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Un mois après, les leçons de l'ouragan Harvey

Harvey a laissé beaucoup d'eau sur son passage, de même que plusieurs villes dévastées et des milliers de vies en suspens. Retourner sur ses traces au Texas, c'est prendre la mesure de la force de l'ouragan, de ce qu'il n'a pu arracher.

Un texte de Yanik Dumont Baron

Harvey n’est plus qu’un mauvais souvenir pour bien des Texans. Leur vie a repris rapidement, après quelques jours d’interruption. On peut rouler longtemps dans les rues de Houston sans voir les traces d’un ouragan. Les restaurants sont ouverts, les sportifs sont à l’entraînement, les écoliers, à leurs cahiers.

Empruntez certaines rues résidentielles, cependant, et vous changez d’univers d’un seul coup. La scène rappelle le chaos, l’urgence. Ici, les maisons sont en partie cachées par d’immenses piles de déchets. Les pelles mécaniques s’affairent à enlever le plus gros.

Du gypse, des meubles ou des électroménagers, les souvenirs d’une vie. Ce qui n’a pu être sauvé des eaux grimpantes. Dans l’air, il flotte une odeur parfois âcre, parfois rance. Un mélange de plâtre et de tapis moisi, de nourriture pourrie et de terre qui sèche doucement.

C’est bien sûr toute cette eau qui est responsable des dégâts ici. À Rockport, là où l’oeil de Harvey a frappé terre, la dévastation prend une autre allure. Là-bas, ce sont les vents dépassant 210 km/h qui ont fait le plus mal.

En bordure des routes, ce sont surtout des branches et des troncs d’arbres qui s’empilent. Le vent a jeté bien des poteaux électriques par terre. D’autres demeurent inclinés à de drôles d’angles. Dans les rues, on retrouve encore le bardeau qui s’est envolé des toits.

Partout, des déchets, des débris. Des restes de maisons mobiles, du linge souillé, des véhicules inutilisables. Il y en a tellement que Houston veut l’autorisation d’envoyer des camions au dépotoir 24 heures sur 24 pour quelques semaines. Tellement d’ordures que, près de Rockport, il faut les déposer entre deux voies d’autoroute...

Un mois après l’ouragan, la vie commerciale a repris son cours. Dans la région de Houston, les concessionnaires offrent des rabais « Harvey » à ceux qui ont perdu leur véhicule. Près de Rockport, certains commerces acceptent uniquement l’argent comptant. Il faudra attendre qu'Internet soit disponible de nouveau.

Un mois après Harvey, une bonne partie du territoire touché demeure une grande zone de démolition, de reconstruction. C’est un travail qui semble sans fin au centre médical Care Regional, de Port Aransas. L’eau s’est infiltrée par des portes de verre défoncées; il faut tout vider, sécher et rebâtir.

Les responsables de l’hôpital calculent avoir besoin d’au moins six mois pour rouvrir la plupart des départements. D’ici là, les résidents doivent se faire soigner dans une autre ville. Une minorité d’employés est payée pour participer aux travaux. Des gens à qui Harvey n’a pas enlevé le salaire.

La sueur tache rapidement les vêtements dans la chaleur texane de septembre. Mais cela ne dérange pas Jen Deselms, une infirmière à l’urgence. Revenir dans cet hôpital qu’elle apprécie, c’est avoir l’impression de reprendre le contrôle sur sa vie. « Même si ce n’est pas rapide, tu vois que les choses avancent », dit-elle.

« Ne pas détruire… Harvey n’a pas lu les étiquettes! » C’est l’infirmier Dale Frazer qui a fait la blague en montrant une boîte de dossiers médicaux. Un rare moment d’humour dans un univers où la colère et la fatigue semblent toujours occuper beaucoup de place.

Effacer les traces de Harvey se fait à des rythmes différents. C’est en partie fonction des ressources financières, de la générosité d’une police d’assurance. Peu de sinistrés ont des couvertures adéquates. Beaucoup comme Amado Rios comptent donc sur leurs amis et les nombreux organismes caritatifs arrivés après l’ouragan.

C’est ce qui est resté après Harvey. Une générosité difficile à mesurer, parfois subtile, parfois bien visible. Une denrée essentielle. Comme l’électricité. À Rockport, plusieurs groupes recueillent des vêtements. À Houston, une famille a équipé un appartement avec des meubles prêtés ou donnés.

Grete McBath et Misty Gunn se sont revues sur l’une des rives où Harvey a frappé. Collègues de travail, amies, elles semblaient détendues. Les deux blaguaient, revenaient sur cette tempête qui a tout bousculé. La vie, les amitiés, les routines... L’ouragan, explique Grete, « c’est une bonne façon de mesurer ce qui est vraiment important dans nos vies ».

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