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Un militant anti-djihadiste détenu au Canada finalement renvoyé en France

L'ex-prisonnier de Guantanamo Mourad Benchellali, incarcéré à Toronto depuis lundi, a pu finalement rentrer chez lui en France mercredi soir.

Un texte de Christian Noël

L'Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) le considérait comme une menace à la sécurité nationale et souhaitait le garder incarcéré jusqu'à nouvel ordre.

Mais dans un revirement de dernière minute, l'ASFC accepte maintenant de le laisser quitter le Canada de son plein gré.

« C'est un grand soulagement », s'exclame la réalisatrice Eileen Tanenberg, qui prépare un documentaire sur la vie de cet ex-djihadiste qui se consacre maintenant à la lutte contre la radicalisation chez les jeunes.

Ce dénouement met fin à une semaine haute en rebondissements pour Mourad Benchellali. Arrivé au Canada lundi, il a été intercepté par les douaniers canadiens en raison de ses présumés liens passés avec Al-Qaïda, dit son avocat Hadayt Nazami.

L'ASFC « a finalement changé d'idée et permet à mon client de retirer sa demande d'entrée au Canada », se réjouit maintenant Me Nazami.

Après une rencontre de deux heures avec des agents de l'ASFC mercredi matin, « ils étaient encore convaincus que mon client représentait une menace sérieuse à la sécurité du pays, disait l'avocat, alors qu'au contraire, il vient au Canada pour nous aider à lutter contre les extrémistes ».

« C'est une bonne nouvelle, renchérit Eileen Tanenberg, parce que ça ne cause pas de marque noire à son dossier, et ça lui permettra d'essayer à nouveau de revenir au Canada. »

Mourad Benchellali a été incarcéré à Guantanamo pendant presque trois ans, soupçonné d'être lié à Al-Qaïda, après avoir été arrêté en Afghanistan après les attentats du 11 septembre 2001.

Mais aujourd'hui, il lutte contre la radicalisation des jeunes, pour les empêcher de rejoindre les rangs du groupe armé État islamique (EI).

Une visite canadienne chargée

Durant sa visite au Canada cette semaine, il devait rencontrer des groupes de jeunes et des policiers à Montréal, des experts au Centre de prévention de la radicalisation violente, de même que Christianne Boudreau, la mère du présumé djihadiste Damian Clairmont, tué en Syrie après être devenu un combattant de l'EI.

« Je suis enragée et en même temps je me sens coupable parce que c'est moi qui l'a invité à venir au Canada », confiait plus tôt la réalisatrice Eileen Tanenberg.

Ce n'est pas la première fois que Mourad Benchellali éprouve des difficultés à venir au Canada. En juin, il avait été exclu d'un vol Lyon-Montréal parce qu'il aurait survolé l'espace aérien américain. Cette fois, il est passé par l'Islande afin de s'assurer qu'il n'aurait pas à survoler une zone qui lui est interdite.

Des efforts de transparence en vain

« Nous avons tout fait pour éviter qu'il se retrouve dans le pétrin avec les autorités, a ajouté Eileen Tanenberg. Nous avons contacté la GRC, qui nous a assuré qu'il n'y aurait aucun problème à entrer au pays, et qu'il n'est pas sur le "no-fly list" du Canada. C'est comme si l'Agence des services frontaliers travaillait en vase clos et qu'elle n'écoutait qu'elle-même. »

Eileen Tanenberg affirme que cette nouvelle détention de Mourad Benchellali l'a placé dans un état psychologique précaire. « Il ne s'attendait jamais à être à nouveau dans un uniforme orange, disait-elle. J'imagine que les cauchemars de Guantanamo lui reviennent. Il souffre probablement de stress post-traumatique. »

Me Hadayt Nazami demande maintenant au gouvernement Trudeau et au nouveau ministre de l'Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, John McCallum, de changer la donne et de « rétablir un juste équilibre entre sécurité et flexibilité ».

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