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Un médecin qui refuse de voir un enfant, c'est indéfendable, juge Barrette

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, juge inacceptable la situation dans laquelle une mère de famille de l'Ouest-de-l'Île de Montréal s'est retrouvée lorsqu'un médecin d'un Groupe de médecine familiale (GMF) a refusé de voir ses enfants malades.

« Rien dans cette situation-là n'est défendable », a-t-il déclaré sur les ondes d'ICI Radio-Canada Première. « C'est un groupe de médecine familiale. Y a-t-il quelque chose de plus familial qu'un enfant? » dit-il.

Marie-Ève Paradis, mère de deux enfants, a porté plainte au Collège des médecins au sujet de cette super clinique. À deux ou trois reprises, sur une période de deux ans, elle s'est fait dire que le médecin de garde « n'était pas confortable avec la clientèle pédiatrique ».

Une fois, elle a dû rebrousser chemin le soir. Une autre fois, tôt en matinée, on l'a fait revenir deux heures plus tard, histoire de pouvoir consulter un médecin qui, lui, ne refusait pas les enfants dans son cabinet. 

« Quand on parle de groupe de médecine familiale, on devrait être capable de répondre à tous les types de clientèle », s'insurge Mme Paradis.

En entrevue sur ICI Radio-Canada Première, le secrétaire du Collège des médecins donne aussi raison à Mme Paradis.

Toutefois, Yves Robert explique qu'un médecin a le droit de refuser de voir des enfants. « On ne peut pas demander à un médecin de donner un service pour lequel il n'a pas la compétence », dit-il.

Cependant, poursuit-il, une clinique sans rendez-vous, qui est comme une « mini-urgence », se doit de procéder à une première évaluation d'un patient en difficulté.

« Si le médecin n'a pas la compétence pour le faire, ce qui peut arriver, ce sont les dirigeants de la clinique qui sont responsables de ne pas mettre ce médecin-là dans une situation où il va y avoir un cul-de-sac pour les patients, insiste-t-il. C'est ça qui n'a pas d'allure ».

Des recours

Yves Robert affirme que les gens qui se trouvent dans une situation semblable disposent deux recours :

  1. porter plainte à la clinique;
  2. porter plainte au Collège des médecins qui va faire pression sur la clinique.

Le Dr Robert affirme que le Collège des médecins a communiqué par écrit avec le GMF en question et que le problème a été réglé... pour un temps seulement. Le Collège compte donc intervenir de nouveau dans cette clinique. « Mais nos pouvoirs ne sont pas illimités », prévient Yves Robert.

« Le rôle du Collège des médecins n'est pas de gérer le système de santé, ça, c'est le rôle du ministre de la Santé », dit le Dr Robert, qui interpelle le ministre.

Gaétan Barrette mise sur son projet de loi 20

De son côté, le ministre de la Santé n'hésite pas, lui, à interpeller le Collège des médecins, en rappelant qu'un médecin qui termine son cours « a obligatoirement la compétence pour voir des enfants ». Et, dit-il de surcroît, « les médecins ont l'obligation déontologique de maintenir leurs compétences ».

Le ministre dit compter sur son projet de loi 20 pour régler « ce genre de situation là ». « C'est précisément la raison pour laquelle je me bats, pourquoi on a voulu mettre en place des quotas. Pour faire en sorte que les médecins aient l'obligation d'avoir une pratique diversifiée, en permanence », explique le ministre.

Gaétan Barrette affirme sinon qu'il appartient à la direction du GMF de s'organiser pour ne pas avoir de trou dans la disponibilité de ses médecins.

L'importance d'assurer le suivi du patient

Pour Me Paul Brunet, du Conseil pour la protection des malades, « un médecin a le droit de dire qu'il a des limites ». Cela dit, « un groupe de médecine familiale, c'est pour soigner la famille, dont les enfants », dit-il.

De l'avis de Me Brunet, le Collège des médecins pourrait peut-être reprocher à ce médecin réfractaire à l'idée de voir la clientèle pédiatrique de ne pas avoir assuré le suivi de l'enfant jusqu'à ce qu'on lui trouve un autre médecin.

Et, selon Me Brunet, ce genre de problème est fréquent : « On a vu toutes sortes de situations où finalement le patient n'était pas vu, ou ne recevait pas les services dans la région où il se trouvait. Et le GMF continuait de recevoir la rémunération. On n'a pas le droit de ne pas rendre les services quand on est un GMF, surtout pas quand il s'agit d'un enfant ».

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