d'être incarcéré.

David Kost a tout perdu

« Ça l'a détruit. [...] J'ai eu peur qu'il s'enlève la vie », a témoigné Eileen Travers, une amie de longue date de David Kost.

Elle a raconté que le quinquagénaire est très éprouvé depuis son arrestation et qu'il perdu ses emplois, son commerce, a reçu des menaces et a dû déménager. L'ex-massothérapeute, radié depuis 2016, a versé quelques larmes pendant son témoignage.

À la fin de l'audience, David Kost, qui trimballait un sac de voyage advenant son incarcération, est reparti en liberté puisque le juge Denis Mondor prononcera sa peine en septembre.

Plus d'articles